‹ Œuvres completes de SterneChapitre 116 sur 507 · CHAPITRE CXXl · texte numérisé non relu

CHAPITRE CXXl

G^oérouté de moo oocle.

— Trim, dit mon oncle Tobie, n’est-ce pas du régiment de Makai qu'était ce grenadier qu'on fit si impitoyablement passer par les verges à Rruges?

— Hélas! oui, et il était innocent, le pauvre garçon. On ne l’en battit pas moins presque à mort. Ils auraient mieux fait de le fusiller sur-le-champ, comme il le demandait : son amc n'aurait fait qu'un vol jusqu’au haut du ciel, car il n’était pas coupable.

— Je le crois, dit mon oncle.

— Ah! monsieur, je n’y pense jamais que je n'aie lu taiblesse de pleurer.

— Les larmes, Trim, ne sont pas toujours une preuve de faiblesse. Je l’éprouve molmême.

— Je sais bien , dit Trim , que monsieur pleure souvent; et c'est aussi ce qui m’empêche d’avoir honte de moi-même. Eh ! monsieur, quand je pense à ces deux pauvres garçons ! c’étaient de si bons enfans ! ils étaient si sages, si honnêtes, si braves, si généreux ! ils avaient si bonne envie de se pousser loyalement dans le monde ! et que n'ont-ils pas soulfert pour rien? Le pauvre Tom , être mis à la question pour avoir épousé la veuve d'un Juif qui vendait des saucisses et du boudin ! El ce pauvre Dick John passer par les baguettes, parce qu'un fripon, pour se sauver, avait mis quelques ducats dans son havresac ! Oh ! ce sont-là des choses, s’écria Trim, qui me font saigner le cœur...

Mon père ne put s'empêcher de rougir.

— Va, dit-il à Trim, il serait bien fûcheiix que tu éprouvasses jamais des peines pour toi-même, quand tu es si sensible à celles des autres.

— Hélas! dit Trim, monsieur sait que je n’ai ni femme, ni enfant, et que je ne puis, par conséquent, être tout-à-fait malheureux dans ce monde.

Mon père sourit.

— Vraiment, dit mon oncle, je ne vois pas ce qu’un aussi honnête homme que loi pourrait avoir à craindre, à moins que ce ne soit la misère sur tes vieux jours, lorsque tu ne pourras plus servir, et que tu survivras à les amis.

— Aussi est-ce là le seul malheur que je redoute.

— Ne crains rien, mon enfant, reprit vivement mon oncle, en laissant tomber sa béquille, et se levant sur ses deux jambes :mnl que ton maître possédera unscItcUing , tu ne manqueras jamais.

Trim voulut le remercier, mais les larmes le gagnèrent; il fil sa profonde révérence, sortit et ferma la porte.

— Frère, dit mon oncle Tobie, je laisse à Trim mon boulingrin. Mon père sourit.

Et de plus je lui laisse une pension. Mon père le regarda en fronçant le sourcil.

TRISTRÀM SUARDT.

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