‹ Œuvres completes de SterneChapitre 118 sur 507 · CHAPITRE eXXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE eXXIV

Cela oe r^oatit paa bien.

— Ha foi ! dit mon oncle, je crois que |e ne suis né pour rien , si ce n'est pour ma commission.

— Comment, dit mon père, qui craignait quelque soudaine invasion militain; de mon oncle Tobie, est-ce que mon oncle ne vousa pas laissé cent vingt livres sterling de rente ?

— Eh ! qu’aurais-je fait sans cela? reprit mon oncle Tobie.

— Ce n’est pas là de quoi il s’agit, dit mon père. Je vous disais, frère Tobie, que, lorsque l’on fait le calcul de tous les malheurs, ilem, dont la vie de l’homme est surchargée, il est impossible de eoncevoirdans quelles sources cachées il puise des forces pour y résister.

— Hélas ! s’écria mon oncle Tobie, en levant les mains au ciel, c’est par le secours du seigneur Dieu tout-puissant. Ce n’est pas notre propre force qui nous soutient , c’est sa main divine. Oh ! mon frère ! c’est le plus grand, c’est le meilleur des êtres. C’est lui qui nous défend, qui nous conserve.

— Voilà, dit mon père , ce qui s’appelle couper le nœud; je veux, au contraire, que vous le dénouiez. Ecoutez : je vais vous conduire dans ces profondeurs mystérieuses.

— Soit, dit mon oncle.

Alors mon père changea d’attitude, et prit celle que Raphaël donneà Socrate au milieu de l’école d’Athènes. Elle est si bien imaginée, si vraie, que les spectateurs croient deviner ce que dit le philosophe. L’index desa main gauche, placé entre le pouce et l’index de sa main droite, indique effectivement tout ce que disait l’orateur. On croit l’enteudre. Vom convenez de cela?... de ceci ?.. de ceci encore ?... Je n’ai pas besoin de vous observer... Cela vous parait clair?... Donc... etc.

— Oh ! G.irrick, quelle scène tu ferais de ce passage, si tu avais vu mon père ainsi placé vis-à-vis de mon oncle Tobie.

— Quand je réfléchis sur l’homme, frère, et que j’examine ce côté sombre où la vie humaine se peint dans des nuages de trouble et d’affliction ; quand je considère combien de fois nous mangeons du pain de douleur, que nous sommes nés pour la |>einc, et que les tourmens sont une des principales portions de notre héritage...

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