‹ Œuvres completes de SterneChapitre 120 sur 507 · CHAPITRE CXXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE CXXVI

IfOQ Chapitre de* ba*ard«.

— Quel long chapitre do hasards , dit mon père en se retournant vers mon oncle Tobie, comme il était sur la première marche de l'escalier pour descendre ! quel long chapitre de hasards, frère Tobie, les événemens de ce monde pourraient nous fournir, si nous prenions la peine de les rassembler! Parbleu! frère, vous n’étes pas fort occupé, prenez la plume et calculez-Ies. — Moi! je ne sais pas plus calculer que cette rampe. Mon oncle Tobie était démonstratif. En parlant de la rampe , il l’avait frappée de sa canne , et le contre-coup renvoya la canne assez vivement sur l’os de la jambe de mon père. . — Je ne l'ai pas fait exprès , s’écria mon oncle Tobie. — Je le crois bien, frère, repartit mon père en se frottant la jambe. — Je vous assure que c’est un pur hasard. — Eh bien ! frère , c’est un hasard de plus à mettre dans notre chapitre.

Le double succès de la repartie de mon père lui fit oublier la douleur qu’il ressentait à la jambe. Rien n'éuiit plus heureux, et ce fut bien encore là un pur has.ard. Sans cela personne n'aurait jamais été instruit de ce qui faisait alors le sujet des calculs de mon père... Je défie à qui que ce soit de le deviner.

Mais que ce chapitre des hasards a pris une heureuse tournure! je l’avais promis; et il s’est trouvé fait comme sans y songer. Tant mieux , ma foi ! j'ai bien assez de besogne sans celle-là. N'ai-je pas promis un chapitre sur les nœuds? un autre sur les souhaits? un autre sur les moustaches? N’en ai-je pas deux à faire sur le bon et sur le mauvais côte des femmes?... I.Æ premier , à la vérité, ne m'inquiète guère; il sera court, très-court; mais l'autre! j'en sue d’avance. Et mon chapitre sur les chapitres, quand viendra-t-il? C’en est trop pour si peu de temps qui me reste cette année. Cependant je m’y obstine, et je ne me coucherai peutêtre pas que je n’aie fait un de ces articles importans.

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