‹ Œuvres completes de SterneChapitre 121 sur 507 · CHAPITRE CXXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE CXXVII

Mon cbapître de* cbapitrc*.

Oui , sans doute, je ferai un de ces articles, pourvu qu’on me laisse écrire à ma fantaisie. Est-ce donc à moi que l'on peut proposer de s'assujettir à des règles? jamais. Ce n'est pas l'écrivain qui doit les suivre , c’est aux règles à se soumettre à son génie. Malheur à qui s'en rend esclave ! on reste froid, lourd, embarrassé , et avec l’ouvrage le plus scrupuleusement régulier, on endort ses lecteurs ; au loin ces entraves somnifères !

C’est en les écartant que je commence mon chapitre des chapitres.

Le voilà entrepris : point de repos qu’il ne soit complètement fini. Un autre se contenterait peut-être de l’ébaucher pour y revenir demain. Il le retournerait de cent façons et s’y appesantirait.

Sottise ! les bonnes choses partent comme un éclair. Je ne suis pas de ceux qui disent

TniSTHAM SHA!<DY.

qu’il faut écrire difficilement. Il me semble Toir des gens qui se calent pour soutenir un fardeau tout prêt à les écraser, et je suis bien sér que, si j’en faisais autant, je ne me meublerais la tête que de lieux communs ; je n’aurais que des choses assommantes à dire.

Il est vrai que je pourrais les habiller avec pompe , et que je serais en droit le lendemain de m’écrier, comme la plupart de nos écrivains : écoutes , voici de belles choses. Il est affreux que l’on néglige notre méthode. Aussi tous les livres, à l’exception des nôtres, sont-ils détestables...

Un moment, mes-sieurs, je n’approuve point vos livres d’une phrase , et qu'il faut lire sans interruption, ou laisser de côté pour ne jamais les reprendre.

Les chapitres ont leur mérite, et si j’étais emphatique, que ne dirais-je pas en leur faveur? je m’écrierais : il n’est rien de plus supérieurement utile que d’en faire usage. Ils reposent prodigieusement l’esprit; ils soulagent men'eiileusement l’imagination; ils aident étonnamment la mémoire; et dans un ouvrage dramatique de l’acabit de celui-ci , par exemple, ils sont aussi indispenmOlcment nécessaires que la coupe des scènes dans un drame théâtral.

Grâce à Dieu ! je déteste ces longs adverbes , ces épithètes boursoulflées.

Si vous voulez savoir pourquoi, et prendre quelque idée de cette matière, lisez Longin.

Si , après avoir lu , vous n’en savez pas davantage , lisez-le encore une fuis.

Lisez-le une troisième , une quatrième.

Avicenne et Licctus avaient lu ch.aeun quarante fois la métaphysique d’Aristote sans y rien comprendre.

Et voici ce qui en arriva.

C’est qu’Avicenne devint le plus terrible des écrivains de son siècle.

Et que Licetiis...

Mais que tu es bizarre dans tes quintes, ô nature !

Que le sort de ce Fortunius Licctus est étrange !

Il n’était encore qu’un embryon quand tu l'envoyas dans ce monde. Il n’y avait guère d’apparence qu’un être de cette espèce, ipii

n’avait que cinq pouces de long, pût vivre. Cependant il vécut ; il devint même un homme extraordinaire. Ses progrès dans les sciences spéculatives furent si rapides, qu’il parvint à composer assez promptement un ouvrage dont le titre seul était presque aussi long que tout sou corps. C’est sa Gonopsgchanlltropologie, oit,cec\w est la même chose, son Traité de l'amc humaine...

'Voilà ce que j’avais à dire, et c'est ce que j’appelle mon chapitre des chapitres. Je puis tijouter, sans faire tort aux autres, que je le regarde comme le plus érudit et le plus scicntiGque de tous ceux que j’ai faits.

Une chose encore que je garantis, c’est qu’il est mieux traité ici que dans l’Encyclopédie , et cela ne m’étonne point. De tous les livres qui portent aujourd'hui ce titre, je ne connais de bon que l’Encyclopédie perrugnière.

Avis aux têtes chauves, la mienne s’en est bien trouvée.

Page 1