‹ Œuvres completes de SterneChapitre 128 sur 507 · CHAPITRE CXXXVll · texte numérisé non relu

CHAPITRE CXXXVll

Avi» aBX nMecttif.

L’effet cruel du forceps fit monter mon père dans sa chambre .Consterné, abattu, iiscjcta sur son lit, et y resta dans une espèce d'en-

gourdis,semenl. Vous allez peut-être vous imaginer , mon cher lecteur, qu'il en fil autaut dans celte occasion. Point do tout; eh ! que vous connaissez peu la nature ! la funeste nouvelle de mon nom fit bien une autre impression sur lui.

L’assemblage de deux accidens change infiniment la manière de les sentir, et les moyens de s’en tirer.

Par exemple. Il n'y a pas encore une heurt! qu'avec toute l'impatience et toute la précipitation d'un pauvre diable d'auteurqui écrit pour avoir de quoi payer son dîner, j’ai jeté au feu, par mt-gardc, au lieu de mon brouillon, une feuillede papier; etqucllc feuille!... Je l'avais revue, corrigée, méditée, augmentée. C'était un petit chef-d'œuvre; au moins j’en étais content. Dépité, piqué au vif, j'ai fait voler ma perruque au plancher... Je l'ai attrapée comme elle retombait, et ma bévue oubliée est aussitût sortie de mon esprit

Je ne connais rien qui soulage avec plus d'efficacité, ni plus promptement, un auteur désespéré.

Que la nature est bonne ! La faculté, dans tous les accidens de la vie , hésite , tâtonne , et laisse presque toujours empirer le mal. Mais la nature! la nature nous a fait tout aussitût connaître le remède.

Ou je frappe du poing sur la table, ou du pied sur le carreau.

Ou bien, je lance avec fureur et horizontalement mon bonnet sur mon lit.

Une autre fois, je me lève et je fais trois ou quatre tours dans ma chambre, à pas convulsifs.

Jejurc,jc tempête, je renverse ma chaise, je déchire mon papier.... Eh ! que fais-je ?... je sais que cela me guérit. Comment ? voilà ce que j'ignore .J’en sens l'effet, mais uii voile épais en couvre la cause. Ce n'est pas le résultat d'un calcul. Qu’cst-cc donc? un pur instinct, une impulsion machinale à laquelle nous ne pouvons pas résister. Mais cela n'est pas là une solution dont l’esprit puisse se

contenter Vous êtes difficile. Apprenez

qu'il ya une foule d'autres choses dontil nous est impossible de rendre raison : nous vivons au milieu des mystères et des énigmes. Les choses les j>lus ordinaires qui se préseu-

TRISTRAII SHARDT.

tPDt à nos SPns, ont toujours un nspert sombre où se perd l'œil le plus pénétrant. Heureux, si nous saisissons le cOté agréable ! c'en est as.sp7,.

Après une aussi sublime réllexion, il est aisé de voir que mon père n’était pas le maître de se précipitera terre ou de se jeter sur S(jii lit, quand sou oreille fut si douloureusement frappée du nom sinistre qu’on m'avait donné. Son instinct, ou la nature, ou son ange, ou tout ce qu'il vous plaira , le conduisit malgré lui dans le jardin et sur le bord du eanal.

Il est profond; la masse d'eau qu’il contient est prodigieuse.

Mon père se trouva là dans un clin d’œil. Les réflexions d’une heure entière ne. lui auraient pas fait prendre un parti plus sûr.... La raison, avec tout son cortège de rapports et de combinaisons, l’aurait peut-être moins bien guidé....

11 s’élève, monsieur, du fond des viviers une certaine vapeur consolatrice, dont la force salutaire....

Ma foi! je laisse aux physiciens, aux n.ituralistcs, à en faire l’analyse... Je ne sais pas pourtant, si, à tout prendre, les cureurs dns viviers n’y réussiraient pas mieux; à coup sûr, ils raisonneraient moins.

Maisqu’impoitcà moi, chétif, que ces messieurs raisonnent, et que ces pauvres gens ne raisonneut pas? Sans savoir bien quel est l’elfet d’un vivier sur l’amc du malheureux, je sais qu'il a un elTet, et cela me sufGt. Je suis étonné que Pythiigore, Platon, Solon, Lycurgue et Mahomet n’en aient pas parlé dans leurs écrits.

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