CHAPITRE CLXIX
revieu k ma mèrCi
Que je sois pendu , si je n'ai pas oublié ma mère autant que si je n'en avais jamais eu , et que la nature m'eût jeté en moule , et m'eut déposé tout nu sur les bords du INil!
— Ma foi , madame ( c’est à la nature que je parle } , si c'est vous qui m'avez façonné , il n'y a pas de quoi vous vanter. Je suis fâché de la peine que vous avez prise , mais vous avez commis bien des gaucheries , et par devant et par derrière , et par dedans et par dehors.
— Comment , Tristram ! et cette disposition d'esprit qui te porte à n'être étonné de rien ! A la bonne heure , je vous la passe.
— Et cette défiance modeste et habituelle de ton propre jugement, qui fait que tu ne t'échauffes jamais , au moins pour des choses qui n'en valent pas la peine ! Oh ! pour mon jugement , il m'a si souvent trompé, que je serais un sot de me fier à lui.
■ — Et cet amour , ce respect pour la vérité , qui te conduirait au bout du monde pour la retrouver, quand tu crois l'avoir perdue. — Oui , j'aime la vérité ; mais je hais encore plus la dispute; et si cette vérité n'intéresse ni la religion ni la société , j'aime mieux l'abandonner lûchement , et souscrire aux opinions les plus extravagantes, que d'entrer en lice pour les attaquer.
D'ailleurs, je crainsle mal par dessus tout; et il n'y a pas d'opinion si sacrée, que je voulusse me laisser égratigner pour elle. Aussi me suis-je de tout temps promis de ne jamais
m'enrôler dans aucune armée de martyrs , soit qu'on en lève une nouvelle, soit que l’on se contente de recruter l’ancienne.
Mais il est temps que je retire ma mère de l'attitude pénible où je l'ai laissée.