CHAPITRE CLXXl
M^prite de ru mère.
Mon père avait une manière à peu près semblable à celle de Job. Je fais cette coinp.araison , d’après la persuasion religieuse où je suis qu’il a existé un très-saint et tresn allicureux personnage du nom de Job. Mais n’admi cz-vous pas l’audace de ces petits
siusDv. toi
incrédules qui , se trouvant embarrassés ,i lixerfère précise où ce grand homme a vécu, ne sachant, par exeniple, s'il faut le placer avant ou après les patriarches,aimentmieiix, pour trancher toute difficulté, décirler qu’il n’a jamais existé ? F.st-ec là un raisonnement? C’est line barljarie; c’est faire justement à autrui ce que nous ne voudrions pas qui nous fut fait. Mais je revieiisàla manière de mon père.
Quand les choses tournaient mal jHuir lui, et surtout dans le premier mouvement de son impatience, jumiqiioi suis-je ne? s’écriait-il. Eh ! que fais-je sur la terre? Je voudrais être mort. C’éUiit là ses nioindros imprécations. Mais, quand sa |)eine devenait excessive, et qu’elle pas.sait tonte nie.sure, monsieur, vous auriez cru entendre Socrate liii-méme. Tout respirait en lui le mépris de la vie, et l’indilTérence sur les moyens d’en sortir.
Ma mère avait peu lu; mais, d’après ce que je viens de dire, l’extrait du discours de Socrate ne devait fias lui paraître étranger. Elle le prit à la lettre. Elle écoutait avec attention et recueillement, et aurait écouté ainsi jusqu’au bout, si mon père ne s’était jeté, sans trop savoir pourquoi, dans cette partie du piaidoyer, où le grand philosophe récapitule ses liaisons, ses ailiances, ses en- ‘ fans, mais sans se flatter que le tableau puisse le sauver ou faire impression sur scs juges. — .J’ai des amis, s’écriait mon père; j’al des parens; j'ai trois malheureux enfans! >
— • Comment donc! monsieur Shandy, dit ma mère en ouvrant la porte, c’est un de plus que je ne vous connaissais. •
— « Par le ciel! c’est un de moins, dit mon père, en se levant et en quittant la chambre. ■
GIIAPITRE CLXXII.
Qucitluo cbroiKtlogittoe.
— < Ce sont les enfans de Socrate, dit mon oncle Tobic. — Bon! dit ma mère, n'y a-t-il pas cent ans qu’il est mort? •
Mon oncle Tidiie n’était pas chronologi.ste; mais, ne voulant pas admettre légèremeut
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TlUblRAM SBANDY.
«ne époque de cette Importance, il posa tranquillement sa pipe sur la table, il se leva; et prenant doucement ma mère par la main , sans lui dire une parole, il sortit pour aller trouver mon père et le prier d'éclaircir ses doutes.