‹ Œuvres completes de SterneChapitre 173 sur 507 · CHAPITRE CLXXXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE CLXXXVIII

Origiae de« fortificaliaot.

iLes trente premières pages, dit mon père en retournant les feuillets, sont un peu abstraites; et comme elles ne sont pas intimement liées au sujet, nous les passerons pour le moment. C’est une introduction servant de préface, continua mon père, ou une préface servant d’introduction (car je n’ai pas encore déterminé le nom que je lui donnerai ), sur le gouvernement civil et politique; et, comme on en trouve l’origine dans la première association du mâle et de la femelle, je m’y suis trouvé insensiblement amené. — Cela était naturel, dit Yorick.

— «11 me suIGt, dit mon père, que l’origine de la société soit (comme nous le dit Politien) proprement conjugale, c’est-à-dire, consistant uniquement dans la réunion d’un homme et d’une femme , auxquels Hésiode ajoute un esclave. Mais comme il est à croire que, dans ces premiers commencemens, il n’existait pas encore d’esclaves , le premier principe de toute société se trouve réduit à un homme, une femme et un taureau. >

— f II me semble que c’est un bœuf, dit Yorick, citant le passage («!»»’' i*"

T« , r'iftTfp». ) Un taureau eût été trop farouche , trop indocile. — Il y a encore une meilleure raison, dit mon père, en trempant sa plume dans l’encrier : c’est que le bœul étant le plus patient des animaux, et le plus propre à labourer la terre, d’où l’homme de- V.1II tirer sa subsistance, il était à lu fois l'in-

TniSTRAM SRARDY.

nrumeat et l'emblème le plus convenable que le Créateur p&t associer au couple noiivellementjpint. >

— € Mais voici, dit mon oncle Tobie, une raison en faveur du bwiif, plus forte que toutes les autres ( mon père ne put prendre sur lui de retirer sa plume du cornet, avant d'avoir entendu la raison de mon oncle Tobie). Quand la terre fut labourée, dit mon onde Tobie, que les moissons eurent paru , et qu'il fut question de les renfermer, alors les hommes eurent recours aux palissades , aux murs, aux fossés; et ce fut là l'origine des fortifications. — Bien .'bien! cher Tobie, s'écria mon père. • Il effaça le mot taureau, et mit 6<tuf à sa place.

Mon père fit signe à Trim de moucher la chandelle , et résuma ainsi son discours.

c Ce qui m'a amené à cette dissertation , poursuivit- il négligemment, et fermant à moitié son livre, c'est que je voulais montrer l'origine de cette relation que la nature a mise entre le père et son enfant, aussi-bien que le principe du droit et de la juridiction que le premier acquiert sur Fautre : par le mariage, par l'adoption, parla légitimation, enfin par la procréation. >

— < Je considère chaque moyen à son rang. >

— I II en existe un , répliqua Yorick , qui ne me semble pas d'un grand poids. C'est du dernier que je parie ; et , en effet , si les soins du père se bornent à la procréation , je ne vois pas quels si grands droits il acquiert sur son enfant, ni quels si grands devoirs celui-ci contracte envers lui. — Quels devoirs ! s'écria mon père , ceux de la créature à l'égard du créateur ; ceux de l'homme à l'égard de Dieu.

< J'avoue , contiuua-t-il , qu'à ce compte , l'enfant n'est pas autant sous la puissance et la juridiction de la mère. — Il me semble pourtant, dit Y'orick, que les droits de la mère sont les mêmes. — Elle est elle-même sous l'autorité , dit mon père ; et d'ailleurs , .ajouta-t-il en secouant la tête, elle n’est pas, Y'orick , le principal agent. — Comment cela? dit mon oncle Tobie , en quittant sa pipe. — Cependant , dit mon père, sans écouter mon oncle Tobie le fils est tenu au respect

envers elle , comme vous pouvez, le lire. Yorick , dans le premier livre des instituts de Justinien, au onzième turc de la dixième section. — Je puis, dit Yorick, le lire aussi bien dans le catéchisme. i

CIIAPIFRE CLXXXIX.

Cat^rbume de Trtn.

— f Quant au catéchisme , dit mon oncle Tobie , Trim le sait sur le bout de son doigt. — Eh bien ! que diantre cela me fait-il ? dit mon père. — Il le sait , sur ma parole, reprit mon oncle Tobie. Monsieur Yorick, vous n'avez qu’à l'interroger. »

— i Eh bien ! Trim , dit Y'orick, d'un air de bonté et d’un ton de voix radouci, le cinquième commandement ? >

Le caporal ne répondit rien. — « Ce n'est pas là le ton, répondit mon oncle Tobie , élevant la voix et parlant bref, comme s'il eût commandé l'exercice. Le cinquième f cria mon oncle Tobie. — Avec la permiss'ion de monsieur, dit le caporal , il faudrait commencer par le premier. >

Yorick ne put s'empêcher de sourire.

— «Monsieur le pasteur ne considère pas, dit le caporal , en portant sa canne à l'épule, en guise de mousqueton, et s'allant camper au milieu de l'appartement ponr être mieux VII , il ne considère pas que le catéchisme est précisément comme le maniement des armes.»

— « Porte» la main droite au fiail, » cria 1 1 caporal, prenant le ton de commandement et exécutant le mouvement.

< Itepose*-vout tur le finit, > cria le caporal, faisant à la fois l'office d'aide-major et de soldat....

« Pose» le fiuil à tare. Avec la permission de monsieur le pasteur , un mouvement ^ comme il peut voir, en amène un autre. Si monsieur avait voulu commencer par le premier !.... >

— « Le premier ! > cria mon oncle Tobie, posant sa main gauche sur sa hanche. . . .

TilISTRAM SHANRY.

■ Lo second! > cria mou oncle Tobic,briinilissaiit s;i pipe , comme il aurail fait son épée a la télé (l’un régiment.... — I.e caporal salislilà loin avec précision ; et, ayant dit (pi'il fallait honorer son jière et sa mère, il s’inclina profondément, et fut reprendre sa place au fond de la chambre.

— f On se tire de tout, dit mon père, avec un bon mut. Il y a la de l'esprit, et même de l’instruclion, si nous pouvons l'y découvrir. >

< Mais ce ()ue nous venons de voir n'est proprement que l’échafaud de la science , c'esta-dirc son plus haut poiut de folie , si l’édilicc ne s’élève pas en même temps. •

t C’est le miroir où peuvent se voir dans leur vrai jour et au naturel les pédagogues , précepteurs, gouverneurs et grammairiens. • ( Oh! il y a une coquille en écaille, Yorick, qui croit avec l’étude, cl que tous ces genslà ne savent comment détacher. >

( Ils deviennent savans par routine ; mais ce n’est pas ainsi que s’apprend la sagesse. > Y orick écoutait avec admiration.

— ( Oui, dit mon pi're, je m’engage dès à présent à employer en œuvres pies le legs entier de ma tante Dinach (et l’on apprendra que mon père n’avait pas grande opinion des (BHvrcs pies), si le caporal attache une seule idée déterminée à aucun des mots qu’il vient de prononcer. Et je te prie , Trim , continua mon père, en se retournant vers lui , qu’enleods-tu par honorer ton père et la mère? >

— (J'entends, dit le caporal, leur donner trois sous )>ar jour sur ma paie , quand ils sont vieux. — El cela , Trim , dit Y’orirk , l’astn fait’? — Oui, en vérité, répliqua mon oncle Tobie. — Eh bien ! Trim , dit Y’orick, en s’élançant de sa chaise et prenant le caporal nar la main , tu es le meilleur commentateur de cet endroit du décalogue ; cl je t’honore davantage pour une telle action , que si tu avais composé le Talmud. >

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