‹ Œuvres completes de SterneChapitre 174 sur 507 · CHAPITRE CXC · texte numérisé non relu

CHAPITRE CXC

Sir la aanl^.

— ( Oh hienlieureusc santé ! s’écria mon prie, en tournant la page pour passer au cliapitrc suivant, tu es au-dessus de l’or et

de toutes les richesses. C’est toi qui dilates l’ame , et qui disposes toutes ses facultés à recevoir l’instructiou et à goûter la vertu. Celui qui te possède a peu de désirs à former ; et le malheureux à qui tu manques , manque de tout au monde. >

( J’ai resserré , continua mon père , tout ce qu’il y a à dire sur ce sujet important , dans un très-petit espace ; ainsi itous lirons le chapitre en entier. »

Mou père lut comme il suit:

I Tout le secret de la sauté dépend des elforls mutuels que font le chaud cl l'humide radical , pour l'emporter l’un sur l'autre. »

— ( Je suppose, dit Y’orick, que vous avez commence par prouver ce fait. — Suffisamment , > dit mon père.

En disant cela , mon père ferma le livre ; non pus comme s’il avait résolu de ne plus lire, car il garda son premier doigt dans le chapitre ; ni d’un air fâche , car il ferma le livre doucement, son pouce restant sur la couverture de dessus , et ses trois derniers doigts soutenant celle de dessous sans aucune pression violente.

— ( J’ai démontre la vérité de cette assertion , dit mon père , faisant signe de l:i tète à Y’orick , plus que sulUsammenl dans le précédent chapitre. •

Ur, si on disait maintenant à un habitant delà lune, qu’un habitant du monde sublunaire a écrit un chapitre, démontrant suffisamment que tout le secret de la santé consiste dans les efforts mutuels que font le chaud et l'humide radical , pour l'emporter l'un sur l'autre ; cl qu’il a prouvé la chose avec tant de ménagement, que dans tout le chapiti-e il n’y a pas un mol de sec ni d’humide sur le chaud ou f humide radical, ni une seule syllabe, directement ou indirectement, pour ou contre la rivalité de cos deux puissances dans féconomic animale....

( O toi ! éternel créateur de tous les êtres, s’éci-ierait-il , en frappant sa poitrine de sa main droite ( en supposant qu’il eût une poitrine et une main droite ) , toi , dont le pouvoir et la bonté peuvent étendre les facultés de tes créatures jusqu’à ce degré infini d’excellence et de perfection ! que l’ont fait les habitons de la lune’? •

TRISTRAM SIIANDY.

CUAPITRK CXCI.

S«r «turUuas.

Mon pi>ro finil par deux apostrophes dirigées, l’une contre Hippocrate, l’autre contre Lord Verulani.

Il commença parle prince de la médecine, ru lui faisant une légère apostrophe sur sa lamentation chagrine : -4rj lomja , cita brevit. — • La vie courte , s’écria mon père , et l’art de guérir difiicilc ! Eh ! qui devons-nous en remercier? et à qui faut-il nous en prendre? si ce n’est à l’ignorance de ces maudits charlatans eux-mêmes , et à leurs tréteaux , et à leurs drogues , et à leur étalage philosophique , avec lequel , dans tous les temps , ils ont commencé par flatter le monde , et oui Gni par le tromper ! •

t El toi. Lord Verulam ! s'écria mon père (quittant Hippocrate pour lui adresser sa seconde apostrophe , comme au premier des vendeurs d’orviétan , et lé plus propre à servir d'exemple aux autres ) , que le dirai-je , grand Lord Verulam ? que dirai-je de ton esprit intérieur, de ton opium , de ton salpêtre , de tes onctions grasses , de tes médecines, de tes clystères, et de tous leurs accompagnemens? »

Mon père n’était jamais embarrassé desavoir que dire à qui que ce fût , ni sur quoi que ce fût , et il avait plus de facilité pour l’exordc qu’aucun homme vivant. Comment il traita l’opinion de Lord Véndam? vous le verrez : mais quand ? je ne sais pas. Il faut que nous voyions d’abord ce que c’était que l’opinion de Lord Verniam.

CUAl'irRE CXCll.

Régime de iongae vie.

— f l.es deux grandes causes , dit Lord Verulam, qui conspirent ensemble à raccourcir la vie , sont premièrement ;

< l.’air intérieur, lequel, comme une flam-

me légère, consume sourdement le corps, et le dévoue à la mort; secondement, lair extérieur, qui dessèche le corps peu à peu. et le réduit en cendres. Ces deux ennemis, s'attachant à nos corps des deux eûtes à la fois, détruisent à la lin nos organes, et les rendent inhabiles à continuer les fonctions de la vie. >

Cette proposition une fois prouvée ou admise, le moyen de prolonger la vie était simple. — « Il ne s’agissait, disait Lord Verulam, que «le réparer le ravage causé par l’air intérieur, en rendant d’un côté la substance du corps plus dense et plus robuste , par un usjige habituel d’opiat convenable, et en lem|«Tant do l’autre l’excès de la chaleur, au moyen de trois grains et demi de salpêtre pris à jeun tous les matins. •

Ainsi ganinlie des .assauts de l’air intérieur, déjà même la surface de notre corps se trouvait moins exposée à ceux de l’air extérieur. Mais on l’en préservait mieux encore par une suite d’onctions grasses, lesqtiellessatiiraient tellement les pores de la peau, qu’une parPcule d’air n’y pouvait pénétrer et que rien ne pouvait en sortir. Var-là, à la vérité, toute transpiration sensible et insensible était arrêtée; et il pouvait s’ensuivre plusieurs inconvéniensii'icheux.Maisrusagedesclystères pourvoyait à tout, entraînait les humeurs qdl pouvaient refluer , et rendait le système complet.

Je l’ai promis; vous lirez tout ce que mon père avait à dire sur les opiats de Lord Vcrulam, son salpêtre, ses onctions grasses, et ses clystères. Vous le lirez , mais non pas aujourd’hui, ni même demain, le temps me presse. Le lecteur est impatient, il faut que j’aille. Vous lirez ce chapitre à votre loisir (si cela vous convient) aussitôt que la Trit- Irapériie sera publiée.

Qu’il suflise pour le moment de dire que mon i>ère traita la conséquence comme le. principe. Et par-là les savans peuvent conclure qu’il éleva son propre système sur les ruines de l’autre.

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