‹ Œuvres completes de SterneChapitre 181 sur 507 · CHAPITRE CCI · texte numérisé non relu

CHAPITRE CCI

lutcrmède.

A présent, mon cher monsieur , arrêtonsnous encore deux minutes, et rentrons dans la salle pour recueillir les siilTragcs. Vous savez comme mon amour-propre y trouve son compte.

Ce n’est pas que je m’en plaigne; il faut être juste. Les dissertations savantes de mon père, ses verbes auxiliaires, son ours blanc, peuvent très -bien ne pas plaire à tout le monde. Je vois l:i un gros abbé qui dort , et je ne lui en veux point de mal. Et cotte dame, non pas cette vieille présidente qui prend du tabac, et qui n’a pas mieux compris tout ce que vous venez d'entendre, que son mari n’a compris le procès qu’ii a jugé ce matin ; mais cette jeune marquise qui est dans la même loge , avec ce duc qui lui parle à l’o-

TRisTnAM s^A^nY.

reille, croyez-vons qu'elle nous ait entendus? Elle ne nous a pas même écoutes. Cependant, voyez comme elle applaudit. Et je m’en plaindraislet je lui en ferais un reproche! Kon, mon cher monsieur. Le public est p.^rtage en deux classes, dont l’une admire tout ce qu’elle ne comprend pas, et l’autre déchire tout ce qu’elle comprend. 11 y a encore une troisième classe, mais réduite à un si petit nombre !Ce sont ceux qui, comme vous, monsieur, jugent sans prévention, critiquent sans humeur, et louent sans partialité. C’est pour ceux-là que j’écris ; ce sont ceux qui me consolent des autres.

CHAPirRE CCII.

r,okctu»iea.

Quand mon père eut fait danser et redanser son ours blanc pendant une demi-douzaine de pages , il ferma le livre tout de bon ; et d’un air triomphant il le remit à Trim, avec signe de le reporter sur le bureau où il l’avait trouve. — < Voilà, dit-il, la méthode avec laquelle Tristram apprendra à décliner et à conjuguer tous les mots du dictionnaire. Vous sentez, Vorick, que de cette façon chaque mot amènera une thèse ou une hypothèse. Chaque thèse oit hypothèse est iiue source de propositions.Ch.aqiie proposition a sa conséquence et conclusion. Et chaque conséquence et conclusion ramène l’ame sur l’objet , et lui ouvre une nouvelle route de recherches et d’études. La force de cette méthode est incroyable pour ouvrir la tète d’un enfant. — Pour ouvrir sa tête, frère Shandy, s’écria mon oncle Tobir! il y a de quoi la faire sauter en mille pièces. »

— « Je présume , dit Vorick en souriant, que c'est par votre méthode que le fameux Vincent Quirino ( parmi les autres prodiges de son enfance, desquels le cardinal Bembo a donné au public une histoire si exacte ) se mit en état, dès l’âge de huit ans, d’afficher dans les écoles publiques de, Rome quatre mille cinq cent soixante thèses difiérentes, sur les points les plus abstraits de la

plus abstraite théologie, et de les défendre et de les soutenir, de manière à terrasser et à réduire au silence tous ses adversaires.»

— « Qu’est-ce que cela, s’écria mon père, auprès de ce qui nous est rapporté d’Alphonse Toslalus , h'quel , presque dans les bras de sa nourrice, avait appris toutes les sciences et tous les arts libéraux, sansqu’on lui en eût rien enseigné? Que dirons-nous du grand

Peirese? — C’est le même, s’réria mon

oncle Tobie, duquel je vous ai parlé une fois, frère Shandy , et qui lit une promenade de cinq cents lieues, en comptant l’aller et le retour, de Paris à Schevvling * miiqiiemeni pour voir le chariot à voiles de Stéviniis. C’était un grand homme, ajouta mon oncle Tobie (il pensait à Stéviniis.) — Oui. un grand honiine, dit mon i>ère (songeant à Peirese), et qui multiplia ses idées si rapidement, et se lit un si prodigieux amas de connais- * sanccs, que (si nous pouvons ajouter foi à une anecdote qui le regarde, et que nous ne saurions rejeter .sans secouer ranlorilé de toutes les anecdotes qiieh onqiies), à l’àge de sept ans, son père lui remit entièrement l’éducation de son frère, qui n’en avait que cinq. — Le père était-il aussi s;ige que son fils, dit mon oncle Tobie? — Je croirais que non. dit Vorick.

— «Mais que sont tous ces exemples, continua mon père, entrant d.ans une sorte d’enthousiasme, que sont tous ces exemples auprès des prodiges de l’enfance des Groliut , Scioppiut , Heinsius , Polilien, Pascal, Joseph Scaliger, Ferdinand de Cordouc, et autres? Les uns se dégageant des formes scholastiques dès l’âge de neuf ans, et même plus têt, et parvenant à r.aisonner sans ce secours. Les autres ayant fini leurs classes à sept ans, et écrit des tragédies à huit. A neuf ans, Ferdinand deCordoueétaitsi savant, que l’on crut qu’il était possédé du démon; et à Venise il fit voir tant d’érudition et de vertu , que les moines le prirent pour l’Antéchrist. D’autres eurent appris quatorze langues à l’àgc de dix ans; à onze, eurent fini leurs cours de rhétorique , poétique, logique et morale; à douze.

I * Il n'y a pu plus de cent licuci de Paris h , Schewiing.

IHÜ THISTRAU

(luiiiiiTtMit Ifiirs conimcnlaii'cs Mir Sorviusol sur M;irli:wiiis C:i|H'IIu, cl à Irci/.e, reçurenl leurs tlogrcs de |iliilosn|>liic , île droil et de I licol ogie.*

— •Müis.tlil Yorick, vuusoidilic/. le grand Juste l,i|)sc, (|ui composa un ouvnige le jour de sa naissance. — Bon Dieu , dit mon oncle Tobie ! »

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