CHAPITRE CCXIU
Son araenal k monte.
Il faut qiiP je fasse iei iin petit aveu au lecteur. Qiiuicpte. dans riiistoire de la |>n“mièrc c ampagne de mon oncle Tobie , le mol ville soit souvent répc'lé, la vcTiléest qu'il n'y avait alors dans le polygone rien qui ressemblât ù une ville. Cet embellissement n'eut lieu que dans l'été qui suivit la peinture des ponts et de la gnerite, c’est-à-dire, dans la troisième campagne de mon oncle Tobie : et ce fut au caporal qu’en vint la première idée.
Par l'cllort de son bras et sous les ordres de mon oncle Tobie , il avait pris Amberg , Bonn et Rhimberg, et Unis, etCimbourg; il vint alors avec raison à penser que c’était une dérision de se vanter de la prise d'un si grand nombre de villes, sans avoir une seule ville à montrer pour attester tant de conquêtes. Il proposa donc à mon oncle Tobie de se faire bâtir une petite ville à son usage, en plancliesdc sapin qui seraient assemblées, peintes, montées et placées dans le polygone , de manière à faire rillusion la plus complète.
Mon oncle Tobie sentit d'abord l'excellence du projet, et l'agréa sur-le-champ; il y joignit même deux idées nouvelles et asscr, bizarres , mais dont il était presque aussi vain que s’il eût eu l'honneur de la première invention.
Il voulut d'abonl que la ville fût bâtie dans le genre de celles qu’elle devait le plus vrais<-mblablemcnt représenter : avec des fenêtres grillées , et le toit des maisons tourné vers la rue, etc., comme à Gaud, à Bruges, et dans tout le reste du Brabant et de lu Flandre.
Il voulut de plus, au lieu d’avoir scs maisons réunies, comme le caporal le proposait, que chacune d'elles fût isolée et indépendante, afin de pouvoir être accrochée ou détTochée à volonté , de manière à exécuter tous les plans de villes possibles.
On SC rail aussitût à rmivrage; les charpentiers lurent ap|>elés; et mon oncle Tobie
et le ca|)oral , témoins assidus de leurs travaux, ii’en (b'tournaicnt les yeux que pour s’applaudir réciproquement ilans leurs regards du succès de leur invention.
Il en résulta un merveilleux elfet pour la campagne suivante.
La ville de mon oncle Tobie se prêtait à tout. C'était un vrai Prolhée. Tantôt c’était Landen ou Trarebach , Saut-Vlicl, Driisen on Ilagueuaii ; tantôt c'était Oslende, et Menin, et Alli, et Dendermonde.
Jamais, depuis Sodome elGomorre, aucune ville n’a fait tant de personnages différens.
La quatrième année, mon oncle Tobie songea qu’une ville sans église avait l'air nu et presque ridieule;il en ajouta une très-belle avec son clocher. Trim opinait pour avoir des cloches, mon oncle Tobie pensa qu’il valait mieux en employer le métal en artillerie.
Le métal fut fondu, cl produisit pour la campagne d'après une demi-douzaine de canons de brouzc.On en plaça trois de chaque côté de la guérite. Iæ train d'artillerie augmenta peu à peu; cl (comme il arrive toujours dans les choses qui regardeul notre califourchon chéri) on en vint gr.aducllemenl depuis les pièces d'un demi-pouce de calibre jusqu'aux bottes fortes de mon père.
L’année d’après, qui fut celle du siège de Lille, et qui se termina par la prise de Gand et de Bruges, jeta mon oncle Tobie dans un cruel embarras. Il ne savait où prendre des munitions convenables. Sa grosse artillerie ne pouvait soutenir la poudre ù canon, et ce fut un grand bonheur |>our 1a famille Shandy; car, du commencement à la fin du siège de Lille , les assiégeons entretinrent un feu si continuel , les papiers publics en firent de telles descriptions, et ces descriptions enflammèrent tellement l’imagination de mon oncle Tobie, que tout son bien y aurait infailliblement passé.
Cependant on ne pouvait se dissimuler qu’il manquait quelque chose aux inventions de mon oncle Tobie, surtout pendant un ou deux des plus violens paroxysmes du siège . Tout était en feu sous les murs de Lille; et où était l’équivalent autour du polygone de
thistram sbànot.
mon oncle Tobie? Ne poiiv:iil-on rien ima- j giner qui doouit au moins quelque idée d'un feu soutenu , et qui en imposât à l'imagination? Oui, on le pouvait; et le caporal, dont le génie brillait surtout pour l'invention , suppléa an défaut de munitions par un système de batterie entièrement neuf, et qu'il puisa dans son propre fond. Par-là, il fit taire les critiques, qui auraient reproché jusqu'à la fin du monde à mon oncle Tobie, qu'il manquait à son appareil de guerre la chose la plus essentielle.
Dirai-je en ce moment au lecteur le moyen imaginé par le caporal? Non, la chose ne perdra rien à être renvoyée , comiiie je fais ordinairement , à quelque distance du sujet.