CHAPITRE CCXVII
On •’éduaffe k noiu.
Le caporal s'était levé sans bruit, environ dix minutes avant mon onde Tobie, dans le
dessein de disposer son appareil , et d'envoyer une ou deux volées à l'ennemi avant l'arrivée de mou onde Tobie.
A cette Gu, il avait traîné les six pièces de campagne tout près et en face de la guérite de mon onde Tobie, laissant seulement, entre les trois de la droite et les trois de la gauche, un intervalle de quelques pieds, pour la commodité du service, et aOn de pouvoir faire jouer à la fois les deux batteries, dont il espérait tirer deux fois plus d'honneur que d'une seule.
Le caporal se plaça vis-à-vis cet intervalle cl un peu en arrière , le dos sagement appuyé à la porte de la guérite , de crainte d'ètrc tourné par l'ennemi. Il prit la pipe d'ivoire , appartenant à la batterie de droite , entre le premier doigt et le |)ouce de la main droite ; il prit la pipe d'ébène garnie d'argent, laquelle appartenait à la batterie de gauche , entre le premier doigt et le ponce de l'autre main : il posa le genou droit en tene, comme s'il eût été au premier rang de son peloton. Et là, son bonnet de lioussard sur la tète, le caporal se mitàfairejoiiervigoureusement scs deux batteries sur la contregarde qni faisait face à la contrescarpe où l'attaque devait se faire le malin.
Sa première intention, comme je l'ai dit, était de n’envoyer d'abord à l'ennemi qu'une ou deux boufféa de tabac. Mais le succès des bouffies , aussi bien que le plaisir de bouffer, s'était insensiblement emparé de lui , et , de bouffées en bouffées , l'avait engagé dans la plus grande chaleur de l'attaque. Ce fut en ce moment qne mon oncle Tobie le rejoignit.
11 fut heureux pour mon père que mon oncle Tobie n'eût pas à faire son testament ce jour-là.