‹ Œuvres completes de SterneChapitre 205 sur 507 · CHAPITRE CCXXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE CCXXIV

Dernier! exploit» 4e moa ooele Tobie.

Je disais au lecteur chrétien, au commencement du chapitre qui a précédé celui de l’apologie de mon oncle Tobie (je le disais en termes et dans un trope dilférens), que la paix d’Clrccht fut au moment de faire naître, entre mon opcle Tobie et .son ralifunrchon, le même éloignement qu’entre la reine et les confédérés.

11 est des gens qui ne descendent de leur califourchon qu’avec humeur et dépit, en lui disant : Monsieur, j’aimerais mieux aller à pied toute ma vie, que de faire désormais un seul quart de lieue avec vous. Ce n’est p.as ainsi que mon oncle Tobie descendit du sien ; que dis-je? il n'en descendit point; il fut jeté par terre, et même avec malice : ce qui lui donna dix fois plus d’hiimeui'. Mais cette affaire est du ressort des Jockeys.

Quoiqu’il en soit, ilest certain que la paix d’Utrecht produisit une sorte de brouilicrio entre mon oncle Tobie et son califourchon. Depuis la signature des articles, qui se Gtcn mars, jusqu'au mois de novembre, ils n'eurent aucun commerce ensemble. Apcinc mon oncle Tobie fit-il de temps en tempsquelqucs tours de promenade avec lui, pour s’assurer si le Havre et les fortiGcalions de Dunkeixpie se démolissaient suivant les termes du truité.

Mais les Erau^:ai$ s’y portèrent avec tant

TRISTRAM SIIANDT.

(loinotrur, pendant loin rét(',<'tM.Tugj;lics, députe dos magistrats de Dunkorqiic , présenta à la reine des suppliques si touehanles, suppliant sa majesté de réserver sa foudre pour les fortifications qui pouvaient avoir encouru sa disgrâce, mais d'épargner ah !

d'épargner le môle en faveur du môle luimême, lequel, dans sa situation dénuée de toute défense, ne pouvait plus être qu'un objet de pitié ; et la reine (qui était femme) se laissa émouvoir si faeilement, ainsi que ses ministres, qui avaient leurs raisons particulières pour ne ps désirer que la ville fût démantelée ; enfin tout alla si lentement au gré démon oncle Tobie, que la ville fut bâtie par le caporal, et toute prête à être démolie plus de trois mois avant que les difiérens commissaires, commandons, députés, mi'diateurs et intendans leur permissent d'y travailler.

Fatale inaction !

Le caporal était d'avis de commencer la démolition pr les remparts du eorp même de la place. — < Non pas, caporal, disait mon oncle Tobie. Si nous commencions par la ville, la garnison anglaise n’y serait ps en sûreté pndant une heure, en cas d'attaque. Et si les Français étaient de mauvaise fui... — Ma foi, dit le capral, je ne m’y fierais pas. Ces gens-lù ne sont ps sûrs. — Tu me fâches toujours de parler ainsi, Trim, dit mon oncle Tobie. I.e Français est naturellement brave ; et, dès qu'il trouve une brèche praticable,c’est le premier piiple du monde pour s’élancer dans une place et s'en rendre maître.— Qu’ils y viennent, s’ils l’osent î »

— I Dans ces cas-là, caporal, dit mon oncle Tobie, en faisant glisser sa maiu jusqu'au milieu de sa canne, et l'élevant ensuite comme un bâton de commandement, le premier doigt en avant, dans ces cas-là, un commandant ne doit pas calculer ce que l’ennemi usera ou n'usera pas; il doit agir avecpudence. Ainsi nous commencerons par les ouvrages extérieurs, tant du côté de la terre que du côté de la mer ; le fort l.ouis, le plus éloigné de tous, sera démoli le premier, le reste stiutera, chaque chose après l'autre, de droite et de gauche, toujours en nous retirant versla ville; après quoi nous détruirons le môle, nous com-

blerons le port ; enfin nous rentrerons dans la citadelle <|ue nous ferons sauter, et nous voguerons pour l'Angleterre. — Uù nous voila débarqués, dit le capral. — Tu as 'raison, » dit mon oncle Tobie, en reconnaissant son clocher.

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