‹ Œuvres completes de SterneChapitre 215 sur 507 · CHAPITRE CCXX.VV · texte numérisé non relu

CHAPITRE CCXX.VV

Caliis

Calait, Calatium, Calusium , Calctiiim.

Celte ville , si vous en croyez scs archives (et je ne vois aucune raison de les révoquer en doute), n'était autrefois qu'un petit village appartenant aux anciens comtes de Guines. Elle contient aujourd'hui près de quatorze mille habitans , sans compter quatre cent vingt feux dans la ville basse ou les faubourgs. Il faut supposer qu'elle ne sera arrivée que par degré usa grandeur actuelle.

Il y a dans la ville quatre couvens et une seule église paroissiale. J'avoue que je n’en ai pas pris la mesure exacte; mais il est aisé d’en approcher par conjecture ; car comme la ville renferme quatorze mille habiuins, si l'église peut les contenir, elle doit être d’une grandeur considérable ; et si elle no le peut pas , il est ridicule de n’en avoir pas une autre Elle est bâtie en forme de croix , et dédiée à la vierge Marie. Le clocher, au hautdu(|uel est une llèche, est placé au milieu de l’église , et porté sur i|uatre piliers de forme élégante et assez légère , mais cependant suffisamment solides.

L’église est ornée de onze autels , dont la plupart sont plus élégans que riches. Le maitre-autel est un chef-d’œuvre en son genre. Il est de marbre blanc; et, suivant eequ'ou m'a dit, il a près de soixante pieds de haut : s'il en avait davantage , il serait aussi haut que le mont Calvaire: d’où je cotvclits qu’en conscience il est d’une hauteur raisonnable.

Rien ne m'a frappé davantage quela grande U

TRISTHAX snA^DT.

plucc , que nuiui a|>pi'lons en anglais carré. Je ne saurais dire si elle est bien pavée et liieiibàlic; inaiselleeslau centre delà ville, et la plupart lies rues ( du moins celles de ce quartier ) y aboutissent. St l'on avait pu avoir une fontaine à t'aiais, ce qui parait impossible, il n'est pas douteux qu’on l'eût placée an centre de ce carré, où elle aurait fait un très-bel effet, quoique ce carré ne soit pas précisément un carré; car il est de quarante pieds plus long de l’est à l'ouest, ipic du nord au sud. Aussi les Français , en général , ont-ils plus de raison de les appeler des placer , n'étant prescpie jamais des carrés parfaits.

La maison de ville est assez laide , et conséquemment peu iligne d’étre mise en vue ; sans quoi elle aurait pu briller sur cette place , à cOté de la fontaine. Mais elle suffit |)Our sa destination , et est assez spacieuse pour contenir les magistrats qui s’y rassemblent de temps en temps. l)e sorte que l’on peut présumer que la justice y est régulièrement distribuée.

Je suis , comme Ton voit , fort instruit sur ce qui concerne la ville ; mais comme il n’y a rien île curieux dans le Conrgain , je m’en suis peu occupé. C'est un quartier séparé de la ville , qui n'est habité que par des matelots et des pi'clieiirs. Il consiste en une quantité de petites rues proprement bâties; la ptnpart des maisons sont en brique. II est extrêmement |«'uplé; mais cette population s'explique par le genre de nourriture de l’espèce de gens qui y demeurent.

Au reste , un voyageur jieut l’aller visiter pour se satisfaire.

Mais il ne faut pas qu’il oublie la tour du guet; elle mérite d'ètre vue. On l’appelle ainsi à cause de sa destination , parce qu’en temps de guerre elle sert à découvrir les ennemis qui pourraient s’approcher de la place du côté de terre , ou du côté de mer , et à en donner avis. Mais elle' est d’une hauteur si prodigieuse , et attire vos regards si continuellement , que l’on ne peut s’empêcher d’y faire attention malgré soi.

Je fus très-fûché de ne pouvoir obtenir la permission de visiter les fortifications , qui sont les plus fortes du monde, et qui, de-

puis qu’elles ont été comracneées jusqu’à nos jours, c’est-à-dire, depuis Philippe do France, comte de Roiilugne , jusqu’au moment où j'en parle, ont coûté ( suivant le calcul d’un ingénieur gascon ) plus de cent millions de livres. Il est à nmiarqiier que c’est à la tète de Gravelines, du eôté où la ville est naturellement le plus faible, qu’oii a dépensé le plus d’argent; tellement que les ouvrages extérieurs s’étendent beaucoup dans la campagne, et occupent un grand leiT.ain.

Cependant , quoi que l’on ait pu dire et faire, il faut convenir que Calais n’a jamais été aussi imporUint par lui-mème que par sa position , et celte entrée facile qui a tant de fois été fournie à nos ancêtres j>our pénétrereiiFranec.Maiscelavanlage n’était pas mêmesansinconvéniens, et Calais a été pour l’Angleterre dans ces lenips-là une source de querelles , aussi répétées que Dunkerque dans le nôtre. On regardait à bon droit cette ville comme la clé des deux royaumes ; et c’est de là que sont venus tant de tlébats , pour savoir qui la garderait.

De ces débats , le plus mémorable fut le siège , ou plutôt le blocus de Calais par Fidou.ard III. La ville résista une année entière aux efforts de ses armes , et se défendit jusqu’à la dernière extrémité; la famine seule l’obligea do se rendre. Le dévoûment d’F.ustache de Saint-Pierre , qui s’offrit le premier comme victime , pour sauver ses concitoyens , a placé le nom de ce généreux magistrat parmi ceux des héros. Et, comme ce détail ne prendra pas pins d'une cinquantaine de pages , ce serait faire au lecteur une injustice criante que de ne pas lui donner le détail exact de cet événement romanesque et du siège lui-mème , dans les jaropres mots de Rapin Thoiras.

CHAPllRE CCXXXVI.

PIm de peur «pie de oui.

Mais ne craignez rien , ami lecteur , je dédaigne d’en user ainsi. Il siiffilqiie je vous

TRISTRAIi SIIAMUr.

aie en mon pouvoir. Mais faire us.agc de l'avantage que le li.'izard et la plume m’ont donné sur vous ! la chose serait indigne de moi. Mon, par ce feu tout-puissant qui échauffe les cervelles visionnaires et illumine les esprits dans les mcdiUilions extatiques , avant que j’abuse ainsi d'une créature innocente qui SC trouve à ma merci , avant que j'exige de vous le prix de cinquante pages que je n’ai aucun droit de vous vendre , nu comme je suis, j’aimerais mieux brouter l'herbe des montagnes , et sourire de ce que le vent du nord ne m'apporterait ni abri ni souper.

Ainsi, camarade, partons, et mène-moi ventre à terre à Boulogne.

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