CHAPITRE CCLXXXII
Adiev rëliqoeUe.
Je ne parle pas à l'égard de leur grosseur, ni de leur finesse, ni de la forme de leurs goussets; mais je vous prie, madame, vos chemises de nuit ne diffèrent-elles pas de vos chemisesde jouren cette particularité, aussi bien qu'en plusieurs autres: savoir, qu'elles excèdent tellement les autres en longueur.
IKISTSAII SIUÜDT.
que, lorsque vous les avez mises, elles tombenl presque aussi bas au-dessous de vos pietls, qu’il s'en faut que vos cliemisesdc joui ne desecudent jusqu'à vos pieds. C’est du niuios sur ce modèle que les chemises de nuit de la veuve Wadman avaient été coupées : d’où je présume que telle était la mode sous les régnes du roi Guillaume et de la reine Anne. El si elle a changé (comme en Italie, où on ne porte point de chemise la nuit), tant pis pour le public. j
On leur donnait alors deux aunes et demie de Flandre, de longueur. Ainsi, en supposant la taille ordinaire d’une femme à deux verges, il lui en restait une demi-aune pour en disposer à sa fantaisie.
Une veuve, qui l’est surtout depuis sept ans, trouve les nuits de décembre bien longues et bien froides ; et il n’est rien dont elle ne s'avise pour suppléera la chaleur qui lui manque., Une petite douceur en amène une autre ; et peu à pou, eld’essaisen essais, mistress Wadman s’était formé l’habitude que voici , habitude qui , depuis deux ans , était devenue une règle invariable de son coucher.
Aiissitâtque la veuve Wadman était au lit, et quelle avait étendu ses jambes dans toute leur longueur, elle appelait Brigitte ; et Brigitte, avec toute la décence convenable, soulevait la couverture des pieds du lit, prenait la demi-aune excédante de laquelle nous avons parlé, la tirait doucementavec les deux mains pour lui donner toute l’extension possible, et la plissait légèrement dans sa longueur; puis, prenant sur sa manche une grosse épingle, dont elle tournait la pointe vei-s elle, elle rattachait tous les plis ensemble à peu de distance de l’ourlet; après quoi elle retroussait le tout sous les pieds du lit, et souhaitait à sa maîtresse une bonne nuit.
T out cela s’observait régulièrement et avec une méthode constante et invariable. Seulement Brigitte, en détroussant les pieds du lit poiirs’acquitter de son devoir, ne consultant d’autre thermomètre que la disposition de son humenr, faisait sa besogne debout, à genoux, ou accroupie, suivant les différeiis degrés de foi, d’espérance cl de charité, qu’elle se sentait cette nuil-là pour sa maî-
tresse. .Mnsi, il n’y avait de variété que daus l’atlitiide de Brigitte. A tout autre égard, l’étiquette était sacrée, cl aurait pu le disputer aux étiquettes les plus rigidesde toutes les chambres à coucher de la chrétienté.
Le premier soir, aus.sit6t que le caporal eut conduit mon oncle Tobic au haut de l’escalier, ce qu’il Ct vers les <lix heures, mistress Wadman se jeta dans son fauteuil, ct croisant son genou droit sur son genou gauche, ce qui lui faisait un point d’appui pour son coude, elle pi'nchn sa joue sur la paume de sa main, et, s’appuyant dessus, elle rumina jusqu’à minuit sur les deux côtés de la question.
Le second soir elle alla à son bureau ; et, ayant dit à Brigitte de lui apporter d’autres chandelles, et de les laisser sur la table, elle tira son contrat de mariage ct le lut deux fois avec grande attention.
Et le troisième soir, qui était le dernier du séjour de mon oncle Tobie, quand Brigitte aux pieds du lit eut tiré la chemise de nuit, et qu’elle essaya delà rattacher avec la gros.se épingle,
D’un coup de pied donné des deux talons a la fuis, mais en même tcnqis du coup de pied le plus naturel que l’on pAt donner dans sa position , elle fit sauter l’épingle des doigts de Brigitte. L’étiquette, qui était attachée a l’épingle, tomba avec elle, et, en tombant par terre, fut brisée en mille atomes.
De tout cela, il était clair que la veuve Wadman était amoureuse de mon oncle Tobic.
Aaovri «U no* ooele Tobie oeec U tfbvc Wadoun.
Mais la tête de mon oncle Tobic était alors occupée de bien d’autres affaires ; tellement qu’il n’eut pas le loisir de songer à celle-ci , jusqu’à ce que la démolition de Dunkerque eût été consommée , et que les droits respectifs de toutes les puissances de l'Europe eussent été réglés.
Cela fil un annhiiee, pour parler le lau- IG