‹ Œuvres completes de SterneChapitre 265 sur 507 · CHAPITRE CCLXXXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE CCLXXXIX

Aiuqsc* de II TciiTc Wadmtn,

Et, pour s’assurer des deux systèmes, mistress W'adiuan se promit de n'allumer

mon oncle Tobie ni par en haut ni |iar en bas, mais de le brûler, s’il était possible, par les deux bouts à la fois , comme la chandelle du prodigue.

Ur, mistress Wadman , aidée de Brigitte, aurait pu bouleverser pendant sept ans entiers tous les magasins et arsenaux, depuis celui de Venise jusqu’à la tour de Londres. Elle aurait pu choisir dans tout l’attirail de guerre et dans tous les ustensiles militaires destinés, suit à l’infanterie, soit à la cavalerie, sans y trouver blinde ni mantelet aussi propre à servir son dessein que l’expédient que le hasard , joint à l’invention de mon oncle Tobie, avait placé sous sa main.

Je ne crois pas vous l’avoir dit; mais je ne voudrais pas en répondre : il sc pourrait que si... Quoi qu’il en suit, c’est une des choses qu’il vaut mieux recommencer que de s’amuser à disputer contre? 11 y a beaucoup de choses de ce genre. Vous saurez donc que, quelque ville ou forteresse que le c.aporal eût à exécuter pendant le cours des campagnes de mon oncle Tobie, mon oncle Tobie commençait par en mettre le plan en dedans de la guérite à main gauche ; là ce plan s’attachait par en haut avec deux ou trois épingles, et restait fiottant p.ar en b.as, pour donner la facilité de le rapprocher des yeux quand il était nécessaire. Si bien que dès que l’ailaque fut résolue de la part de mistress Wadman, les moyens en furent trouvés.

En effet, une fois avancée jusqu’à la porte de la guérite, mistress Wadman, en étendant la main droite et glissant le pied gauche parle même mouvement, n’avait qu’à saisir la carte ou le plan , et l’avancer vers elle en allongeant le cou, comme pour aller à sa rencontre ; mon oncle Tobie prenait feu sur-lcchamp ; sa passion favorite se réveillait ; il sc hâtait de prendre l’autre coin de la carte avec sa main gauche , et , du bout de sa pipe qu’il tenait dans sa main droite, il entamait une démonstration.

Sitôt que l’attaque en éuit à ce point, mistress Wadman, en général habile, et par une seconde manœuvre, dont tout le monde sentira les raisons , faisait tomber la pipe des mains de mon oncle Tobie tout le plus tôt

TRISTKAH SIIANDT.

possible. Elle se servait pour cela de plu- | sieurs prétextes, dont le plus commun était le besoin de désigner plus clairepicnt sur la carte quelque redoute ou quelque parapet. Mais, soit d’une manière, soit d'une autre, il n’était pas possible à mon pauvre oncle Tobie de parcourir plus de dix toises avec sa pipe.

Mon oncle Tobie était alors obligé de faire usage de son premier doigt.

Et voyez la diOérence qui en résultait pour l’allaqiie ! en promenant son doigt sur la carte (comme dans le premier cas), vis-à-vis le bout de la pipe de mon oncle Tobie , la veuve A^'adman aurait parcouru toutes les lignes de Dan à fiershabée (si les lignes de mon oncle Tobie se fussent prolongées si loin) sans produire aucun effet. Le bout de la pipe n’ayant ni artère , ni cbaleur vitale , n’était susceptible d'aucune sensation , et ne pouvait ni communiquer la chaleur par attouchement , ni la recevoir par sympathie. Tout se passait en fumée.

Mais avec le doigt de mon oncle Tobie , tout changeait de face. La veuve , en le suivant de près avec le sien à travers tous les petits détours et les zigzags des ouvrages , le touchant de temps en temps par le eèté, p.issant quelquefois sur l’ongle , et quelquefois s’y accrochant, le rencontranttantèt à droite, tantôt à gauche; enGn le harcelant sans cesse, la veuve ne pouvait manquer d’exciter au moins un certain je ne sais quoi.

Ces escarmouches, quoique légères et encore assez distantes du corps de la place , ne laissaient pas que d’y conduire. Si , au milieu de ces escarmouches, la carte se détachait et venait à glisser le long de la guérite, mon oncle Tobie, simple comme la colombe , posait aussitôt sa main dessus et à plat, pour contenir la carte, en continuant son explication ; et mistress Wadraan , par une manœuvre aussi phompte que la pensée , plaçait sa main tout à côte de celle de mon oncle Tobie. Par ce moyen , elle établissait une communication suffisante pour laisser passer et repasser toute sensation connue de toute personne un peu versée dans la partie élémentaire et pratique de la galanterie.

Alors elle recommençait à promener son

doigt à côté de celui de mon oncle Tobie : le jeu de ce premier doigt amenait celui du pouce; et, sitôt que 1e pouce était engagé, toute la main s’en mêlait bientôt. La tienne, cher oncle Tobie, ne pouvait rester en place. Mistress W.idman , par les efforts les mieux ménagés, par les pressions les plus équivoques, par les sensations les plus légères qu’une main puisse employer pour en déranger une autre , essayait sans cesse de déplacer celle de mon oncle Tobie , ne fût-ce que de l’épaisseur d’un cheveu.

Pendant tout ce manège , la jambe de la veuve glissée au fond de la guérite, appuyait contre le mollet de mon oncle Tobie; et la veuve ne négligeait rien pour empêcher mon oncle Tobie d’attribuer cette pression à toute autre cause. Voilà la chandelle allumée pailes deux bouts ; voilà mon oncle Tobie attaqué et poussé vigoureusement dans scs deux ailes; est-il surprenant que son centre fût a chaque instant mis en désordre?

« C’est le diable qui s’en mêle », disait mon oncle Tobie.

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