‹ Œuvres completes de SterneChapitre 269 sur 507 · CHAPITRE CCXCV · texte numérisé non relu

CHAPITRE CCXCV

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< Jusque-là, continna le caporal, j'avais résisté à l'amour, ou plutôt je lui avais échappé; et j'aurais continué ainsi jusqu'au bout, si la providence n'en avait décidé autrement. Mais qui peut éviter sa destinée ? >

• C'était un dimanche après midi, comme je le disais à monsieur.

• Le vieillard et sa femme eUiient sortis.

< Il n'était resté personne dans la maison ni dans la cour; pas un chien, pas un chat, pas un canard

c Tout y était tranquille et calme comme à minuit.

I Je vis entrer la belle béguine.

c Ma blessure commençait à se guérir; l'in- Oammation avait disparu, mais il lui avait succédé une démangeaison, surtout au-dessus et au-dessous du genou, qui m'était insupportable, et qui m'empêchait de fermer l'wil de toute la nuit. >

f Laistei-moi voir l'endroit, dit-elle en s'agenouillant tout contre mon lit, et soulevant le drap pour visiter la plaie, cela ne demande, dit la béguine, çu'ù être un peu gratté. Aussilût, ayant rtimené la couverture par dessus, elle commença à gratter le dessous de mon genou avee le premier doigt de la main droite, qu'elle avait passée sous la flanelle qui envehippail tout l'appareil.

> Au bout de einq ou six minutes, je sentis légèrement le bout de son second doigt qui arrivait, et qui peu à peu se plaça à côté de l'autre ; comme elle continuait toujours de gratter, il commença à me venir en pensée que je pourrais bien devenir amoureux. Je rougis en voyant l'extrême blancheur de sa main. Je puis bien dire à monsieur que de ma vie je ne verrai une main aussi blanche.

— • Du moins à la même place,» dit mon oncle Tobie.

Quoique ce fût la chose du moude la pins sérieuse pour le cajraral, il ne put s'empêcher de sourire.

t Ui jeune béguine, continua-t-il, voyant que de me gratter avec deux doigts me faisait le plus grand bien, commença à me gratteravec trois, jusqu'à cequ'enGn le quatrième doigt et puis le pouce vinrent se placer à côté des autres, et alors elle me gratta avec toute sa main. Je n'ose plus rien dire sur les mains depuis que monsieur m’a plaisanté; mais en vérité celle-là était plus douce que du satin.

— < 'Vante-la tant qu'il le plaira, Trim, dit mon oncle Tobie, je t'assure que je t'écoule avec le plus grand plaisir. > Le caporal remercia son maître ; mais n'ayant rien de nouveau à dire sur la main de la béguine, il en vint à ses effets.

— « La belle béguine, dit le caporal, continua de me gratter avec toute sa main audessous dn genou. Je craiguisà la fin que son zèle ne vint à la fatiguer. — Bon Dieu! ditclle ! j'en ferai mille fait plut pour l'amou r de

TIUSTRAll UnARDT.

Jhns-Chriil. En disant rrla, cIIr glissa sa main par-dessous la flanelle jiisriu'au-tlessus du genou, où j'avais senti aussLdela démangeaisou : et la elle reeommença à gratter.

c Je commençai alors à m'apercevoir tout de bon que je devenais amoureux.

« Comme elle continuait à gratter, je sentis l'amourqui, dedes.soiissa main, se répandait dans toutes les parties de mon corps.

c Plus elle grattait, plus ses grattemens étaient prolongés, et plus le feu s'allumait dans mes veines; jusqu'à ce qu'enfln deux ou trois grattemens ayant dure plus longtemps que les autres, mon amour se trouva

à son comble. Je saisis sa main

— • Eh bien! Trim, dit mon oncle Tobie, lu la portas à tes lèvres, et tu fis la déclaration'/ >

Il importe peu de savoir si les amours de Trim se terminèrent précisément de la manière que mon oncle Tobie avait imaginé. Il suflii qu'on y trouve l'essence de tous les amours de roman qui aient jamais été écrits depuis le commencement du monde.

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