‹ Œuvres completes de SterneChapitre 280 sur 507 · CHAPITRE CeeX · texte numérisé non relu

CHAPITRE CeeX

Parure de moo omIc Tobic.

Quoique le caporal eût tenu parole en retapant de son mieux la grande perruque à la ttamilliet de mon oncle Tobie , il avait eu trop peu de temps , et tous ses soins n’avaient produit qu’un effet assez mince. Cette fameuse perruque avait passé plusieurs années aplatie dans le fond d’une vieille armoire ; et comme les mauvais plis ne s’effacent pas aisément , et que l’usage des bouts de chandelle n’est pas toujours sûr, l’entreprise du caporal n’était pas une chose aussi facile qu’on pourrait le croire. 11 s’employait pourtant de son mieux; il pommadait, il crêpait , il retapait , puis se reculait d’un air joyeux, et les deux bras tendus vers la perruque , comme pour l’engager à prendre un meilleur air. Mais le tout en vain : elle frisait en dépit du caporal , partout où le caporal ne voulait pas qu’elle frisât ; et quand une boucle on deux auraient pu l’embellir, chaque cheveu s’aplatissait comme s’il eût été trempé dans l’eau bouillante.

La déesse du iplcen elle-même n’aurait pu la voir sans sourire.

Telle était la perruque de mon oncle Tobie, ou plutôt telle elle aurait paru sur tout autre front que le sien. Mais le front de mon oncle Tobie était le siège aimable <le la «louceur et de la Imnté; et cccharm<^ .se répandait sur tout ce qui l’environnait. U’aillcurs,

TRISTRAM &HAHDT.

iiioasieiir, la nalure avait dans toute sa pei^ sonne tracé le mot genlilliummc en si beaux caracItTCS, que jus<|u'àson chapeau bonlé en vieux point d'Espagne tout terni, et surmonté d’une large cocarde de lafTetas fripé; ce chapeau, dis-je, qui en lui-même ne valait pas quatre sous , acquérait de l'importance, dès qu'il était sur la tète de mon oncle Tobie. Ün eût dit qu'une fée elle-même l'avait composé de sa main, pour mieux aller à l'air de son visage.

Kien n'aurait mieux prouvé ce que j’avanoe , que l’habit bleu et or de mon oncle Tobie , si , à quelques égards , la proportion n’étalt pas nécessaire à la grûce; mais depuis quinze ou seize ans qu’il était fait , depuis que l’inactivité de mon oncle Tobie (dont les promenades étaient presque bornées à son boulingrin) avait doublé son embon point, son habit bleu et or était devenu si misérablement étroit, que ce n'était qu'avec la plus grande peine que le caporal avait pu l'y faire entrer; et le raccommodage des manches n’avait servi de rien : il était cependant galonné en plein, et sur toutes les coutures, et devant et derrière, comme au temps du roi Guillaume ; et , pour Gnir la description , il jetait tant d’éclat au soleil , il avait un air si métallique et si guerrier, que si le projet de mon oncle Tobie eût été d'attaquer la veuve en armure , il aurait pu lui-méme s'y méprendre.

Quant aux culottes d'écarlate, on sait que le tailleur les avait décousues et les avait abandonnées. On aurait pu à la rigueur s’en accommoder, mais c’éuiit assez que le soir d'auparavant un les eût déclarées incapables de servir; et, comme il n’y avait point d’alternative dans la garderobe de mon oncle Tobie, mon oncle Tobie sortit en culottes de pluche rouge.

Le caporal avait endossé l'uniforrac du pauvre Lefèvre. 11 avait retroussé ses cheveux sous sou bonnet de houssard , lequel , comme on sait, avait été remis presque à neuf. Il suivait son maître à trois pas de distance. Sa chemise , renQcc à son jabot et autour de scs poignets , annonçait l'orgueil de son ancienne profession; et son bâton, suspendu par un petit cordon de cuir noir , I

dont les deux bouts renoués ensemble Gnissaient |Kir un gland, se balançait au-dessous de sou poignet gauche. Mon oncle Tobie porUiit su canue coiniiu! une hallebarde.

f Vraiment, dit mon père en lui-même, ils ont assez bon air. >

Page 1