CHAPITRE CCCXV
f Tom, qui n'nvait rien à dtimflcr avec la négresse, passa dans la chambre qui était audelà de lu boutique pour parler à la veuve du Juif, de son amour. ... et de son aune de saucisses. C'était, comme je l'ai dit à monsieur, un garçon honnête et de joyeuse humeur, et il portait ce caractère écrit sur toute sa personne. Il prit donc une chaise ; il se plaça près d'elle et contre la table, ets'assit sans plus de cérémonie, mais avec la plus grande politesse. >
< Pour un galant, c'est la plus sotte chose du monde, s'il m’est permis de le dire à monsieur, que de débuter auprès d’une femme qui fait des saucisses. En effet, quelle fleurette lui conter? Tom débuta gravement, en demandant d’abord à la veuve comment se faisaient les saucisses, quelle espèce de viande, quelles herbes, quellesépicesy entraient. Ensuite, d’un ton un peu plus gai, avec quels boyaux, si les plus gros étaient les meilleurs, s’ils ne crevaient jamais, etc.? Ayant seulement l'attention de rester plutèt en arrière que de trop s’avancer, et de ne rien risquer sans être à peu près assuré du succès. i
— « C’est pour avoir négligé cette précaution, l'rim, dit mon oncle Tobie en s'appuyant surl’épaule du caporal, que le comte de la Motte perdit la bataille de Wynendale. Il s'avança imprudemment dans le bois ; et sans cela Lille ne serait pas tombé dans nos mains, non plus que Gand et Bruges, qui suivirent son exemple. L'année était si avancée, continua mon oncle Tobie, et la saison devint si mauvaise, que si les choses n'avaient pas tourné comme elles firent, nos troupes auraient péri en pleine campagne. »
— «Mais, dit Trim, ne serait-ce pas que les batailles, ainsi que les mariages, sont écrites dans le ciel ? •
Mon oncle Tobie rêva.
Sa religion l'engageait à dire d'une façon ; sa haute idée de l’art militaire le poussait à dire d’une autre. Ne pouvant les accorder
ensemble, mon oncle l’obie préféra de ne rien dire; et le caporal acheva son histoire.
« Tom, s’apercevant <|u'il gagnait un peu de terrain, et que tout ce qu’il avait dit sur les saucisses avait été bien reçu de la belle, se hasarda à lui offrir de l’aider un peu. D’abord il prit l’entonnoir, et le tint pendant que la veuve avec son pouce faisait entrer la viande dans le boyau ; ensuite il coupa des attaches de longueur convenable, et les tint dans sa main pendant qu’elle les prenait une à une ; après cela il les mit dans la bouche de la veuve, où elle pouvait les prendre selon le l>esoin; enfin, peu à peu il en vint à lier les saucisses à son tour, tandis que la veuve en tenait le bout dans ses dents.
> Or, monsieur saura qu’une veuve tâche toujours de choisir son second mari entièrement différent du premier. Si bien que l’affaire était d’ à-moitié réglée dans l’esprit de la Juive, avant que Tomeùtp,arléderien.
< Elle feignit pourtant de vouloir se défendre, et se saisit d’une saucisse, mais Tom à l’instant se saisit d’une autre....
< Monsieur comprend bien que la veuve ne fut pas la plus forte.
< Elle signa la capitulation, Tom la ratifia, et f affaire fut finie. >