‹ Œuvres completes de SterneChapitre 290 sur 507 · CHAPITRE CCCXXl · texte numérisé non relu

CHAPITRE CCCXXl

Ormaado à ma blaackitacuac.

Je dis donc que dans les occasions ordinaires, c’est-à-dire, quand je me trouve stupide, que mes idées s'enfantent pesamment, et se débrouillent avec peine, ou que je me

THISIBAV .SUA^ur.

trouve, je ne sais comment, dans une veine de licence et de liberlina(;e, et que je fais de vains efforts pour en sortir ; dans tous ces cas et autres semblables, je ne dispiue pas un moment avec ma pinnie. Si une prise do tabac, si un tour ou deux par la clianibre ne me sufliscnt pas, je prends mon rasoir, j'en essaie le tranchant sur la paume de ma main, je inc savonne le menton, et, sans plus de cérémonie, je me fais la barbe ; et si par malheur je laisse un |>oil, j'ai soin du moins que ce n'en soit pas un blanc. Cela fait, je liasse ma chemise, je chanite d'habit, je mets ma perruque, je prends ma bague de topaze; en un mut, je m'habille de la tête aux pieds.

Or, il faut qitc le diable s'en mêle, si je n'y gagne rien. Car considérez, monsieur, que tout le monde voulant être présent quand un le rase (quoiqu'il n’y ait aucune règle sans exception), et personne ne voulant se raser sans miroir, crainte d'accident, cette situation, comme toute autre , laisse nécessairement des impressions particulières sur le cerveau.

Oui, je le maintiens. Les idées d'un homme ■lont la barbe est forte deviennent sept fois plus nettes et plus fraîches sous le rasoir ; et si cet homme pouvait, sans inconvénient, se raser du matin au soir, ses idées parviendraient au plus haut degré du sublime. Je ne saiscommentHomèreapusi bien écrireavec une barbe de capucin ; mais comme son talent con tredit mon système, je ne veux pas m’y arr&tcr, et je retourne à ma toilette.

Louis de Sorbonne dit que la toilette n’est qu’une affaire de corp$ ; mais il se trompe. L’ame et le corps ne sauraient se séparer ; un homme ne saurait s'habiller, sans que ses idées se portent sur son habillement; et, s'il se met en gentilhomme, scs idées s’ennoblissent, de sorte qu’il n’a qu’à prendre la plume et se peindre dans son style.

Ainsi, messieurs, quand vous voudrez savoir si ce que j’écris peut se lire, et si rien n’a sali ma plume , voyez le mémoire de ma blanchisseuse : c'est comme si vous lisiez mon livre. Il y a un certain mois où je suis en état de prouver que j'ai sali trente et une chemises. On ne saurait pousser la propreté plus loin. Kh bien ! j’ai été plus maudit ,

plus vexé , plus critiqué , pour ce que j'ai écrit dans ce muis-la , que pour tout ce que j'ai écrit dans le reste de l'année.

Mais je n’avais pas montre à ces messieurs les mémoires de ma blanchissetise.

C1I.\P1’IUE CCCXXll.

l.r* ci'ttïqam.

Au reste, ne prenez pas ceci pour une digression; je ne fais encore que m’yprép.arer, en attendant le trois cent vingt-troisième, chapitre ; et je puis employer celui-ci à ce qu’il me plaira. Voyons , j’ai vingt sujets pour un : je pourrais écrire mon chapitre des boulonniircs , ou mon chapitre des fi , qui doit le suivre immédiatement , ou mon chapitre des nœuds, sous le bon plaisir du clergé; mais tout cela pourrait mal tourner pour moi. Ce que j'ai de mieux à faire , c’est de suivre la méthotic de quelques savans , et de me faire à moi-mème des objections contre ce que j’ai écrit; ipioiqiie je déclare d’avance que je ne sais pas plus que mes pantoufles comment y répondre.

Oh! que de critiques vont pleuvoir sur mon livre ! « C’est une satire enragée, dira quelqu’un , aussi noire que l'encre dont l’auteur se sert , et digne en tout de Thersite. C’est un libelle atroce , et tous les blanchissages et savonnages du monde n’y font rien. D’ailleurs, plus le drôle est déguenillé, plus les sarcasmes viennent en foule au bout de sa plume. >

A cela je n’ai qu’une réponse prête, au moins pour le moment. C’est que l’archevi'que de Bénévent composa son indécent roman de Galathée en habit violet , veste et ciiloltcs violettes; ce qui prouve que l’habit ne fait pas tout.

— t Mais, dit le critique , vous ne pouvez pas nier que la recette du rasoir que vous indiquez n'ait un grand défaut , le manque d'universalité. La loi invariable de la nature rend ce secret inutile à toute une moitié du genre humain. >

'l'ont ce <|tie je puis dire là-dessiis, c’est

TRISTRAM SUANnV.

quelcsëcrivainsfcincllcs , Anglaises et Krau- Vaises, feront bien d'aller sans barbe.

Quant aux Espagnoles, elles iront comme elles voudront.

CHAPIFRE CCCXXIII.

Elle c»l fatle.

Le voici donc ce trois cent vingl-troisième chapitre ! queprodiiir.a-t-il? Rien qu'une triste réflexion sur la vitesse avec laquelle nos plaisirs nous échappent en ce monde.

Car, à l'égard de ma digression , je déclare à la face du ciel qu'elle est faite.

Revenons à mon oncle Tobie.

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