‹ Œuvres completes de SterneChapitre 303 sur 507 · CHAPITRE CCCLXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE CCCLXIII

La femme et la racbc.

< Tout ce bagage, dira-t-on, est nécessaire pour continuer l'espèce d'une créature aussi grande, aussi sublime, aussi divine que l'homme ! Je le sais , j'en conviens , je suis loin de le nier; mais un philosophe dit hardiment sa pensée : quant à moi, je persiste à croire et à soutenir que c’est une pitié qu'il faille que notre race se perpétue par les moyens d'une passion qui ravale toutes nos facultés, fait échouer notre sagesse, et anéantit toutes les opérations et les combinaisons de notre amc. D'une passion, ma chère, continua mon pcrecns'adres.sant àma mère, qui réunit cl assimile les sages avec les fous, et qui nous fait sortir de nos cavernes et de nus retraites plutôt comme des satyres et des animaux , que comme des hommes.

< Je sais que l'on me dira , continua mon père, employant la prolcpte, qu'en lui-même et dépouillé de ses accessoires, ce besoin est comme la faim, la soif, le sommeil, et ne peut être regardé comme bon ni comme mauvais, comme honteux ni autrement. Mais pourquoi donc la délicatesse de Diogène et de Platon

s’en est-elle si fort révoltée? Pourquoi n'osons-nous nous y livrer que dans les ténèbres? Pourquoi ses mystères, ses préparations, set instrumens , enfin tout ce qui y a rapport, ne peut-il être décemment exprimé par aucun langage, aucune traduction, aucune périphrase quelconque?

f L’action de tuer un homme et de le détruire, continua mon père, en haussaut la voix et s’adressant à mon oncle Tobie, celte action, vous le savez, passe pour glorieuse. Les armes que nous y employons sont honorables; nous les portons fièrement sur l'épaule; nous les laissons pendre orgueilleusement a notre côté; nous les dorons; nous les gravons: nous les ciselons; nous les enrichissons. Kh quoi! nous prodiguons des ornemens à la culasse même d'un coquin de canon ! •

Mon oncle Tobie posa sa pipe pour tâcher d'obtenir une meilleure épithète; et Yorick se levait pour battre en ruine toute l’hypothèse de mon père , quand übadiah entra brusquement dans la salle, se plaignant amèrement, et demandant à grands cris qu’on voulût bien l’entendre sui'-le-champ.

Voici l’aventure.

Mon père, soit par les anciennes coutumes de l’endroit, soit comme possesseur de dîmes considérables , était obligé d’entretenir un taureau pour le service de la paroisse; or Obadiah avait mené sa vache rendre une visite audit taureau, je ne sais quel jour de l’été précédent.

Je dis, je ne tait quel jour; mais le hasard avait voulu que ce fût le même où il avait épousé la servante de mon père ; ainsi une époque servait à rappeler l’autre.

Donc, quand la femme d’Obadiah accoucha, Obadiah rendit grâces à Dieu.

— I A présent, dit Obadiah, j’aurai bientôt un veau.» Et tous les jours Obadfah rendait visite à sa vaehe.

« Elle fera un veau lundi ou mardi , ou mercredi au plus lard.»

La v.iche ne fil point de veau.

» Ce sera donc pour la semaine prochaine ; ma vache tarde furieusement longtemps! •

Jusqu’à la fin de la sixième semaine les

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soupçons (l'Obadiali, qui éuiil bon liomnic, tombèrent sur le liiureuu.

A (lire la vérité, eomme la paroisse était fort éicnduo, la vigueur du taureau de mon père n'était pas proporlii innée à son département. Il avait cependant, je ne sais comment, obtenu la confiance publique; et, comme il s’acqttittait de son devoir avec beaucoup de gravité, mon père en avait la plus haute opinion.

— ( Satiflc respectque je dois à monsieur, dit Obadiali, tout le monde dit ici que c'est la faute de son taureau.»

— « La vache ne serait-elle pas stérile'? » dit mon père , en se tournant vers le docteur Slop.

— « Cela serait sans exemple, dit le docteur Slop; mais il serait possible que sa femme fût accouchée avant terme. Dis-moi,

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l'ami, ajouta le docteur Slop, ton enfant a-til des cheveux sur la tète? »

— « Comme moi, dit Obadiali.» 11 y avait trois semaines que le coquin n'avait été rasé.

— t Ouais! » dit le docteur Slop.

— < Eh bien ! oc voila-t-il pas, s'écria mon

père, mon taureau, frère Tobie, mon pauvt e taureau , qui est aussi bott taureau qu'il y en ait jamais eu, et qui au temps jadis eût été le fait de la belle Europe! mon taureau, qui, s'il eût eu deux jambes de moins, aurait pu être reçu docteur ! ce maraud-là, plutôt que de s'en prendre à sa femme »

— « Mon Dieu ! dit ma mère , qu'est-cc donc que toute cette histoire?»

— t Celle d'une femme qui accouche trop tôt, dit Yorick, et d’une vache qui accouche trop tard ; et une des meilleures en ce genre que j'aie jamais entendues. >

FIV DE TEISTIUM snAVDV.

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