‹ Œuvres completes de SterneChapitre 365 sur 507 · L'AUBERGE · texte numérisé non relu

L'AUBERGE

Celte histoire touchante avait fait sur moi une impression si pénible, que je fus tri-saise d'apercevoir une petite auberge sur le bord de l,i roule : j’avais grand besoin d’un peu de repos. Nous y entrâmes.

L’hôles.se nous souhaita le bonjour : célait une femme de bonne mine , avec assez d’embonpoint, ni jeune, ni vieille, ou, comme on dit en France, d’un certain âge ; ce qui ne dit pas grand'chosc. Je lui donnerai donc environ trente-huit ans. Un cordelier la quittait au moment où nous entrions : elle regardait ce bon père d’un oeil si tendre et si pieux , qu’il était aisé de voir qu’elle sortait de confesse. Son mouchoir était un peu chiffonné: il y manquait quelques é‘pingles; son bonnet u’etait pas tout-à-fait droit sur sa tète ; mais on pouvait attribuer ce léger désordre à la ferveur de sa dévotion et à l’empressement avec lequel elle était accourue au devant de ses nouveaux hôtes.

Nous demandâmes une bouteille de champagne. Messieurs, j’en ai d'excellent. Il n’a passon pareil en France... Je vois bien que monsieur est Anglais.... Mais, quoique nos deux nations soient en guerre , je rendrai toujours justice aux individus: il faut avouer que les mylords anglais sont les seigneurs les plus généreux de .l’Europe : je commettrais donc une grande injustice, si je présentais à un Anglais un veiTe de vin qui oc fôt pas bon pour la bouche du grand monarque.

Il n’y avait pas à se quereller avec une femme sur un point auvsi délicat, et quoique nous vissions bien , mon compagnon et

VOÏAÜK SKXTIMKNTAI.

moi , que c’fiUiil la jiliis mauvaise liniileille (lei'haiiipagneJoiU nous eussions jamais Uilé, je le louai généreusement, le payai de même , et je Os de grands complimens à la maîtresse sur sa politesse.

A notre arrivée à Paris je remis mon compagnon de voyage à son ancien logis , rue Guénégaiid : il se proposait ilc se déguiser en abbé , espèce de gens qui font très-peu de sensation dans cette ville. Il faut pour- Uml en excepter ceux qui font profession de bel esprit , ou qui sont de déterminés critiques. 11 me promit de venir me trouver au café Anglais , vis-à-vis le Pont-^'enf , à neuf heures du soir, afin que nous pussions souptT ensemble , et délibérer sur ce qu'il aurait à faire pour se mettre en sûreté. Il était alors cinq heures; ainsi j’en avais quatre devant moi pour muser et chercher un gite. Pouvais-je faire un meilleur emploi de mon temps que d’aller causer un instant avec mon aimable marchande de gants?

D’abord il n’y avait pas dans toute la ville une femme mieux au fait des logemens à louer. La boutique était une espt'ce de bureau (l’adresses pour les hôtels vides. Il est vrai que je ne le savais pas quand j’y entrai. Mais cette circonstance serait-elle moins en ma faveur parce que je ne l’avais pas prévue? En second lieu, jamais femelle ne fut plus habile à savoir la nouvelle du jour; et il fallait que je découvrisse si l’affaire de mon ami était déjà connue à Paris; mais cette recherche demandait de la précaution et de l'adresse : il fallut donc passer dans l’arrièreboutique.

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