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LES ARMOIRIES

PARIS ET COnDRES.

Paris , ton emblème est un vaisseau : la Seine cependant n’csl pas navigable. One ne prends-tu pour armes la croix de Londres avec une Notre-Dame? car ton vaisseau remonte la Tamise avec le Oux, et jette l’ancre dans le port marchand.

Dans laquelle des neuf cents rues ( je ne parle que des petites) de cette capitale du monde ( car le moyen de contester aux Pa-

risiens line dénomination qui n’a jamais ih'passé l’enecinlc de leur ville), dans laquelle, dis-je, de ses neuf cents rues prendrai-jc un logement? mais duiicement : c’est ici que demeure ma belle marchande de gants. Elle est sur sa porte. Les filets de l’amour, fiction des poètes, sont une réalité chez elle. «Madame, ma bonne fortune m’a jeté encore une fois dans votre quartier, sans que j’y pensas.se. Comment se porte madame? A merveille, monsieur : enchantée de vous voir.»

Quelle urbanité ! quelle politesse de langage ! et c’est la femme d’un gantier qui parle ainsi !

L’ARRlÈRE-BOUriQL’E.

Il n’y avait pas dix minutes que nous étions dans l’arrière- boutique , et ma belle marchande avait déjà coulé à fond toutes les j nouvelles du jour. Je fus bientôt au fait des nouvelles liaisons entre les danseurs de l'Opéra , les filles d’honneur, les filles de joie et les mylords anglais, les barons allemands et les marquis italiens. La rapidité avec laquelle elle défilait son chapelet ne peut sc comparer qu’à celle du Rhône, ou à la chute du Niagara. Dans l’espace de dix minutes, j’avais recueilli assez d’anecdotes scandaleuses pour en composer deux gros volumes. « Mais à propos, dit-elle, avez-vous quelques échantillons de nos nouvelles manufactures de gants? » « Où en trouve-t-on? > Elle descend un carton, et me fait voir une charmante collection. < Voilà les gants d’amonr : M. le I duc D"' en est ripvenlcur. C’est une histoire singulière ; il faut que je vous la ra- ! conte. Madame l^luchesse a pour sigisbé un officier écossais, qui a des éruptions d’un genre parlicidier.Vons savez, monsieur, que cette nation est sujette à une maladie qui lui est propre, c’est tout comme chez nous : tous les pays ont leurs maux. Le valet de chambre de madame dit en confidence à monsieur qu’il craignait que le capitaine n’eut communiqué à sa seigneurie quelque chose qu’il n’osait pas nommer. « Qn’est-ce que c'est? dit le duc. Ce n’est pas la gale? » Le valet de chambre leva les épaules, et la duchesse

VOYAGE SEMIEEXTAL.

enlni. La |>olitcssn ne permciuiit pas au duc iledeinaiiiler un éclaircissement à sonépousc; il travailla donc à imaginer un moyen d'éviter la rontagion.il avait entendu parler d’un colonel anglais qui avait eu une très-bonne idée dans une circonstance à peu près semblable. Mais son nom, qu'il avait donné à sa di'couverte , était si barbare , qu'il était impossible de le prononcer, sans blesser la décence. Le duc appela donc la sienne, les i/anti (l'amour : et maintenant ces gants sont en grande faveur à Paris. Mais il est bon que vous sachiez que la duchesse n’avait pas été inoculée , et qu'elle mourut de la petite vérole quelques mois après. On dit que ses médecins s'étaient trompés sur la nature de sa maladie : ils n'avaient jamais été dans votre pays, et avaient oublié que la gale, ou toute autre maladie cutanée ou non, peut se transplanter ici ; mais j’espère , ajouta-t-elle , en me lançant à travers ses longs cils un regard amoureux qui pénétra dans mon cœur plus avant que je n’aurais cru un coup d’œil capable de le faire , vous êtes amateur de la mode, j’espèreque vous porterczdeces gants, j’en suis même bien sûre; tout le monde en porte.

A ces mots elle en lira plusieurs paires de dilTérentes grandeurs. Je les rejetai presque tous comme étant trop grands pour ma main. A la lin elle m’en montra une paire que je crus me convenir à peu près, ejevais vous les essayer; monsieur : mais il faut que votre main soit bien petite pour qu’ils vous aillent. Au contraire, madame, comme elle est très-chaude dans ce moment , je crois que vous pouvez m’en essayer qui soient plus grands.! Elle se mita côté de moi, et, y mettant les deux mains^elle avait presque achevé la besogne , lorsque son mari vint à passer par la salle. Il secoua la tête en disant : Faites, faites, ne bougez pas.

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