‹ Œuvres completes de SterneChapitre 367 sur 507 · L’EFFET · texte numérisé non relu

L’EFFET

Je ne sais comment vous expliquer cela : mais j’ai toujours éprouvé dans mon corps une espèce de tremblement quand un mari m’a trouvé en tèle-à-tète avec sa femme.

quoique dans une attitude très-honnête. Certes, on ne niera pas tjue celle dans laquelle nous étions, la jolie marchande et moi, ne fût extrêmement décente : d’ailleurs, c’était pour alTaire. Peut-on blâmer une marchande de gants de ce qu’elle les fait essayer dans son arrière-boutique ?

Quoi qu’il en soit , l’apparition subite du bonhomme avait rendu les gants presque inutiles ; ma main, je ne sais par quelle espèce de sympathie, tremblait tellement qu’elle ne put plus faire son urGcc. Elle glissa à travers le gant, et s’échappa de celle de ma belle. < Mon Dieu ! dit-elle, qu’avez-vous? > Je répondis très à propos : i Ma foi, madame, je n’ai rien. » Vous vous trouvez mal, monsieur : prenez une goutte de liqueur. Elle en avait dans un cabinet à côté, et elle m’en présenta. Ce cordial produisit quelque effet, mais pas assez pour dissiper le trouble de mes esprits, occasionné par l’apparition seule du mari : en sorte que je n’eus pas le courage d’essayer de sa jolie main une seconde paire de gants. Mais je la priai de m’en mettre de côté une couple de paires des plus petits. < De quelle couleur monsieur les veut-il? Noirs? Comment ! avec des rubans noirs, sans être en deuil? > Je la lirai d’inquiétude, en lui disant que j’étais ecclésiastique, et que, quoique je ne fusse pas en deuil, je ne pouvais pas décemment porter des gants, même dcstjanit d'amour, qui seraient d’une couleur plus éclatante.

Les gants que j’avais essayés, et la frayeur que m’avait causée le mari, m’avaient fait oublier le sujet qui m’avait amené dans cette boutique. — Mais la vérité est qu’avant de passer dans l’arrière-boutique , j’avais déjà pris mes mesures, c'est-à-dire, que je m’étais assuré d’un logement. Quant à ce qui regardait mon malheureux compagnon de voyage, cela ne devait pas aller jusqu’à elle. Je me devais à moi-même, aussi bien qu’à mon nouvel ami, d’être très-discret sur cet article.

Page 1