‹ Œuvres completes de SterneChapitre 375 sur 507 · LETTRES DIVERSES · texte numérisé non relu

LETTRES DIVERSES

PRÉFACE

Le Voyage Sentimental qai précède ces lettres , est une production immortelle d’un liomme qui réunissait à beaucoup de sensibilité une égale et vaste portion de génie : cet homme est M. Sterne. Sa réputation est si grande en Angleterre , qu'on a vu un de ses admirateurs promettre , il y a quelques mois, une somme considérable à quiconque lui apporterait une ligne de Sterne qui lui serait inconnue. Il n’y a pas d’Anglaise qui ne fasse sa lecture la plus chère do Sentimental Journey. On n’en parle jamais sans admiration , et même sans une espèce d’attendrissement.

Sterne avait une manière d’observer et de voir qui lui était particulière : le fait le plus simple prenait sous sa plume une forme intéressante et pathétique ; c’est surtout par les détails qu’il se distingue : il est le premier chez les Anglais , et peut-être le premier des écrivains , qui a senti combien les plus légères circonstances , une altitude , un geste , un trait de physionomie , pouvaient animer un sujet. Tout en lui était original , jusqu’à

ses sermons, q u’il a fait imprimer sous le nom d’Yorick , et qui renferment la morale la plus pure , présentée bien naïvement , bien simplement : il prêchait aux hommes la philanthropie , la charité , la sensibilité.

Son style lui est aussi propre que sa manière de voir : on le croirait décousu , parce qu’il est sans apprêt ; mais il est sublime quelqiiefois. D’un seul mot il pénètre ; mais ce mot part de l’ame ; c’est presque toujours son cœur qui conduit sa plume : mais si l’esprit consiste à découvrir dans les objets de nouveaux rapports , des faces nouvelles , je ne connais pas d’homme qui ait plus d’esprit que Sterne.

Son extérieur était mélancolique et sombre , sa santé faible et délicate ; cependant son humeur avait des saillies de gallé : on retrouve en lui , et tour à tour , Cervantes , Montaigne , Rabelais ; mais de plus , il possède cette fleur de sentiment, cette souplesse de pensée que je ne saurais définir. Qu’on lise dans son Tristram Sltantly rhisloire de Lefèvre , et ma définition est inutile.

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