‹ Œuvres completes de SterneChapitre 385 sur 507 · I.ICTTRE · texte numérisé non relu

I.ICTTRE

lots et les autres passagers sollicitent un vent favorable , je m’oppose secrètement à leur prière , et j'importune le ciel pour qu’il retienne notre vaisseau dans le port.

Je ne donnerai point mon opinion sur mes dilîérens portraits , dans les diverses attitudes demandées par mes amis Je me fis

peindre pour les obliger et je respecte

leurs divers jugemens.

Mais ils peuvent être assures que tel que soit le portrait , l’original leur est dévoué.

Lorsque je songe a l’amitié distinguée que vous avez pour moi , et que je réfléchis sur cette pureté d’ame avec laquelle vous embrassez mes intérêts les plus simples , je ne puis que me glorifier dans le compliment

que je reçois de vous Vous n’étes point

jolie , Eliza... ■ Que je suis heureuse de devoir votre aflection au pur sentiment , et non à la beauté qui passe et se flétrit !

Ce compliment est le plus flatteur que j’aie jamais reçu , et que je désire de recevoir... il n’est pas composé de ces lieux communs dont on se sert dans le monde , ni adressé à quelques traits plus ou moins jolis d’un visage.... C’est un éloge général, fait pour la personne entière... fait pour le cœur.

Cependant je ne dois pas avoir la vanité

de le croire vrai dans toute son étendue

Vous me peignez avec la prévention d’un ami , et quelque partialité pour mes défauts.

Je veux néanmoins relire souvent un portrait , quelque flatté qu’il soit , que votre

main a tracé Persuadée que c’est ainsi

que vous voulez que je sois , je ferai tous mes elforls pour atteindre à cette beauté de coloris, et à cette perfection, autant que mes facultés pourront me le permettre.

Vous me parlez de mon mari; ce nom m’est cher , et j’ai .senti tout mon sang refluer vers mon cœur.... Toutes mes pensées

ont été tournées vers l’Inde J’ai soupiré

sur la distance , et je voudrais effacer tout ce que j’ai dit dans la première partie de ma lettre.

Mais pourquoi l’elTacerais-je?... Oseraisje toucher à un seul mot , à l'expression du moindre sentiment? L’amour et l’amitié ne sont-ils pas également sacrés ?... Apprends ,

Éliza , i les conserver dans toute leur pureté.

Rends-toi digne d'un tel mari d’un tel

ami.

Oui , mon Yorick , mon mari t’accorderait ma compagnie , si elle pouvait servir au progrès de ton ouvrage il ne voudrait pas

priver les hommes de ravanccineut et du plaisir que tu peux leur procurer.

Ne me parlez plus des'"; je cède à votre

zèle Que ne voudrais-je pas accorder .à

votre amitié ? Mais quittons ce sujet in-

grat : je ne veux plus m’en occuper ni leur écrire.

J’attends avec impatience la lettre qui m’est promise pour demain.

Adieu! le meilleur des hommes, l’ami le plus sincère... Que le ciel veille sur tes loisirs, tes heures de retraite et de travail! Adieu!

A knil kearcfldn milia.

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