‹ Œuvres completes de SterneChapitre 39 sur 507 · CHAPITRE XXXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVII

Combiea de cboeei à dcTcloppcr. ,

L'accident du docteur était arrivé si près de la maison, qu’Obadiah ne jugea pas à propos d'aider le docteur Slop à remonter sur son petit bidet. Il le conduisit, tel qu'il était, à la salle où mon père, en ce moment, faisait sa dissertation à mon oncle Tobie, sur la nature des femmes. Sans fouet, sans être csstiyé, et tout couvert de boue, le docteur Slop, comme le fantôme d'IIamlet, restait ù la porte de la salle, immobile et sans ouvrirla bouche. Il y fut plus d'une minute et demie. A la fin, mené par Obadiah, qui le tengit par la main, il fit quelques pas, et il est difficile de décider ce qui causa le plus de surprise ù mon père et è mon oncle Tobie, de la présence ou de la figure du docteur Slop.

Le pauvre docteur était si couvert de fange, qu'il n'y avait pas un seul grain de l'explosion qui n'eùt fait son eiïet; et c'était ici une belle occasion pour mon oncle Tobie de triomplier a son tour de mon père. Quel homme, en voyant le docteur Slop dans cet état, n'eùt pas été de son opinion? n’eùt pas décidé que ma mère ne devait pas infiniment se soucier de permettre qu’il rapprochât de trop près? C'eût été un argument ad hominem. Hais mon oncle Tobie ne jugea pas à propos d’en faire usage. Il n'était pas dans son caractère d'insulter personne.

La présence du docteur Slop, comme je viens de le dire, n'était pas moins problématique en ce moment que l'état dans lequel il

paraissait. Cependant, pour le peu que mou père y eût réfléchi, il lui aurait été facile de résoudre ck problème. 11 avait effectivement averti le docteur Slop, huit jours auparavant, que ma mère était prèle d’accoucher. Il n’avait rien fait dire au docteur depuis ce tempslà ; le docteur n'avait rien appris; il était tout naturel qu’il vint faire un tour à Shandy, pour voir ce qui se passait : il y avait même de la politique à faire ce voyage.

Mais mallieureusement l’esprit de moi père prit à gauche dans cette recherche. Il ne s'attacha qu'à l'action de tirer le cordon de la sonnette, et qu’au grand coup frappé à la porte. C'était agir à la manière des critiques, qui prennent tout à la lettre. En agissant donc comme eux, mon père mesura aussitôt l'intervalle qui se trouvait entre ces deux événemens, et s'obstina si fort à en calculer le résultat, qu'il ne vit rien antre chose. Malheureuse infirmité! tu es commune aux plus grande mathématiciens! Ils épuisent leurs forces sur la démonstration, et il ne leur en reste plus pour tirer le corollaire, qui pourrait cependant être utile.

L’action de tirer le cordon, et le grand coup frappé à la porte, firent aussi île fortes impressions sur l'esprit de mon oncle; mais ce fut pour y exciter des idées bien dilTérentes. Quelque inconciliables qu'elles fussent, elles lui rappelèrent le souvenir d'un fameux ingénieur, du célèbre Stéviniis. Quel rapport Stévinus pouvait-il avoir avec le bniit de la sonnette et du coup de marteau à la porte?... C’est là un autre problème. J’en aurai bien d'autres par la suite à résoudre, et je devrais me hâter de donner la solution de celu'i-ci. Mais voyons auparavant ce que je dirai dans le chapitre suivant. Je sais bien que je n'en sais pas encore un mot.

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