I.ETTHES
Encore ; de ternir la Heur de l'espiTaiice, qui anime l'instant du départ, |iar l’image des ornières et des dangers qu’ou trouvera nécessairement sur la route : mais, d'après notre propre constitution et d’après l’organisation du monde , tel est le devoir de l’amitié. Après tout, s’il ne vous en a coûté que quelques guinées pour vous apprendre à vous tenir sur vos gardes, vous avez fait un bon marché. Consolez-vous donc, et plus de doléances.
Vous me direz peut-être que ce n’est pas la perte, mais uniquement le procédé qui vous indigne, et que vous ne pouvez digérer d’avoir été traité avec autant d’ingratitude. HaU, qui rit toujours, m’ordonne de vous dire , pour votre consolation , que celui qui dupe est toujours un coquin, tandis que celui qui est dupé peut être un honnilc homme : mais c'est un cynique qui administre ses remèdes ù sa manière. Quant à moi, si j’avais a vous consoler à la mienne, je vous dirais que la reconnaissance n’est pas une vertu aussi commune qu’elle devrait l’être à tous égards. Cependant, mon cher ami, ne croyez pas que l’ingratitude soit une production des temps modernes; il parait qu’elle existait au commencement du monde, et qu’elle continuera de l’avilir jusrpi’ù ce que nous nous rendions à la vallée de Josaphat. Vous devez avoir lu , je crois même avoir écrit un sermon là-dessus , (|ue de tous les lépreux qui furent guéris, il n’y en eut qu’un qui s’avisa d’aller rendre grâce. Je ne dis pas cela pour vous consoler par le spectacle des misérables coutumes du iiioude, mais afin que vous ne soyez pas tenté de vous croire plus maltraité que les autres : car c’est l’opinion commune des jeunes gens qui, comme vous , sensibles jusque dans la moindre fibre , n’ont jamais éprouvé ce choc , cette collision qui , dans les circonstances fâcheuses, éveille la précaution, ou du moins nous habitue à la patience.
Mais je suis presque certain que , lorsque vous recevrez ma lettre, le sourire enchanteur de quelque beauté vous aura fait oublier vos infortunes. Faites-moi part de vos projets pour l’hiver prochain, si toutefois vous en avez formé. Je pense, sauf meilleur avis.
I que vous pourriez quitter les plaisirs et les brouillards de ce maudit climat , pour aller hiverner avec moi sous le beau ciel du Languedoc. Votre société me ferait du bien ; la mienne ne vous ferait pas de mal ; je le pense du moins ; et nous arriverions à Londres assez tôt pour voir Renelagh, à l’entrée des beaux jours. Répondez-moi là-dessus, et adressi'zmoi votre lettre ici, car j’achèverai d’y passer le mois de septembre; et sur ce. Dieu vous bénisse et vous donne de la patience, si vous en avez besoin.
Je suis
A vous très-cordialement, etc.