‹ Œuvres completes de SterneChapitre 426 sur 507 · SERMON I · texte numérisé non relu

SERMON I

Tel est le rerclc que l'homme parcourt. Après des essais inrrurtuciix, il s’assied enCn triste et fatigué, désespérant de voir jamais ses vœux s'accomplir, ne sachant, après tant de disgrAces, à qui se confier, incertain à quoi il en attribuera la faute, à l’insuffisance de la nature ou à celle des jouissances du siècle.

En cet état de perplexité, errans sans détermination, et ne pouvant retrouver un refuge en nous-mêmes, abusés, déçus par ceux qui voulaient nous montrer le bonheur :Sri- (fiiciir.dlt le psalmiste.jctlciinrcgardsMrnoiii, éclaire d'en haut avec un rayon de ta grâce et de ta sagesse la nuit dans laquelle nous vagons, et conduis-nous. Grand Dieu ! ne nous laisse pas sans guide dans cette région ténébreuse où nous cherchons la félicité; éclaire nos yeux : qu’ils ne s’endorment pas du sommeil de la mort; ouvre-nous les trésors de ta parole et de la religion ; fais-nous ca)nnaitre le plaisir qu'on trouve :'i te craindre et à t'aimer; et condiiis-nons à ce havre auquel nous aspirons, à ce havre des vrais plaisirs, qui doivent satisfaire non seulement nos désirs momentanés, mais encore nos vœux les plus illimités.

Ce discours se réduit naturellement aux deux points qui partagent notre texte. Qui nous montrera le bonheur ? tel est le premier; il nous a inspiré quelques réflexions sur les moyens que nous prenons pour atteindre au lionhenr, et sur les plans que sa recherche nous fait tracer.

Cet examen nous a conduits à la source, au vrai secret du bouheur. Il est dans le second verset : Seigneur, lu as fait luire sur nous un rayon de ton visage. Non, mes frères, il n'est point de félicité sans la religion, la vertu cl l'assistance divine dans la carrière de la vie.

Parlons encore un moment des folies des hommes, et de leur égarement perpétuel.

Il n’est pas de sujet plus épuisé par les déclamations que celui de rinsulfisaucc de nus plaisirs. Il n'est aucun épicurien réformé depuis le siecle de Salomon jusqu'à nous qui n’ait fait, dans ses moniens de repentir et de disgrâces, quelques réfiexions douloureuses sur le vide des plaisirs de ce monde, et sur la vanité des vanités que les hommes poursuivent - mais vainement ils ont donné des

leçons utiles : on les a toujours regardés, ou comme des gourmands blasés et sans appétit, inhabiles à goûter les plaisirs de la vie, ou comme des solitaires mélancoliques et misanthropes qui, n’ayant jamais su les goûter, sont peu propres à les juger.

Est-d merveilleux, par conséquent, que la plus grande partie de çes réflexions, quelque justes qu'elles soient, n'ait fait qu'une impression légère, tandis que l’imagination était déjà échauffée j)ar le désir ardent du bonheur? les plus belles méditations sur la vanité du monde arrêtent si rarement l'homme passionné ! rarement elles opèrent en lui la moitié de la conviction que lui donneront un jour la possession constante et uniforme do l’objet désiré, l’expérience qu’il acquerra, cl les observations dont l'exemple des autres enrichira sa propre expérience.

Tâchons de conduire leshommes vers cette issue qu'ils doivent un jour connaître; et, au lieu de nous abandonner a des argumens usés, et à des proverbes sans cesse récités, recourons aux faits. Si nous prouvons que les actions des hommes attestent l'insuffisance de leur plaire, nous aurons mieux établi la vérité de celle partie de notre discours, que ne l’établiraient les argumens spéculatifs de la plus subtile métaphysique.

Eh bien ! si nous jetons un coup d’œil sur la vie de l'homme, depuis l’âge de la raison jusqu'à celui où elle cède à la décrépitude, nous le trouverons engagé, entraîné dans une telle série d’idées et de désirs, que nous pourrons dire de lid : f l.a plante de scs pieds « n'a pas trouvé une place pour se reposer f un seul instant.»

Au moment où, débarrassé de ses tuteurs et de ses gouverneurs , il est abandonné à lui-méme, et mis sur le chemin du monde, ses premières idé-es se remplissent naturellement du bonheur qu’il va rencontrer; elles lui sont suggérées par le spectacle des plaisirs où se laissent entraîner scs compagnons et ses égaux.

Voyez comme son imagination court à la suite du premier feu-follet qui flatte ses désirs.Observez les impressionsdilfércntcs que font sur ses sens la musique, les arts, la parure, la beauté; comment son es|>rit léger

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voltige après les plaisirs : vous diriez qu’il n’en sera jamais rassasie.

Laissons-Ic quelques années à lui-méme, jusqu'à ec que la pointe de sou appétit se soit émoussée , et vous allez bientôt ne plus le reeunnaitre. Engagé dans le tourbillon des alTaires, flatté de passer pour un lioinme d'importance, mettant son bonheur à la réussite de mille projets, pourvoyant enfin à la fortune de ses enfans et des enfans de ses enfans , il vous dira alors que les jilaisirs de la jeunesse ne sont faits que pour ceux qui ne savent disposer ni du temps nid'eux-mémes; que, quelque brillans qu'ils paraissent à l'homme sans expérience, ils sont si éloignés de l'idée qu'on se fait du bonheur, que c'est beaucoup de leur échapper sans c^grins ; qu’ils laissent derrière eux les suites les plus fâcheuses, et que d'ailleurs il est pénible pour un homme sage d'ètrc sans cesse enfermé dans un cercle importun , duquel il ne peut s’élancer quand il veut.'Il vous dira qu'un homme à caractère doit soigner ses enfans, veiller à leur intérêt, les placer au delà du terme des besoins et de la dépendance; que, s’il est quelque félicité sur la terre, elle consiste dans raccom|)lisscment de ces conditions, et que si Uieu bénissait ses efforts, il serait le plus heureux parmi les fils des hommes.

Plein de cette conviction, l'esclave se courbe et se remet au travail. 11 court, achète, vend, échange, se lève avec l’aurore, prend à peine un instant de repos, et mange le pain de la sollicitude jusqu'à ce qu'il ait atteint, outre-passé même le but de ses peines. Kh bien ! quand il y touche, s'il veut être siucere, il coiivieudra aisément que la réalité est audes.soiis de la peinture coloriée par son imagination ; que , couché sur cet amas de richesses, il ne dort pas plus profondément, ne veille pas plus joyeusement, et qu’en un mot, il n'a ni moins de soucis, ni moins d’anxiétés qu'au moment de son départ pour le temple de la fortune.

Peut-être, me direz-vous, ne lui manquet-il que quelque dignité, ou quelque titre magnifique; peut-être s’écrie-t-il en liii-mcme: Oh ! si je pouvais y parvenir, grand Dieu ! que je serais heureux! ce serait la même chose.

Cette dignité, ce titre, qui couronnoniient sa tête de splendeur, n'ajonternient pas une coudée à sa félii ité-. Ce qu’il désire repose sur son imagination légère; à mesure qu'il a couru vers son objet, le fantôme a volé, a fui devant lui; et, pour meservir d'une comparaison familière, on a beau hâter son char, les roues sont toujours à une égale distance entre elles.

Mais si je me suis perpétuellement abusé dans les voies du bonheur en amassant des richesses, voyons si je ne le trouverai pas en les dépensant. Oui , je vais entreprendre de grands ouvrages, élever des palais, consti iiire des jardins, planter des vignes, conduire des eaux . Je vais assembler des esclaves, des domestiques, des artisans, des artistes, et présider à leurs travaux. Abandonnant ainsi ses projets utiles, l’homme s'éloigne du commerce des gens d'affaires , et réalise sa fortune ; il va la dépenser. Le voilà en conséquence .abattant et réédifiant, achetant des statues et des tableaux, déracinant ici pour replanter là, aplanissant les montagnes et comblant les vallées, changeant le lit des rivières en plaines fertiles, et les plaines en rivières : il dit à celui-ci : Marche, et il marche; il dit à cet autre : Fais cela, et il le fait: tout ce que son esprit conçoit, son or l'exécute. Quand ses plans seront réalisés, il louchera sans doute à l'accomplissement de ses désirs, il atteindra le sommet du bonheur humain. Ah! je vous répondrai pour lui qu’il a outre-passé les bornes d’un simple amusement, que les plaisirs ont été bien souvent mêlés de chagrins, et que le rejientir ■arrache de sa bouche le même aveu qui échappa à Salomon , quand il dit : J'ai re- (jariU amour Je moi les Irnraii.r que mes maint ont aceomplit , et j ’ai vu que tout était vanité et vexation il'nprit : il ne m'en reite aucun avantage sous le soleil.

Il se peut encore qu'il ait été plus loin qu'il ne se l'était proposé , qu’il se soit laissé entraîner à des dép<’nses ruineuses, et qu'il ne lui reste d'autre expérience à faire que celle de l'avarice, point d'autre bonheur que celui de ramasser une seconde fois sordidement , et de resserrer avec inquiétude ce qu’il a dépensé sans discernement.

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