SERMON III
< (x baril de farine ne te détemplira pai, et la f cruche d'huile ne tarira point, selon les pa- • rotes de notre D'teu, prononcées par la boat cAe du prophète Élisce. • Rois, XVII, 16.
Ces paroles nons rappellent tin miracle opéré en faveur d’une veuve de Sareptequi avait charitablement reçu le prophète Elisée dans sa maison, et l’avait secouru dans un temps de famine et de détresse. Cette histoire, tellequ’elle nous est racontée dans les livres saints, attendrit autant qu'elle intéresse; et, comme elle finit par une preuve remarquable de la bonté de Dieu envers cette veuve dans la résurrection de son fils, nous devons regarder ces deux miracles comme la récompense d’un acte de piété ; la puissance infinie les opéra, et nous les laissa dans l’Écriture, non pas seulenicut comme un témoignage de la mission divine du prophète, mais encore comme une marque de bénédiction répandue sur la charité et la bienveillance.
J’ai choisi, mes Frères, cette anecdote sacrée, et je vais en faire la base fondamentale d'une exhortation à la charité en général ; et, pour que je puisse mieux l’adapter à la solennité de ce jour, je l’enrichirai de quelques réOexions pieuses qui exciteront sans doute en vous les sentimens de pitié dont mes projets ont besoin.
Le prophète Élisce avait fui deux fléaux épouvantables: les approches delà lamine.
et la persécution d’Achab, ennemi violent; obéissant aux ordres de Dieu, il s’était caché le long du ruisseau de Cheriih. L’homme saint, dégagé à la fois des craintes et des vanités du monde, et béni chaque jour par la Providence, demeurait dans cette solitude paisible et assurée; les corbeaux du ciel, par un instinct miraculeux, lui apportaient le matin et le soir du pain et de la viande, et il s'abreuvait dans le ruisseau, La sécheresse continuait, et depuis trois ans et six mois les cataractes du ciel étaient fermées, quand 1e petit ruisseau, sa fontaine de consolation, se tarit et se dessécha, et Dieu lui inspii-a encore de chercher un asile. Il lui ordonna du sc lever et d’aller à Sarepte tout auprès de Sidon, en l’assurant qu’il avait disposé le cœur d’une veuve à le secourir.
Le prophète fut docile à la voix de son Dieu. La main qui le conduisait aux portes de la cité, en faisait sortir la (Kiiivre veuve, accablée de douleurs. Elle allait mélancoliquement préparer sou dernier repas, et le partager avec son fils.
Sans doute elle s’était longtemps débattue avec cette catastrophe terrible; elle avait employé tous les moyens écouomiqiics ipie sa conservation et l'amour maternel pouvaient lui inspirer; elle avait rempli son cœur de soucis et de tendres appréheusions: elle avait souvent soupiré en disant : Mon fils mourra avant le retour de l'abondance.
Veuve, elle avait perdu depuis longtemps le seul ami fidèle qui l’eût assistée dans ce vertueux combat ; elle allait eulin succomber
SEHUON Ul.
SOUS les coups lie lu iiécessilé iluni elle était devenue lu proie aisée, quand Élisée arriva. il Cujipela, et lui itil : jlpporlei-moi, je euiis plie, un peu d’eau dans une coupe, <pic je boive. Et, comme elle allait la chercher, il la rappela, et lui dit : Apportes-moi, je cous prie, un morceau de pain dans le crcujc de votre main ; et elle répondit : Comme le Seigneur ton Dieu est rivant, je n'aipoint tlepuin, mais seulement une poignée de farine dans un baril, et un peu d’huile dans une cruche. Vois, je rais r amassant quelgues broussailles pour la cuire, la manger avec mon fils, et puis mourir. Et Elisée lui dit : Pic craignes rien, allez et faites ce que vous ore* dit, mais prépat ez-moi d’abord un petit gâteau, apportcz-le-moi, et après cela vous en ferez un pour vous et votre fils : car le Dieu d’Israël a dit : Le baril de farine ne se désemplira point, et la cruche d'huile ne tarira pas jusqu’au jour que j’enverrai la pluie sur la terre. La véritable charité ne veut pas chercher des excuses, et il s’en présentait ici beaucoup. La veuve aurait pu insister sur la situation qui lui liait les mains, cl sur le peu de raison de la demande du prophète; elle aurait pu dire quelle se trouvait réduite à la dernière extrémité, et qu'il répugnait à la justice et à la loi de la nature, qu’elle dérobât à son fils son dernier morceau pour le donner à un étranger.
Mais chez les esprits généreux, la compassion est quelque chose de plus que la balance de l'intérêt propre. Dieu a tissu dans leur caractère cette douce vertu, pour les tenir en garde contre les charmes de l'égoisme ; et la veuve va l'exercer. Observez que, quoique le ]irophèle finit sa demande en lui promettant de multiplirrses richesses, cette récompense ne détemiina pas sa bonne action. Un tel mélange d'intérêt en devenant le motif, eût sans doute bien diminué son mérite. La réflexion qu’elle fait, nous apprend bicniûl le contraire : Oui, dit-elle, je connais que tu es l'homme de Dieu, et que la parole du Seigneur dans ta bouihc est la vérité.
Klle était outre cela habitante de Sareple, ville dépendante de Sidon, métropole de la Phénicie, hoi’sdcs limites du peuple de Dieu : elle avait été, par conséquent, élevée dans les ténèbres d'une idolâtrie grossière, et dans
I l'ignorance du Dieu d'Israël, ou bien si elle avait entendu prononcer son nom, on l’avait instruite à ne pas croire aux miracles de sa main toute-puissante, et moins encore à ajouter foi à son prophète.
bien plus, elle pouvait raisonner ainsi: si cet homme par quelque mystère secret ou par la puissance de Dieu est capable de me fournir des secours surnaturels, d’où vient qu'il est lui-même dans le besoin , opprimé par la faim et la soif?
Oui. La veuve de Sarepte agit par un pur mouvement d'humanité; elle regarda le prophète comme le compagnon de ses peines : elle considéra qu’il venait de parcourir un pays épuisé par les feux de la sécheresse, où la libéralité seule pouvait procurer un peu de pain et d’eau; que le voyageur malheureux étant un étranger inconnu, ce titre, qui semblait devoir lui trouver des amis, aggravait son infortune : elle réfléchit (la charité est inventive) qu'il était peut-être bien éloigné de sa patrie, et hors de la portée des bons oITices qu'auraient pu lui rendre ceux qui, dans ce moment, pleuraient sur son absence. Sim cœur fut attendri de pitié ; elle se tourna vers lui en silence, et lui accorda ce qu’il avait dit, et vbilà qu’elle, son fils cl tes domestiques mangèrent plusieurs jours, et que le baril de farine et la cruche d’huile ne tarirent pas jusqu’au jour que Dieu envoya la pluie sur la terre.
Le danger de la famine étant passé, sans doute cette mère affectueuse jeta un reganl d’espoir sur le reste des jours de sa vie: cela était naturel. Il y avait beaucoup de veuves en Israël quand les cataractes du ciel se fermèrent pour trois ans et six mois, et saint Lue observe que le prophète ne fut envoyé qu 'à celle de Sarepte. Il est probable qu'elle ue fut pas la dernière à faire cette observation, et à en induire les conséquences les plus flatteuses pour son fils. Plus d’une mère en a bâti de plus élevées sur une base moins sûre. « Le Dieu d'Israël nous a envoyé son mess.a. « ger dans notre détresse ; il a traversé les dc- € meures de son peuple, et ne s’est arrêté qu’à
< la mienne : il l'a sauvée de la destruction. • Ah ! ce miracle est un gage assuré de ses
< bonnes intentions pour nous. Il a, pour je
SF.RIIUK lit.
t moins, résolu de réjouir ma vieillesse par t le spectacle de la santé de mon fils ; peiit- « être lui réserve-t-il de plus grands avanlaf ges? peut-être vivrai-je pour voir s-'i main f le couronner de gloire et d'honneur? > Nous pouvons aisément nous la représenter se laissant porter et entraîner par de telles pensées, quand tout à coup une maladie imprévue attaqua son Gis, et écrasa dans un moment l’édiGce de ses espérances. Sa maladie fut si considérable que le souffle s’éteignit en lui.
Les plaintes du malheur sont rarement justes. Quoique Élisée eût préservé la veuve et le lils d’un trépas certain, et qu'il ddt être soupçonné la dernière cause d'un accident aussi triste, cependant cette mère passionnée l’accusa dans son premier transport d'ètrc l'auteur de ses inlortuncs, comme s'il avait fait descendre-le malheur sur une maison qui lui avait prêté un secours hospitalier. Le prophète était trop saisi de compassion pour répondre à une accusation aussi dure. Il prit l'enfant de dessus le sein de sa mère, le coucha sur son lit, et s'écria: c O Seigneur , mon t Dieu ! as-tu affligé ainsi la veuve qui m 'a re-
< (u.en lui enlevant son flU? est-ce la récom-
< pense de sa charité et de sa bonté'/ Tu lui
< as d’abord dérobé la compagne chêne de
• sa Joie et do ses chagrins, et à présent, t qu'elle est veuve, et qu’elle doit le plus t s'attendre à ta protection, vois, tu viens de
• faire tomber le seul appui qui restait a sa t vieillesse : ô mon Dieu ! je t'en supplie, qne
< son Gis soit rendu à la vie. >
La priereélait rervente; elle annonçait la délressod'un homme profondéinent blesse de la douleur de son semblable; et le cœur d'Elisée était encore déchiré par d'autres passions : il était jaloux du nom et de la gloire de son Dieu, et il croyait que non seulement sa toute-puissance, mais encore sa bonté étaient compromises dans cet événement. De quel triomphe les prophètes de Baal allaient jouir ! quels traits amers devaient partir de leurs bouches! Le Dieu d'kraél, auraient-ils dit, est sans doute occupé ailleurs ; il parle, il voyage, il dort peut-être, et a besoin d'être éveillé. Le prophète était lui-même intéressé au succès de ses prières : les cœurs honnêtes
ont peur du scandale : il craignait que parmi les païens il ne s'élevât quehpie esprit méchant et caustkpie qui, eu semant nette nouvelle, fil avec joie ces réflexions : • Eh bien! « cette veuve de Sarepte a reçu dans sa mai- I son le messager de ce Dieu, elle l’a se- « couru; voyez, comment elle en est récomc pensée. Assurément le prophète est un int gral; il a manqué de pouvoir, et, ce qu’il f y a de pis, il a manqué de pitié. >
Élisée plaidait par const-qiient la cause de la veuve et celle de la charité. Cette vertu venait de recevoir une blessure profonde , et elle eût été incurable si Dieu avait refusé son témoignage en sa faveur. Dieu écouta la voix d'Élisée, et l'enfant de la veuve ressuscita; Élisée le prit , le porta de sa chambre dans la maison , et le donna à sa mère en lui disant ; Voyez, votre fils vit.
Ah ! quel plaisir pour une ame généreuse de s’arrêter ici un moment, et de se peindre un événement aussi plein de charmes ! de voir d'un côté l’extase d’une mère partagée entre la surprise et la reconnaissance , et l’impétuosité de la joie submergeant son ame depuis longtemps resserrée parla douleur; et d'admirer de l'autre l'homme saint s'approchant avec l’enfant dans ses bras, les yeux brillans d’un triomphe honnête, mais adoucis en même temps par la bonté de son caractère , et par le spectacle de la nature heureuse. Ce riche tableau attend le pinceau d'un grand maître; il m’entraînerait d'ailleurs loin de mon sujet. Mon premier motif est d’embellir par un fuit également conforme à la raison et à l’Écriture, cette maxime mile ; Rarement une bonne action est perdue : il est au contraire plus que vraisemblable que dans celle vie même ce qui a été semé sc-ra recueilli. Jette ton pain sur les eaux , cl tu le trouveras après quelques jours. Tiens lieu à un orphelin de son père, et à une veuve de son époux , lu seras ainsi l’enfant du Très-Haut , et il t'aimera plus que ta mère même. Aie l'esprit plein de bonnes actions, car tu ne sais pas quels maux tomberont sur la terre , et , quand tu succomberas, tu trouveras un appui : il te préservera de toute affliction, et combattra mieux tous tes ennemis qu'un vaste bouclier et qu’une pique acérée.
SBRIIUN III.
L’insubililé des choses humaines et leur fluettialion constauU^ nous fournissent des occasions perpétuelles de recourir vers l'asile de la pitié et de la charité.
Combien de malheurs arrivent par des accidens successifs I combien par les dangers de la navigation et du commerce, et par des projets déconcertés! combien par les dépenses excessives des pères, l'extravagance des enfans, et par mille autres moyens, qui attachent les ailes aux richesses, et leur ouvrent toutes les portes t Les familles sont sujettes à taut de révolutions étonnantes, qu’on peut assurer que, dans les changemensqii’un siècle opère, la postérité de celui qui arrose les arbres orgueilleux viendra un jour se mettre sous eux è l'abri des intempéries de l'air. La roue, hélas, tourne si souvent que plus d’un homme doit jouir du bienfait de cette charité que sa piété fait aux autres.
Indépendamment delà protection que Dieu assure aux bons, la charité et la bienveillance secourent l’homme dans les afflictions; elles adoucissent son cœur, et lient tous ses désirs à l'intérêt commun. Quand un homme compatissant tombe , qui n'a pas pitié de lui? qui n'accourt point pour le relever? Le cœur le plus barbare insultera-t-il sans remords à sa chute? la lAcheté même , en dépit d'elle , conduit à la charité ; elle n'a qu'à calculer l'usure qu’elle peut un jour recevoir d'une bonne action : tant il est évident que , dans le cours général des choses , un bon ofGce est toujours récompensé ! J'ai dit généra/, et pourquoi? la récompense est inséparable de l'action même : demandez à l’homme miséricordieux, qui a toujours une larme de tendresse prête à couler sur l’infortuné, et du pain à partager avec lui, si tout ce que les plus grands génies ont dit du plaisir a exprimé ce qu’il a senti quand, par un bienfait, favorable , U a entendu ta joie retentir dam le cœur de la veuve /> voyez dans ses yeux les marques inaltérables du plaisir et de l'harmonie , et dites que Salomon n'a pas fixé la vraie jouissance quand il a dit; Lethonneurt et Ici richeuet n’apportent aucun autre avantage à l'homme que celui de 6ien faire avec ellet pendant sa vie.
U n'a pas porté ce jugement sans raison. Sans doute il avait calculé l'insuffisance des plaisirs des sens. Il leur était impossible, se. Ion lui , de former un système raisonnable de bonheur; ils s’écoulaient si vite, et les moins criminels n’étaient enfin que vanité et vexation de l'esprit. I-a charité, au contraire , est d’une nature si pure et si raffinée, qu'elle brûle sans se consumer ; c'est allégoriquement te baril de farine et ta cruche d'huile qui ne tarissent pas. Il est facile d'ajouter un poids au témoignage de Salomon en faveur du plaisir de la bienveillance , et le philosophe Épicure nous le fournira. Son jugement ne peut être récusé ; c'était un sensualiste parfait. Au milieu des raffineniens qu'une imagination désordonnée peut donner aux plaisirs, il soutenait que la meilleure façon d'augmenter son bonheur était de le communiquer aux autres.
S’il était nécessaire d'établir une pareille doctrine, on pourrait assurer qu'indépendamment de la jouissance que l'esprit de l'homme goûte dans l'exercice de cette vertu, son corps n’est jamais dans un aussi parfait équilibre que lorsqu'il se penche vers la bienfaisance, et que si rien ne contribue autant à la santé, rien n'en est une aussi forte preuve.
Soumettons à la réflexion de chacun la vérité de cette opinion. Oui , la répugnance à faire le bien est souvent suivie , si elle n'est pas produite, par une indisposition secrète de la partie animale et raisonnable. I.e corps et l’esprit ont réciproquement ici une influence bien visible. Mettant de côté tout raisonnement abstrait , je ne puis concevoir que les mouvemens mécaniques qui maintiennent la vie se déploient avec la même vigueur et la même souplesse dans le malheureux et sordide égoïste , dont le cœur étroit et contracté ne s’est jamais attendri aux malheurs des autres, que dans celui qu’une amc généreuse et bonne fait pencher éternellement vers la compassion. Ce malheureux est assis, couvant des projets, et ne sentant rien; il ne jouit que de lui-même , et l'on peut en dire cequ'un grand homme a prononcé sur celui qui manque de justice : t II I est toujours prêt à trahir, à ruser, à dé- < pouillcr; les mouvemens de son esprit sont
SKRMOM lit.
• dan comme le marbre , ses aOecUoDSSont
• ténébreuses comme la nuit: ne vous con- < fiez pas à cet homme. >
Ce que les théologiens ont dit de l'esprit, les naturalistes l'ont dit sur le corps. Il n'y a pointde passion aussi naturelle que l'amour, et, quoique l'exemple que je viens de citer n'en soit pas une preuve , il est indubitable cependant que l'homme le plus dur a longtemps combattu avec lui-méine avant que de mériter la gloire d'un pareil caractère. Les habitudes vicieuses sont bien difficiles à subjuguer, mais les impressions naturelles de la bienfaisance sont aussi difficiles à réduire qu'elles : il faut qu'un homme fasse de longs elTorts pour arracher de son cœur cette partie si noble de sa nature. L'antiquité nous en laisse un bel exemple. Alexandre , le tyran de Phérès , qui avait eu l'industrie d'endurcir son cœur de manière à prendre plaisir aux meurtres que sa cruauté faisait sans cause et sans pitié de ses sujets, fut tellement touché des malheurs fantastiques d'Hécube et d'.Andromaque, à une représentation de cette tragédie, qu'il fondit en larmes. L'explication de cette inconséquence est facile, et jette ungrandjoursurla nature humaine. Dans le cours de sa vie réelle, il était aveuglé par ses passions , et guidé par son intérêt ou son ressentiment; ici , ces motifs ne trouvent point de place , ses affections étaient préoccupées, et ses vires endormis: alors la nature s'éveillait en triomphe , et elle démontrait combien profondément elle a planté dans le cœur de l'homme les racines de la pitié : les tyrans mêmes ne peuvent pas les en extirper entièrement.
> Hais je peins la plus aimable des vertus avec les ombres que la méchanceté me fournit, tandis que nous devons nous livrer à ses charmes naturels, et demander s'il existe sous le ciel rien d'aussi délicieux qu'elle? Rentrons en nous-mêmes , et , pour un moment, imaginons que nous avons à tracer le plus parfait caractère, celui qui, selon nos idées sur la nature de Dieu , peut lui plaire davantage , et faire l'admiration du monde entier. J'en appelle tout de suite à notre réflexion. La première idée qui a frap|>c notre esprit ne nous a-t-cllc pas représente le bien-
faiteur compatissant tendant sa main à l'orphelin et à la veuve? De qucU|ues vertus que nous ayons voulu parer notre héros, nous nous sommes tous accordés à en faire un ami généreux qui pense que le seul charme de la prospérité est de faire du bien ; nous l'avons peint sous l'emblème de cette nrière de Dieu, arrotarit la terre altérée, et enrichitsant la homma , portant parmi eux l'abondance et la joie. Si cela ne suffisait pas, et que nous voulussions ajouter un nouveau degré de perfection à ce portrait, au cas que la nature humaine pût nous fournir un patron , nous nous efforcerions de concevoir un homme qui , pour arrêter le cours de nos afflictions, se sacrifiât lui-même, oubliât ses intérêts les plus chers, et donnât sa vie au bonheur du genre humain. Ici, mon aimable Sauveur , ta bonté illimitée vient frap|ier et attendrir mon cœur. Tu devins pauvre pour nous enrichir; maître du monde, tu ne sus pas oùreposer tatéte. Égal en pouvoir et en gloire au Dieu de la nature , tu te fis homme, et pris la figure d'un esclave. Tu te soumis sans ouvrir la bouche à toutes les indignités qu'un peuple ingrat te présenta : enfin, pour accomplir notre salut, tu devins obéissant jusqu'à la mort; lu voulus en ce jour être conduit comme un agneau à la boucherie.
Ce spectacle étonnant de compassion , offert aujourd'hui par le fils de Dieu, est l'appel le plus sûr qu'on puisse porter au cœur de l’homme; il est l'argument le plus fort dont se servent les apûtrcs dans toutes leurs exhortations aux bonnes œuvres : Voijes comme le Christ nous a aimés. La conséquence en est inévitable; elle donne de la force et de la beauté à tout ee qu'on peut dire sur ce sujet. Je l'ai réservée pour la fin de mon discours; elle laissera dans vos aines l'impression de la pitié que je vous demande pour les enfans malheureux qui en sont l'objet. Én rcDcchissant sur les travaux pénibles de l'amour qui causa la mort à Notre- Scigneur, vous considérerez quelle dette immense nous est imposée envers notre prochain, et, vous rappelant un modèle aussi aimable de bonnes œuvres, vous apprendrez de quelle manière il faut les faire.
De toutes les méthodes usitées de faire du.
SERMOri III.
bien , je n'en connols pas de plus mile que relie pour laquelle nous sommes ici rassemblés. L'édiiralion des enfans pauvres étant la pierre fondamentale de toute espèce de charité, elle fait que tous les actes siibséquens répondent à l'instraction pieuse du bienfaiteur.
Sans rédiication combien les projets de la bienveillance perdent à jamais l’elTet que s’était promis l'homme bienfaisant? on laisse une jeune plante exposée aux injures de l’air et des saisons , et l'on voudrait prendre soin d'elle quand toutes ses racines sont flétries et presque desséchées ! Oui , un établissement en faveur de l'enfance est la base de la charité , ajoutons et de la police universelle , tant le défaut d’éducation a entraîné de fâcheuses conséquences , qui ont été ressenties d'abord par l'individu négligé, et puis par la société dont il est un des membres. Quand on considère, d'une part, la séduction d’une morale relâchée et de l'intérét; et, de l’autre, les effets de la superstition , on peut assurer qu'il aurait mieux valu pour cette contrée avoir fait des dépenses extraordinaires pour corriger ces vices, et semer de bons principes dans le cœur des enfans du peuple , que de prendre les armes contre les effets désastreux de la rébellion occasionnée par la négligence. Rapportonsiions-en â l’antiquité vénérable. L'éducation y était d'une si grande importance pour la paix et le bonheur commun, que quelques républiques, et les plus sages sans doute, en avaient fait un commandement légal : elles sentirent qu’il était plus sûr de s’en rapporter â la prudence du magistrat qu'à la tendresse peu éclairée des pères.
Le calcul des l^acédéinoniens dans cet objet de leur police était sûr. Lorsqii’Antipalcr leur demanda cinquante enfans en 6tage, ils lui firent cette réponse sage et hcro'iquc : A’ou» aimcrioiu mieux t’out tlonner le double d'hommes faits. Us faisaient entendre que, quoiqu’ils se trouvassent dans la détresse , ils préféraient tous les hasards , à la perte de l'éducation nationale, à l’ignorance de la religion , à celle des lois et de l’iiidustric de leur pays. S’ils alUichaieiit cette importance à l'éducation des enfans de
tous les étals, que dirons-nous de ceux epic la Providence a destinés aux derniers rangs de la société ?Sans pareils, sans amis qui les dirigent, ils sont jetés hors de lu voie de l'iiislniction , olferts seulement à la pitié publique. Les dangers qui les environnent sont si nombreux et si grands, que, pour un voyageur qui navigue sans périls et heureusement sur cette mer immense , mille malheureux y naiifragent et sont perdus à jamais.
Si jamais la charité put exercer des actes de bienfaisance , ah I voici le cas où les cris des hommes l'appellent davantage. Je n’ai besoin pour convaincre les ennemis de ces établissemens de piété , que de mettre sous leurs yeux le spectacle de la misère de l'enfance.
Allons vers la demeure de rinfortiiné, entrons dans cette cabane de deuil oii la paiivretéet l’affliction rè.gneot ensemble. Voyons cette veuve inconsolable, assise, trempée de larmes; elle les verse sur son eiifant qu'elle ne peut secourir. • O mon fils ! te voilà laissé I dans un monde vicieux, rempli de pièges c et de tentations pour ton âge sans expé- « ricnce. Peut-être mon amour exagère-t-il
< les dangers; mais quand je considère
c que tu vas être porté nu au milieu d'eux , I sans amis, sans fortune, sans instruction, I mon coeur saigne d'avance des maux qui
• vont se précipiter sur toi. Dieu , en qui je f mets ma confiance, est témoin que, dans
< l’éuit humble où il nous a placés, nous « n’avons jamaissoiihaité de lerendre rii'lie, t mais seulement vertueux. Ton père, mon f mari, était un homme de bien, il eraignait le
< Seigneur; et, quoique tous les fruits de ses c soins et de son industrie fussent à peine snf-
• fisanspoiir nourrir sa famille, cepiuidanl il f vonlaiten réserv er une partie pour te placer
< dans la voie de l'instruction. Mais, hélas! t il est mort, et avec lui tous les moyens sont « perdus. Vois, le créancier est à notre /lorte, t pour emporter tout ce que nous avons. »
L'él(M|iicncede la douleur est difficilement imiuible; mais que l'ami de l'humanité et de ses afflictions se représente une veuve se plaignant ainsi , et qu’il considère s'il est une douleur /nireille à la siciiue, im s’il est une charité coninie celle de firendre sou enfant