‹ Œuvres completes de SterneChapitre 433 sur 507 · SERMON V · texte numérisé non relu

SERMON V

t L'homme né de la femme est un être de peu

> de jours, pleint de (rouble.lt pousse comme

• une Peur, et il est moissonné comme elle.

• Il vole comme une ombre, et passe comme

• eéle. > Job, XIV, 1, 2.

Il y n quelque chose de si beau et de si vraiment sublime dans ces réflexions du saint liominc Job sur la brièveté et l'instabilité des choses humaines, qu'on pourrait défier les plus célèbres orateurs de l’antiquité do nous prodidre une phrase si éloquente, si noble et si pathétique. Soit qu'on doive en attribuer l'eircl a la nature de ce sujet, ou à la magic de l’expression orientale, et du style exalté qui lui convient, soit que les ptiroles appartiennent à cet être puissant qui inspira à l’homme son langage, ouvrit les lèvres du muet, et rendit éloquente la langue même de l'enfance; àlaquelle de ces causesqii’on rapporte la sublimité de ce passage, aiusi que d’une quantité d'autres épars dans les livres saints, jamais homme ne [uit mieux méditer sur la brièveté et les intdheurs de cette vie, que ce saint patriarche. Il avait si longtem|)S navigué sur cette mer orageuse, son passage avait été tellement éclairé, tantôt par le soleil, tantôt par les feux de la foudre, qu'il atteignit aux extrémités et du bonheur et de l’infortune.

Le commencement de ses jours fut couronné de toute la splendeur que l'ambition

|M!ut désirer. Il était le plus puissant des hommes de l'orient. Il possédait des campagnes illimitées, et sans doute il jouissait de tous les plaisirs que la propriété peut douucr. Vous me direz que l'on doit placer sa félicité sur une base plus sûre que celle d'une fortune immense qui s'échappe tout à coup; de ces biens qui se font des ailes, et s’envolent à jamais; mais il avait encore l’avantage de la sécuritô, car la main de la Providence qui l'avait élevé, le conduisait dans sa route ; Uicu semblait s’étre engagé à continuer ses bénédictions sur sa tête fortunée. Il l’avait environné d’nne haie, aiusi tpie ses |)ossessiuns. Les ouvrages de ses mains étaient bénis, et chaque jour accroissait sa fortune. Bien plus, les richesses que possède celui qui n’a ni enfans ni frères, au lieu d'être une consolation, sont quelquefois un objet d'inquiétude et de vexations. L'esprit humain n’est pas toujours satisfait de la conscience de ses propres jouissances; il regarde devant lui, comme s’il découvrait un vide imaginaire, comme s’il désirait un objet chéri pour le remplir ; souvent il s’inquiète et dit: Pour qui travaillé-jc ? pour qui me privé-je du repos?

Pieu avait encore élevé cette barrière devant le bonheur de Job, en le bénissant d’une foule aimable de fils et de fiHcs, héritiers apparensde sa félicité présente. Idée délicieuse ! les bénédictions de la Providence seront portées de main eu main, et continuées sur les descendans de mes descendons! Combien cette espérance diffère peu de la première

SF.R¥0,'l V.

louiss.'incc (i.ins le l a'iir irun p*Te lonilro qui oRürc STS ynix sur In honiictii' loiiuuin de sa |iosléritc,oonimc s'il devait revivre avec elle !

Qiic inaiu|iie-t-il à celte peinture d'un lioinine heureux'' rien, sûrement, si ce n'est une disposition vertueuse à jouir de tant il'avanta^tes, et l'art d'en faire un bon usage: il l'avait aussi, rnr c'étail un homme droit ; il rrnli/nait Dieu, cl évitait le mal.

I);i nsle cours de sa prospérité, aussi grande qu'il en jwut jamais échoir dans le [Xirlage d'un mortel ; pendant que tout souriait autour de lui, et semblait lui promettre un surcroît de bonheur, s'il était possible, tout à coup cette scène paisible et aimable se changea en une scène de chagrin et de désespoir.

Dieu, pour remplir les desseins de sa sagesse, SC plut à renverser sa fortune; il trancha l'espoir de sa postérité, et ce prince, dans un jour à jamais aifreux, sévit jeté de sonp.alais sur un fumier. Ses troupeaux, qui faisaient ses richesses, furent en partie consumés par le feu du ciel , ci en partie égorgés par le glaive d'un ennemi. Ses fds cl scs filles, qu'il avait instruits dans leurs devoirs, et dans lesquels il plaçait la félicité de l'avenir, récompense bien naturelle pour les soins et les soucis que leur enfance avait coûtés, ses enfans furent séparés de lui par un sontfie désastreux, comme ils commençaient à devenir la consolation de s;i vieillesse, alors cpicles esclaves aimés soutenaient ses années ilébiles: les circonstances mêmes qui ajoutent au malheur furent pour lui combinées ; ils lui furent ravis au moment que sa faiblesse était incapable de supporter ce revers, au inoment où il devait le moins s'y attendre, quand il pouvait se flatter qu'ils étaient hors de la voie des dangers ; e pendant qu'ils manc geaient et se réjouissaient dans la maison < de l'ainé, le vent impétueux du désert sc- « roua les quatre coins de l'édifice, elle ren- • versa sur eux. •

Un tel assemblage de calamités n'est pas le lot commun des hommes ; il y en a cependant <pii ont soutenu des épreuves aussi sévères, et qui bravement leur ont résisté, peut-être par une force d'esprit naturelle, l'aide puissante de la santé, et le secours affectueux de l'amitié Que nesoulienl-on pasnveede tels

I avantages ! mais Job ne les eut pas. A peine avait-il été frappé de ces accidens subits, qu'une lèpre effroyable le couvrit tiepuis le sommet delà tête jusqu'à la plante des pieds; scs amis, dans lesquels il eu pouvait trouver le remède, la femme même de sou cteiir, dont la main devait soutenir sur sa tête le poids de son alOiction, l'insultèrent cruellement et soupçonnèrent sa probité. O Dieu ! qu'est-ce que l'homme quand tu l'accables ainsi , quand tu appesantis le fardeau à mesure que tu ôtes les forces'/ quand il devient ainsil’exemple des vicissitudesde la fortune? quand il se voit arracher toutes les bénédictions qu'un moment auparavant ta providence accumulait sur sa tête'/ quand, après avoir réBéchi sur la multitude des jouissances assemblées autour de lui, il les voit dans un jour enlevées jusqu'au niveau du sol, et s'évanouir comme la description d'un rêve enchanteur? quel est l'homme qui, venant d'éprouver une révolution si subite, eût fait les belles réflexions de Job, et dit avec lui? I Que l'homme né de la femme est un être « de peu de jours, pleins d'amertume ; quïl « pousse comme une fleur, et est moissonné f comme elle; qu'il vole, et passe comme < une ombre. >

Ces paroles expriment bien succinctement la vanité' naturelle et morale de l’Iiomme, et elles se divisent on deux propositions distinctes.

1» L'homme est un être de peu de jours. 2‘ Les jours sont remplis d'amertume. Je ferai quelques réflexions sur ces deux propositions.

C'est un être de peu de jours. La comparaison que Job en fait avec une fleur est extrêmement belle, et mieux faite pour ce sujet que la preuve la plus travaillée : il ne l'aurait pas comportée. La brièveté de la vie est un point si généralement débattu dans tous les siècles depuis le déluge , il est si universellement senti et reconnu partons les êtres, qu'il ne demande aucun argument qu'une comparaison juste. Elle ne sert pas à prouver le fait ; mais elle le place sous un jour qui nous frappe, et fait sur notre esprit une impression profonde.

L'homme, dit Job, pousse comme une

SÜRIION V.

fleur, rl os! moissonne comme elle; il est envoyé dans le monde comme lu pins noble Pt la plus belle portion de l'ouvrage de la divinité ; son imago est fuite d'après celle du créateur; il est glorieux eomme la fleur des champs; il surpasse en Iteauté la race vt^élale , ainsi qu’il surpasse en raison la race des animaux.

La fleur arrive au temps de sa perfection, si quelque accident ne la détruit dans sou bourgeon ; il lui est permis de triompher quelques instans , et elle est coiqiée sur sa racine au milieu de l'orgueil et de la poni|>e de sa végétation ; si elle échappe à la main de la violence , elle est flétrie en [>eu de jours, et se penche morte sur sa tige.

Ainsi, l’homme éprouvedans son accroissement et sou déclin la même période, quoique l'un soit plus haut, et que sa durée suit plus longue.

S'il échappe aux dangers qui menacent sa tendre enfance , il atteint la maturité de la vie , et s’il est assez heureux pour ne pas succomber sous quelque accident occasionné par sa folie et son intempérance , d décline insensiblement; enCn un terme airivc audelà duquel il ne peut plus vivre. Ainsi que la fleur ou le fruit qui , n'ayant pas été coupés avant leur maturité, u'outn-passeut la période à laquelle ils sc fanent et tombent, ainsi, quand le temps est arrivé, la main de la nature moissonne l'homme sur la terre qui le porte. L'art du botaniste ou celui de la médecine ne les préserve ni l'un ni l'autre de cette nécessité cruelle. Dieu a donné ces lois immuables aux végétaux , il les a données aux hommes, ainsi qu'à toutes les créatures vivantes, après avoir inséré dans leurs élémens la puissance de l'accroisscnient, de la durée etde l'extinction. Qutind les évolutions sont finies, la créature expire et péril, tandis que le fruit mûr tombe de l'arbre , et que la fleur se desséche sur sa lige.

C'en est assez sur cette comparaison poétique et sublime du saint homme Job.

c II vole et s'é«.'happecomme une ombre.» Celle-ci n'est pas moins une magnifique représentation de la brièveté de la vie humaine; ou ne peut en sentir la vérité qu’en rapprochant le tableau de l’original tl’après h'ipu'l

il a éU; copié. .Vvec quelle vitesse eu eflTet passent sur qotre tête les jours, les mois, les années? N'est-ce pas comme une ombre qui vole, et laisse à peine une impression légère sur nous? !ors4]ue nous nous efforçons de les rappeler par la réflexion, et de concevoir comment ils se sont écoulés, quel est celui de nous qtii peut s'en rendre un compte s.atisfaisant? Oui, sans quelques évéuemens remarquables qui ont distingué quelques époques de cette durée , nous la regarderions comme Nabuchodouosor regardait à son réveil le rêve qui l’avait occu|ié pendant la nuit : il savait que quelque chose avait passe et l’avait troublé; mais cela avait passé si li'-gèrement et si vite, qu'il ne pouvait pas trouver latrace surl.aquellcilpûtlc chercher. Oh ! que le tableau de la vie humaine est mé'lancolique! elle s'écoule de telle manière (|ii’on peut à peine réfléchir commeni elh; s'écoule.

Nos premières années glissent sur les plaisirs innoeens de l'enfance, et nous ne pouvons pas méditer sur elles. Une jeunesse insouciante leur succède, et nous ne voulons pis réfléchir ; ardens à la |ioursuite des plaisirs, avons-nous le temps de nous arrêter pour les considérer?

Ouand nous atteignons un âge plus grave et plus sensé, et que nous commençons a réformer nos mœurs et notre conduite , alors les affaires et les intérêts de ce monde, les projets et la manière de les exécuter nous occupent tellement, qu'ils ne nous laissent pas le temps de penser à ce qui n’est pas eux. A mesure que notre famille s’accroît , nos affections augmentent , et avec elles se multiplient les soins et les soucis que nous donne rétablissement de nos enfans. Ci-s soins nous assaillent si secrètement, ils s'emparent de nous si longtemps , que nous sommes surpris pir des cheveux blancs, avant que d'avoir trouvé le loisir de réfléchir sur le temps qui s'est écoulé , les actions qui en ont rcm|>li la durée, cl le dessein pour lequel Dieu nous a envoyés dans ce monde.

On peut donc dire, avec raison, que l'homme est un être de peu de jours, quand on le rapprtx-he (1<t la succession hâtive des choses qui le poussent vers le déclin de sa vie : on

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