SERMON V
polU ilirc encore (|tril vole el s'éeliup|ic comme une ombre , <)iiand on le compare aux aulrcs ouvrages de la divinité, à ceux mêmes que ses mains ont faits, et qui survivent à plusieurs générations , tandis que la sienne tombe comme les feuilles que d'autres bourgeons remplacent, [KUir s’é^nouir, tomber et être emportés par le vent.
Mais, lorsque nous eonsidérons la brièveté de ses années dans le jour qu'elles se montrent, à toi, grand Dieu, à toi à qui mille ans ne paraissent que comme le jour d'hier, quand nous considérons cette poignée de vie qui nous a été mesurée sur l'étendue de l’élernilé pour laquelle nous sommes créés , ail J comme cet espace doit être limité! et sommes-nous encore sûrs de jouir de sa plénitude? mille accidens divers peuvent couper la trame légère de la vie humaine longtemps avant qu'elle touche à son dernier |ioint d'extension. Le nouveau-né, proie aistie pour la mort, tombe et se résout en poussière comme le bouton nouvellement éclos. La jeunesse, qui promet davantage, voit s'éteindre en elle la beauté de la vie ; une maladie cruelle pu un accident désastreux l'ont couchée sur la terre, comme la fleur vivace qu'une vapeur maligne dessèche. Le germe desmaladies occasionnées par l'intempérance ou la négligence multiplie les événemens dans cet acte intéressant de notre vie. Les maux infectsaggravcntleurragequand ils se mêlent a un sang fort et agité , les succès deviennent douteux, et l'on nous dit partout que la moitié des hommes meurent dans les premiers dix-sept ans de leur vie.
J'en ai dit assez pour confirmer la réflexion de Job , que riioiume est une créature de peu de jours; hélas! ces jours soûl encore remplis de trouble et d'amertume ! Pic nous atlachous pas pour eu avoir des preuves au côté flatteur que nous présentent les choses humaines. Elles sont revêtues d'une apparence trop brillante , surtout dans le monde que l'on appelle grand. IS'ous ne les prendrons pas encore auprès de ces hommes gais et apathiques qui , placés au milieu des jouissances, réfléchissent peu sur les privations, et qui, n'ayant point encore touché Icurporlion lién'’ditaire des peines du inonde.
s'imaginent ne pas avoir un lot dans le malheur général. Nous ne recourrons pas enfin à ces récits illusoires de quelques passagers heureux qui ont navigué sans dangers et franchi tous les écueils ; mais un coup d'oeil sur la vie humaine , et sur la face réelle des choses , dénué de tout ce qui |ieut les pallier ou les dorer, nous servira de points de comparaison. Nous écouterons les plaintes de tous les siècles , de tous les âges ; nous lirons l'histoire du genre humain. Eh bien ! que contient-elle? un récit des voyageurs qui ont erré dans ce monde si lamentable , que rhomine sensible tic (leut finir sa lecture sans avoir le coeur oppressé par la douleur.
Voyez l'clTrayantc succession de la guerre d'une partie de la terre vers l'autre : elle est perpétuée d'un siècle à l'autre avec si peu de relâche , que le genre humain à pi'inc a eu le temps de respirer depuis que l'ambition vints'emprer du monde; voyez ses borribles effets écrits sur les ruines du globe : ici, des nations entières ont été passées au fil de l'épée; là , d'autres ont été réduites à la famine pour faire place à de nouveaux colons. Voyez combien d'hommes, depuis les premiers siècles jusqu'au nôtre , ont été foulés sous les pieds d'un tyran cruel et capricieux qui n'a jamais écouté leurs cris , ou paru sensible à leur détresse. Voyez l'esclavage , quelle coupe amère ! combien do millions d'hommes en sont abreuvés tous les jours ! S'il empoisonne le bonheur, quand on l'exerce sur nos corps, que doit-il être quand il pèse également sur nus corps et sur nos âmes ?
Jetez un coup d'œil sur l'histoire des religions, sur leurs tyrans, que dis-je! leurs bourreaux, qui se soûlent du plaisir de voir les tourmons et les convulsions de leurs frères. Voilà l'inquisition : écoutez les sons mélancoliques dont retentit chaque cachot; considérez la cruauté de scs juges, et les tortures recherchées qu'ils vont infliger sans merci à l'infortuné. Son amc , dans ces angoisses douloureuses, veut s'échapper de son corps disloqué ; un ne veut pas. Il faut qu'il soit arraché de ce chevalet sanglant pour aller perdre la vie au milieu des flammes que lui prépare la superstition.
.SKHMON V.
Si los (léuiils dos causos piibtiqiies des misères de nioinine UC siiffisenl pas, considcrons-le luttant contre des inrurtiines partieullères. 11 est encore plein de trouble , il est né pour le mallieur.
Si nous le regardons expose à tous les besoins réels ou imaginaires auxquels il ne peut subvenir , quelle suite de vexations, dit ditpendances, dérivent de cette nécessite, et le rendent infortuné ? combien d’obstacles se hérissent devant lui quand il veut faire son cliemin dans la société? combien de fois estil forcé de rétrograder ou de rester a la même place? que de soucis lui donne seulement le seul besoin d'avoir du pain ! il en est tant qui n’atteignent jamais àce but, il en est tant qui le mangent dans la douleur.
Tirons le rideau sur ceux-ci, et regardons en haut vers ceux qui semblent placés audessus de ces soucis : ch bien ! ils sont exposés à d’autres. Tous les rangs, toutes les conditions, rencontrent des calamités relatives qui pèsent sur la vie des grands , et les accablent dans leur marche.
Ceux-ci sont atteints d'infirmités qui les privent le jour et la nuit du repos ; ceux-là , dévorés par l'ambition, sont menacés des disgrâces , et mille d'entr’eux , rongés par des inquiétudes secrètes , s’éteignent en silence, et doivent leur trépas au chagrin et à l'altattemcnt de leur cœur.
Descendons quelques étages plus bas. Un million de nos frères nés pour n’hériter que de la pauvreté et des troubles, sont forcés par la nécessité à la bassesse et à la peine des plus vils emplois, et encore peuvent-ils à peine sustenter leur famille.
C’est ainsi qit’après avoir passé eu revue toutes les conditions et tons les états, et leur avoir accordé par grâce quelques plaisirs fugitifs, uüus en revenons toujours à la description que nous a donnée Job; et nous y découvrons quelques caractères lisibles de CCS mots dont Dieu nous menaça jatlis : Tu mangerai Ion pain dans la douleur jusqu'à ee que lu relourncs à la lerre don! je t 'ai tiré.
Quelqu’un me dira penl-i'trc pourquoi me faites-vous haïr la vie? pourquoi exposezvous ce tableau funeste, me parlez-vous de CCS infirmités naturelles qu’il n’est pas en notre pouvoir de corriger?
A cela , je réponds que le sujet est de la plus grande importance, et qu'il faut que chaque homme ait une idée de sa nature, pour que son esprit fasse des projets convenables à sa condition. Cette revue impartiale , ce miroir que je tiens élevé pour lui montrer ses infirmités, tend à guérir son orgueil et à le revêtir de l’humilité , seul vêtement qui convienne à un être aussi faible et aussi misérable. La considération sur la brièveté de sa vie doit le convaincre qu’il est sage de consacrer cette petite portion au grand projet de l’éternité.
Enfin , quand on réfléchit que cette mesure si courte est encore remplie de tant de troubles, que rien n'y est produit et n’y existe sans un mélange de peines, combien cette pensée ne doit-elle |)as nous engager à détourner nos yeux et nos affections de cette perspective obscure, et à les fixer sur eette contrée plits heureuse, où Dieu essuiera à jamais les pleurs qui coulent sur nos joues ! Ainsi soit-il !