‹ Œuvres completes de SterneChapitre 436 sur 507 · SERMON VIL · texte numérisé non relu

SERMON VIL

t En vérité , je vous dis que cet homme rec loiimc dam sa maison plus justifié que € l'autre, t Saint Luc , XVIII , 14.

Ces paroles sont le jugement que Notre- Seigneur porta sur la conduite et le degré de mérite de deux hommes, le pharisien et le publicain. Il les représentedans celte parabole entrant dans le temple pour prier. La manière dont ils s'acquittent de ce devoir solennel doit être considérée dans la prière même qu'ils adressent è Dieu.

Le pharisien , au lieu de s'humilier devant la majesté vénérable de ce Dieu tout-puissant, le remercie d'un air de triomphe et de suffisance , de ce qu'il ne l'a pas créé semblable aux autres , tortionnaire , adultère , injuste , comme ce publicain. Celui-ci est représenté loin du sanctuaire , le cœur touché et plein d'humilité; il est convaincu du sentiment de son indignité ; sa bouche n'ose pas s'ouvrir, mais son cœur murmure tout bas : O Dieu ! aie pitié d'un pécheur, c Cet homme, ajoute le Sauveur, retourne chez lui plus justifié que l'autre.

Quoique la justice de cette décision frappe au premier coup d'œil , il ne sera pas inutile d'examiner plus particulièrement les raisons sur lesquelles elle est fondée , non soulcnienl parce que cet examen doit mettre en évidence la droiture de ce jugement , mais encore parce que le sujet doit me conduire à des réflexions convenables à ce saint temps de carême.

Le pharisien appartenait à une secte qui dans le siècle de Jésus-Christ, par son austérité , ses aumônes publiques et ses prétentions à la piété , plus affichées que celles des autres, avait graduellement usurpé du crédit et de la réputation parmi le peuple. Comme la foule est aisément surprise par les apparences, le caractère des pharisiens était parfaitement formé pour opérer de telles surprises. Si vous le regardiez, extérieurement , il vous semblait modelé sur le patron de la bonté et de la perfection ; c'était une sainteté de vie peu commune, accompagnée d'une sévérité théâtrale dans les manières, de prodigalités fréquentes aux pauvres ; beaucoup d'actes de religion , beaucoup d'application .à l'observance de la loi , beaucoup d’abstinences , beaucoup de prières.

Il est pénible de suspecter de pareilles ap|)arences ; nous n'aurions pas osé le faire si notre Sauveur lui-même ne nous eût tracé en deux mots ce caractère , en nous disant : Ce sont des sépulcres blanchis,- ils sont magnifiques au dehors , l’art les a enrichis de tout ce qui |)cnt attirer les regards; mais fouillez-lcs , vous les trouverez remplis de corruption , et de tout ce qui peut choquer et dégoûter les curieux. Cette affectation de piété , cette régularité extraordinaire, peuvent en imposer; mais au dedans tout est irrégulier; ces prétentions qui semblent promettre quelque chose, sont ternies par un penchant secret aux passions les plus viles , l'orgueil de la spiritualité , le pire des orgueils t l'hypocrisie , l'amour-propre , l'avarice , l'extorsion , la cruauté , la vengeance.

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(Quelle pili^ ! qup le nom snrré de la religion soit eniprnnui pour couvrir une telle série (le vices, et que le visage charmant de la vertu soit ainsi défigure , qu’il soit suspecté , [larcp quedes méchans adroits s'en sont quelquefois parés. Le pharisien n’avait aucun de ces scrupules; la prière qu’il fit au temple nous peint fhoriime; elle montre avec quelles dispositions il allait adorer au temple.

( Grand Dieu ! je te remercie de ce que c tu m’as formé d’une autre argile que les « gens de mon espèce. Tu les as créés frat giles et vains, et ils deviennent par choix t corrompus cl méchans.

< Moi , tu m'as lormé sur un modèle bien I t différent, et tu as infusé en moi une partie ( de Ion esprit. Vois I je suis élevé au-des- ( sus des tentations et des désirs auxquels

< la chair est sujette. Je te remercie de m’a- ( voir fait tel , et de ce que je ne suis pas un

< vaisseau frêle de terre, comme les autres ,

• comme ce publicain ; mais un vase d’clec-

< lion que lu as sanctifié. i

Après cette paraphrase de la prière du pharisien, vous me demanderez peut-être quelle raison il avait de faire sonner si haut son triomphe, eld'in.suller aux infirmités du genre humain, et à celle de l’humble publicain prosterné derrière lui. Quelle raison? vous aurait-il répondu : Je donne la dime de tout ce que je possède.

Ah ! s'il n'avait que cela à offrir au Seigneur , c’était une faible base à tant d’oi^ gueil etd'amour-propre. L'observation d’une loi matérielle compatit assez avec le déréglement des mœurs.

La conduite du publicain parait bien différente ; c'est le contraste le plus opposé qu’on puisse imaginer. Avant d’en parler, il est juste de donner une idée de son caractère, comme j'ai fait de celui du pharisien. Le publicain était de ces gens que les empereurs romains employaient à lever les taxes et les contributions qu'on exigeait de temps à autre de la Judée , comme nation conquise. Le nom de publicain était un terme de reproche et d’infamie parmi les Juifs, soit que cela vint de la haine qu’ils avaient pour cet emploi , et de la répiignanee qu’on a de partager ce qui nous appartient, soit que d’ati-

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