‹ Œuvres completes de SterneChapitre 437 sur 507 · BI · texte numérisé non relu

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très causes concourussent à produire cette aversion ; ils étaient en général odieux et réprouvés.

La dureté que leur profession exige , mêlée à quelques teintes cf insolence naturelle , peut-être même les préjugés et les clameurs du peuple prévenu contre eux , tout cela , dis-je , avait contribué à former et à fixer cette haine. Il n’est pas douteux eependant qu’ai nsi que dans toutes les professions oit il y a plus de sujets de tentation que dans les autres, il n'y eût beaucoup de ces publicains dont la conduite était irrépixtchable , et qui traversaient tous les pièges et toutes les oc- I casionsquibordaientleurchemin, sansavoir à rougir une seule fois, et avec le témoignage intérieur d’une bonne conscience.

Tel était notre publicain. Les sentimens de candeur et d’humilité que lui inspirait sa faiblesse , ne peuvent procéder que d’une ame telle que je viens de la décrire.

Il va au temple faire un sacrifice de prières. En s’acquittant de ce devoir , il ne plaide pas eu faveur de son mérite , il ne le compare pas orgueilleusement à celui dcsaiitres, il ne se justifie pas avec Dieu ; mais , respectant le sanctuaire majestueux où sa présence se déploie plus immédiatement , il s'en lient éloigné , il tremble de lever les yeux au ciel ; mais il frappe sa poitrine , et en fait sortir ces mots entrecoupés et' soumis : O Dieu ! pardonne-moi mes péchés.

Ciel ! combien la vraie humilité est précieuse et aimable ! quelle différence elle met devant toi entre deux hommes! L’orgueil n’est pas fuit pour une créature aussi imparfaite. L’orgueil spirituel lui convient encore moins ; c’est celui qui devrait inspirer les moindres prétentions. Hélas! le meilleur de nous tous pèche sept fuis par jour. Si j’étais parfait, disait Job, je me tairais , je voudrais ignorer ma perfection ; ti j'étais parfait , je voudrais me prouver que je suis pervers.

Que je vous recommande donc, mes auditeurs, la vertu de l’humilité religieuse! Elle tombe naturellement de mon sujet , et je ne puis mieux la graver dans vos cœurs qu’en cherchant les causes qui produisent cet orgueil que je déteste , cet orgueil spirituel ; c’est une maladie de fesprit humain; il faut

SERUON VU.

la traiter comme celles du cor)». On n’co peut découvrir les symplémes et leur appliquer des remèdes que lorsque l'on remonte aux principes , et qu'on a surpris et découvert le foyer vicieux.

Une des premières et des plus universelles causes de l'orgueil spirituel , est celle qui paraltavoir égaré le pharisien : c'est la fausse notion des vrais principes de la religion. Il pensait sans doute qu'elle était toute comprise dans ces deux préceptes : payer les dîmes et jeûner , et que, lorsque sa conscience s’en était déchargée , il avait fait tout ce que la loi ordonnait , et qu’il n'avait plus qu'à remercier Dieu de l'avoir créé différent des autres. Je n'ai pas besoin de l'interroger : son erreur m’apprend qu’il croyait être ce qu'il prétendait être , un homme religieux et droit. Qiioiqu'en effet des vues mondaines ethypocrites dirigeassent devant les hommes scs actes de piété, on ne peut pas supposer que, lorsqu’il était seul dans le temple, et n’ayant aucun témoin do ce qui se passait entre Dieu et lui , il eût volontairement et ouvertement osé se mo<|uerdu ciel. Cela est à peine vraisemblable. Il devait donc sa conduite à quelques illusions de son éducation qui avaient imprimé dans son esprit de fausses notions sur les points essentiels du culte. Ces illusions en croissant avaient développé les semences de scs erreurs , tant en spéculation qu'en pratique.

Il avait été élevé comme le reste de sa secte à observer avec le raffinement le plus scrupuleux et l'exactitude la plus religieuse ! les pratiques les moins essentielles de la religion, ses fréquentes ablutions, ses jeûnes, ses rites externes qui n'ont aucun mérite en eux-mêmes , mais à se dispenser en même temps ir.iccomplir les points les pliisimporlans (le la loi , ceux qui sont d'une obligation éternelle et immuable. C'étaient des aveugles mal assurés, qu'un moucheron enibarrui.mil , cl qu't auraient acalé un chameau. C’iitaient de ces gens que notre Sauveur reprenait |>ar une comparaison familière et domestique ; ils nelloi/aient le dehors de la coupe, mais ils souffra'tcnl que le dedans, la partie la plus importante , fût pleine de corruption. D'après cette connaissance du caractère et

des principes du pharisien , il est aisé d'apprécier sa conduite dans le temple. Un tel effet devait produire cette cause.

De tout temps cela est arrivé par une fatalité attachée aux abus qui se sont glissés dans les cultes religieux; ils dégénèrent insensiblement en cérémonies externes, eux qui devraient toujours consister dans la pureté et l'intégrité de l'ame. Comme ces rites sont aisément mis en pratique, et qu’on peut atteindre à leur perfectibilité sans une grande résistance de la chair et du sang, il est naturel qu’ils jettent ceux qui les profanent dans l'intime conviction de leur mérite, et dans le mépris de celui des autres; ils se pénètrent de leur sainteté , et se targuent facilement de leur relation avec la Divinité, et de leur position vis-à-vis d'elle. Voilà la vraie définition de l'orgueil spirituel.

Quand le véritable esprit de la piété s’éteint ainsi dans les ténèbres de quelques cérémonies fastueuses, la célébration du sacrifice qui devait apporter les plusgrandsavanlages, ressemble plus, avec scs décorations scéniques, à une représentation théâtrale, qu'à un sacrifice humble et solennel oDeit par la poussière et la cendre devant le trûne du l'out-Puissant. Il est bien plus facile, dans le système mécanique , d’avoir des prétentions à la sainteté , que lorsque le caractère de la piété doit se reconnaître au combat perpétuel de l’homme contre ses p;issions. Il est plus aisé à un K.spagnol supei^ stitieux de signer son front et de murmurer scs prières, qu'à un protestant humble de subjuguer les élans de la colère, de l'intempéraucc, de la vengeance, et de paraître devant son créateur avec les dispositions qui lui conviennent. L’opération de se laver d’eau bénite n’est pas si difficile que celle de tenir son ame pure et chaste , nette de toute action, de toute [lenséc impure. Il est plus court de s'agenouiller et de recevoir l’absolution de ses tantes que de la mériter, non pas des mains des hommes, mais de celles de Dieu , qui voit notre cœur et qu'on ne peut trom|ïcr. L'action de garder le seul temps du carême , et de s'abstenir certains jours de la semaine de la chair, n'est |>as si pénible que celle de s'abstenir de scs œuvres

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