‹ Œuvres completes de SterneChapitre 442 sur 507 · SER1I0?I X · texte numérisé non relu

SER1I0?I X

cette cour sacrt^e, etque l'esprit, dédaignant de s'y laisser corrompre par des présens, rougit d'élre l'avoeal d'une cause injuste, si l'intérêt demeurait tranquille et indifférent pendant que la cause se plaide, et que les passions chassées du trihunal ne prononçassent jamais de jugement à la place de la raison, si toulcela était, je l'avoue, l'étatmoral et religieux de l'homme serait ce qu'il estimerait lui-méme , son innocence ou ses crimes seraient déterminés par le degré d'approbation ou de censure qu'il donnerait à ses actions.

Je conviens qu'un homme est coupable quand sa conscience l'accuse ; elle se trompe rarement. A moins qu'il ne soit affecté de mélancolie et de marasme, on peut assurer qu’il existe un motif d'accusation.

Mais la proposition inverse n’est point vraie. Il n'est pas vrai que, lorsqu'il est coupable, sa conscience l’accuse, et qu'il est innocent quand elle ne l’accuse pas. Un chrétien aura beau se donner quelques heures de consolation, et remercier Dieu de ce que son cœnr ne lui reproche rien, et de ce que sa conscience est bonne, parce qu’elle est tranquille, cette conséqtience est fautive. Quelque brillans que soient les argiimens dont on l'élaie, quelque évidente que paraisse cette proposition, quand un l'examine de près, et qu'on fait l’épreuve de l'axiome par fexpérience, combien d’erreurs et de fausses applications ne découvre-l-on pas? Le principe sur lequel on s'appuie s’écroule de tous côtés: il se renverse, tombe, et il est bien difBcile de trouver des exemples qui le relèvent et le confirment.

Un homme est vicieux, scs mœurs sont aussi débordées que ses principes sont erronés; coupable envers le monde entier, il vit couvert d’infamie, et se livrant scandaleusement à des crimes que la raison ne peut justifier. Il perd à jamais la complice de ses forfaits, lui vole sa dut la plus précieuse, charge sa tétedii poids accablant de la honte, et enveloppe une famille entière dans les lacs de l’infortune : vous croyez que cet homme est sans cesse bourrelé de remords ; vous dites : Les reproches de son amo ne lui laissent aucun repos ni la nuit ni le jour.

Hélas! sa conscience a autre chose à faire que de lui parler et de l’iiiterronipre. C’est le dieu Baal du prophète Élisée. Ce dieu dometlique, disait-il, rouie peul-ftre avec quelqu’un : il eil en voyage peut-être ; peut-être qu 'il dort, et ne veut pat qu'on l’éveille,

La conscience de cet homme est peut-être sortie pour le mener avec l'honneur se battre en duel ; elle estalice payer une dette du jeu, ou l'annualilé du salaire infème constitué par son incontinence. Ne déclamerait-elle pas par hasard chez lui contre quelque filouterie légère, n'cxercerait-elle pas sa vindicte sur quelques petites fautes contre lesquelles son rang et sa fortune auraient dô le prémunir? Cependant il vit aussi gaiment, il dort aussi profondément, il rencontre la mort avec autant, avec plusd'indifférencev que l'homme le plus irréprochable.

U n autre est sordide ctsans pitié : son cœur, res.serré parl'intérét, ne s’ouvre ni à l'amitié, ni à la félicité publique. Voyez comme il passe auprès de la veuve et de l’orphelin, et comme il considère les malheurs attachés à la vie humaine sans pousser un soupir! sa conscience ne s’élèvera-t-elle jamais contre lui? ne tourmentera-t-elle jamais son ap.ithie? non. Grèce è Dieu, dit-il, je n'ai rien à me reprocher. Je paie exactement mes dettes, personne n’est alarmé de mon liliertin.age, je n'ai fait ni vœu, ni promesse, je n'ai débauché ni la femme ni la fille de mon voisin. Je ne suis ni injuste, ni adultère, comme ce libertin qui passe devant moi.

Un troisième est subtil et rusé. Observez sa vie entière, c’est un tissu délié d'artifices obscurs, de subterfuges injustes pour frustrer indignement l'intention de toutes les lois; il élude leurs décisions, et se joue de nos propriétés: le voilà occupé à achever le piège où se prendront l'ignorance et la nécessité. Sa fortune s'élève insensiblement sur l’incxpérienre de la jeunesse on sur la bonne fui et riiuniiételé d'un ami qui lui aurait confié sa vie. La vieillesse s’approche, le repentir lui fait tourner les yeux sur ses projets infâmes, et le place vis-à-vis de sa conscience. Elle fixe les lois avec attention, et n'en trouve aucune lésée par ses actions. Elle ne voit aucune amende, aucune forfai-

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