‹ Œuvres completes de SterneChapitre 443 sur 507 · SERMON X · texte numérisé non relu

SERMON X

liire pnrcunic. Elle n’aperçuit uueun fléau i déployé se balançant sur sa télé, aucun cachot ouvert sons ses pas ; qu'y a-t-il donc pour l'effrayer, celte conscience? Elle s'est retranchée en sûreté derrière la lettre de la loi, elle s'y est fortiCée de rapports et d'analogies : couverte de ce rempart, elle est inaccessible à tous les reproches ; l'honneur tonne et foudroie , elle est inatta(|uable dans ce fort.

Celui-ci méprise les petites ressources; il passe par dessus les pratiques d'une basse chicane; il laisse les artiCces douteux, et les menées qui vont en secret à la réussite: voyez le scélérat tête nue ; comme il trompe, ment, se parjure, vole, assassine. Uh l'horreur ! Jamais cependant il n'exista un plus saint homme. Le prêtre qui a pris à forfait sa conscience lui a enseigné à courir d'un temple à l'autre, ù faire mille signes de croix, à murmurer des prières. C'en est assez pour le ciel... Quoi! s'il se parjure? Mais il fait nue réservation mentale. S'il vole, s'il tue, sa conscience ne recevra-t-elle pas mille blessures profondes ? Pourquoi? Il a porté aux pieds d'un prêtre, qu'il trompe, ce lourd fardeau : il s'en est relevé avec une absolution qu'il n'a pas méritée.

Superstition ! superstition ! qu'as-tu à me répondre? Non contente d'ouvrir des voies funestes à l'homme qui s'égare, tu ouvres encore la porte de l'erreur devant les pas du voyageur imprudent; tu lui parles conGdemment de paix avec lui-même, quand il ne peut en avoir aucune.

Ces exemples choisis dans l’état actuel des choses sont trop vrais pour être étayés de preuves. Siquelqu'un doute de leur réalité , s'il croit qu'il est impossible qu'un homme se trompe si long-temps, je le renvoie à ses réflexions, et dans un instant je viens plaider ma cause au tribunal de son coeur.

Qu'il examine le degré de haine auquel se sont élevées à ses yeux quelques mauvaises actions ; quoiqu'elles soient toutes également mauvaises , il trouvera bientûtque celles que son penchant et ses habitudes lui ont fait commettre, sont peintes et enluminées des couleurs les plus faussesque la flatterie puisse broyer, tandis que celles où il n'a jamais été

entraîné, lui paraissent salies des marques de la folie et du déshonneur.

Lorsque David surprit Saul dormant dans uue caverne, et qu'il lui coupa un pan de sa robe, son rieur, nous dit-on, lui murmura quelques reproches. Mais, lors de l'aventure d'Urie, ce fidèle serviteur, qu'il eût dû chérir cl honorer, devint la victime de son incontinence : sa conscience avait la plus grande raison de s' .alarmer ; eh bien ! elle ne lui dit rien. Une année entière s'écoula entre son crimeei le jouroùNalhan luifutenvoyé pour le lui reprocher. Il est écrit qu'il n'eu avait pas encore témoigné le moindre repentir.

Telle est la conscience. Ce moniteur fidèle constitué en nous pour être notre juge suprême, et doué d'équité par le créateur, par une malheureuse série de causes et d'obstacles prend une connaissance si imparfaite de ce qui s'y passe , il remplit son devoir avec tant de négligence, quelquefois avec tant de corruption, qu'il est impossible de s'en rapporter à lui seul. Il est nécessaire, absolument nécessaire de lui associer un autre principe pour aider, pour maîtriser même ses déterminations.

Voulez-vous former un jugement exact sur ce qu'il vous importe tant de bien connaître? Voulez-vous savoir à quel degré de mérite réel vous êtes honnête , bon citoyen , sujet fidèle, zélé chrétien ? appelez la religion et la morale au secours de votre conscience. Lisez ce qui est écrit dans la loi de Dieu ; consultez après cela en silence les obligations invariables de la justice et de la vérité.

Que la conscience détermine sur ce rapport ses motifs. Si votre cœur alors ne vous condamne pas, vous serez dans le cas supposé par saint Paul. La règle est infaillible; toute voü-e confiance sera en Dieu ; vous aurez de sûres raisons de croire que le jugement que vous aurez porté sur vous-même est celui de Dieu et l'anticipation de la sentence rigoureuse qui sera prononcée sur vous le jour que vous rendrez le compte final de vos actions.

Heureux l'homme, s'écrie l'auteur de l’Ecclésiaste , qui n'esl pas assailli par la multitude de tes péchés ! Heureux celui que ton cœur n'a pat condamné, cl qui n'est pas 'déchu de

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ton espoir en Dieu! Qu’il toit riche ou pauvre, l’ila une conscience irréprochable, il te réjouira tous les jours dans set œuvres, et ton esprit lui en dira davantage que sept sentinelles qui veulent au haut d’une tour.

Dans les matières les plus obscures et les plus douteuses, ce guide le conduira plus sûrement que mille casuistes. Il lui exposera le plan de sa vie bien plus exactement que toutes les analogies et les restrictions que les législateurs ont été forcés de multiplier. Je dis forcés, car on sait que les lois liumaines ne sont pas une affaire de choix primitif, mais de pure nécessité : elles furent établies pour défendre la société contre les effets dangereux de ces consciences qui ne se sont jamais donné aucun frein. Ces statuts sont faits avec tant de précautions, que , dans le cas oit le cri de l'ame n'aurait aucun pouvoir sur nous, il a fallu suppléer à sa force, et obliger les hommes au bien parla terreur des cachots et des gibets.

Avoir la crainte do Dieu devant les yeux , et gouverner nos actions dans la société par la règle éternelle du bien et du mal, tels sont les deux points principaux de la religion et de la morale : ces deux tables de la loi sont si étroitement enchaînées, qu'on no peut les séparer même dans la pensée, sans les briser et les détruire.

Combien de fois ne les sépare-t-on pas de la réalité? Rien n'est si commun que de voir un homme sans principes de religion, l'avouer, en faire gloire, et se croire mortellement offensé si on élevait le moindre soupçon sur son caractère moral , et si l'on pensait qu'il n'est pas consciencieusement juste et scrupuleux jusqu'au ridicule. Je veux le croire, parce qu'il est pénible de suspecter une vertu aussi aimable que rhonnèteté; cependant, en jetant un regard sur ses motifs, nous trouvons peu de raisons à lui en envier l'honneur.

Qu'il déclame pompeusement , sa probité n'aura d'autre fondement que son intérêt, sa vanité , son plaisir , et quelques petites passions dont la mobilité nous donnera de bien faibles espérances quand il s'agira de choses importantes.

Embellissons ceci par un exemple.

Je sais que le banquier qui trafique mon argent, et le médecin que j'appelle dans iin-s maladies, n'ont pas beaucoup de religion; j'ai entendu leurs railleries, ils ont traité devant moi ses mystères et ses pratiques avec tant de dédain qu'ils paraissent s'être mis audessus de tous les doutes. Eh bien ! je mets malgré cela ma fortune entre les mains du premier, et je confie ma vie à la science du second. Quelle est la raison de cette confiance? Je crois d'abord qu'il n'est pas possible qu'ils emploient à mon préjudice le pouvoir que je leur ai donné ; je considère que la probité est la base de leur profession, et que leur succès en dépend i je suis persuadé enfin qu'ils ne peuvent me faire du mal sans se compromettre.

Mais donnons un nouveau motif à leur intérêt; supposons que le premier pût, sans nuire à sa réputation, m'enlever ma fortune, et que le second pût jouir de mon bien par ma mort, sans avilir son art , quelles sûretés aurai-je contre eux? la religion, le plus puissant des motifs. Ce n'en est plus un : l'intérêt, plus puissant qu'elle, est contre moi. Que mettrai-je dans l'autre bassin pour contre-balancer cette tentation? Hélas! je n'ai rien, rien, ou ce qui est aussi léger que rien, l'honneur. Je suis ù la merci du principe le plus capricieux , et quelle sûreté pour deux biens aussi précieux que ma propriété et moimême!

Comme il ne peut exister de vertu morale sans la religion, on ne doit rien attendre de la religion sans lu morale. Un homme n'a p;is rempli scs devoirs envers Dieu, quand il néglige ceux qui l'attachent à ses semblables. Ceci est susceptible du la plus stricte démonstration.

Il n'est pas rare de voir un chrétien dont le caractère moral est bas et vil, avoir sur luimême des idées fort élevées, les entretenir avec soin , et se regarder comme très religieux. Il est avare, vindicatif, implacable ; il manque aux devoirs de la probité : écoutez cependant comme il déclame hautement contre l'impiété du siècle; voyez combien il est jaloux d'observer quelque prati(|ue pieuse; il va se prosterner deux fuis par jour au pied des autels, il fré<]uentc les sacremens, il s'a-

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muse enfin nvec la partie instnimentale de In relif^ion. Kli bien! trompant sa propre conscience, il croit avoir rempli tous ses devoirs. Il fait plus, dans la force de son aveuglement il regarde avec dédain, et plein d'un orgueil spirituel , ceux qui , affectant moins l'extérieor de la piété-, ont mille fois plus de droiture que lui.

C'est un des maux que le soleil éclaire, et il n'y a point de principe erroné qui ait engendré plus de malheurs.

En voulez-vous des preuves? lisez l'histoire des méprises du christianisme. Quelles scènes de cruautés, de meurtres, de rapines, de sang, n'ont pas été sanctifiées par la religion quand elle n'a pas été dirigée par la morale?

L'épée des croisés n'a-t-ellc pas porté la terreur et le ravage dans diverses contrées? Ces paladins religieux , conduits par lin vagabond, vont mililcr sous la bannière de la religion , oublient l’humanité et la justice , et n’épargnent ni l’égc, ni le sexe, ni le mérite, ni le rang. Brigands effrénés, ils ne montrent aucune vertu, et les foulent toutes sous leurs pieds; sourds aux cris de la douleur, ils ne témoignent aucune pitié.

Si le témoignage des siècles est insuffisant, considérez comment quelques dévots du siècle présent croient servir et honorer leur Dieu qu'ils outragent.

Voulez-vous en être convaincus? descendez un moment avec moi dans les cachots de l'inquisition. Voyez la religion tristement assise sur un tribunal d'ébène, s'appuyant sur des chevalets et des instrumens de mort, et tenant enchaînées à ses pieds la merci et

la justice.'Écoutez entendez ces lamen-

taWes gémissemens. Voyez le malheureux qui les a poussés; on vient de l'arracher aux fers pour faire sur son corps exténué l’épreuve des supplices qu’un système de la cruauté la plus raffinée put seul inventer. La victime est jetée aux bourreaux ; elle était déjà épuisée par les peines et les longueursd’une prison sévère. Observez le premier mouvement de cette horrible machine ; quelles convulsions elle opère ! les muscles s'étendent, les nerfs se brisent, les os craquent et se déboîtent ; voyez dans quelle

posture le malheureux est ensuite jeté : c’est tout ce que la nature peut endurer. Bon Dieu! comme il retient avec effort son amc fatiguée, errante sur ses lèvres tremblantes; elle veut abandonner le corps mutilé, on ne le permet pas encore. Il est replongé dans le cachot, et il n'en sortira désormais que pour aller au bûcher, et être insulté à son agonie. Qui lui prépare cette mort et ces insultes? Le principe affreux que la religion peut exister sans la morale.

La meilleure manière de reconnaître le mérite d’un système religieux est de voir les conséquences qu’il a produites, et de les comparer avec l'esprit du christianisme. Cette règle courte et sûre vaut un millier d'argumens, et elle nous a été donnée par notre Sauveur : Koui ta conmitrex aux fruiu qu'ils porteront.

On ne peut séparer la religion et la morale, anciens amis et fidèles alliés, sans les déshonorer et les perdre toutes les deux. Celui qui voudrait le tenter serait leur ennemi commun; ne comptez ni sur sa piété, ni sur ses mœurs.

Jè n’ajouterai à ce discours que deux ou trois maximes déduites de mon sujet.

1° Toutes les fois qu’un homme déclame contre la religion, ce n'est passa raison, mais ses passions qui dictent son langage. Une mauvaise vie et une bonne croyance sont deux voisins turbuicns et incommodes qu'il faut séparer pour obtenir la paix;

2* Quand un tel homme vous dit qu'une chose est contraire à sa conscience, c’est comme s'il vous disait qu’un mets est contraire à son estomac. Le manque d’appétit est généralement la cause d’un pareil aveu. Ne vous confiez, en un mot, en rien à celui qui n’a pas une bonne conscience en tout.

Ressouvenez-vous encore de cette distinction; mille s’y sont mépris. Votre conscience n'est pas une loi; c'est Dieu et la raison qui ont fait la loi, et ont placé en nous la conscience pour juger selon elle, non comme un cadi asiatique, entraîné parle flux et le reflux de ses pas.sions, mais comme un juge britannique, qui ne fait pas des lois nouvelles, mais prononce fidèlement sur celles qu’il trouve écrites. Ainsi sdit-il !

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