‹ Œuvres completes de SterneChapitre 61 sur 507 · CHAPITRE LXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXIII

Les plus grands caonplcs ne persuadent pas toujonrt.

Mon père , parvenu à ce haut point de science, s'y fortifia bientôt de plus en plus. Quelle lumière n’y répandirent pas les raerveilleuA elTets de l’opération césarienne! Combien de grands génies avaient brillé dans le monde , où ils n’étaient venus que par lé! • Vous le voyez , disait-il , rien n’est si clair ; le cerveau n’a point souffert par cette opération. La tète n’a pas été comprimée contre le pelais; le crâne n'a pas été poussé vers la medulia oblongata; il n’a pas été pressé par l’os pubis, ni par le coccix. Les heureuses suites en sont à découvert. Votre Jules César, qui a donné son nom à cette admirable opération ; votre Dermès-Trismégiste, qui entra pu monde de la même manière, avant que l’opération eût on nom ; votre Scipion l’Africain , votre Manlius Torquatus, notre Édouard VI, dont le règne eût fait le bonheur de l’Angleterre, s’il eût vécu... ces héros, ces hommes rares, et tant d'autres qui figurent dans les annales delà renommée,., hé bien! tous ces gens-là sont venus au monde par une incision que l’art a faite. ■>

Cette ouverture de {'abdomen roulait depuis plus de sii semaines dans la tête de mon père... Il avait lu, et à force de lire' et de réfléchir, il s’était convaincu qu'un coup de bistouri dans Vepigastrium n’était pas plus dangereux que les coups de lancette que l’art de la phlébotomie distribue avec tant de prodigalité... Plein de celle idée, il se persuada que ma mère, frappée de toutes ces raisons, ne demanderait pas mieux qu'on m’ouvrit un pareil passage... Juste ciel ! à peine eut-il prononcé le mot... La mort même n’est pas plus pâle.. . Ma mère en tressaillit jusque dans la pointe des cheveux... Mon père n’insista pas. Il sortit, et se contenta de déplorer son malheur.

Il faut l’avouer ; les héros que je viens de citer faisaient encore moins d’honneur au système de mon père que mon frère Robert. Il était né, et il avait été baptisé pendant un voyage que mon père avait fait à Epsom. C’était le premier enfant qu'eût ma mère... Avec cela, il était venu la tête la première... Jugez de son esprit ! Il en avait si peu , que mon père, après avoir essuyé le refus de ma mère, voulut au moins essayer si son fils puîné ne ferait pas une meilleure figure dans le monde, en l’y faisant arriver par les pieds.

Mais il ne pouvait pas raisonnablement attendre une pareille complaisance de la part de la vieille sage-femme, ni de toute autre... Livrées à la routine qu’elles ont apprise, elles ne veulent pas en sortir. C'est ce qui excitait mon père à prendre un accoucheur. Ces messieurs sont plus lestes, et franchissent plus aisément les idées communes.

Le docteur Slop, dans le grand nombre, lui parut mériter la préférence. Ses ciseaux, de nouvelle invention , étaient , à la vérité , son instrument favori; mais cela ne l'avait pourtant pas empêché, dans son traité, de dire quelque chose qui avait rapport à l’opinion de mon père ; et mon père jugea qu’il serait plus disposé qu’un autre à la suivre.

Il s’embarrassait peu que ce fût par des raisons purement obstétriques que le docteur Slop inclinât à faire venir l’enfant les pieds devant... Peut-être n’avait-il pas songé su grand bien que cette méthode devait faire à l’dme. Qu’importe?... il suffisait que les vues

THISTHAM SHA>DY.

de mon père se (routassent remplies; tan mieux si celles du docteur Slop étaient un ayaotage de plus.

CHAPIIHE LXIV.

* Eh bkn ! on alteodra.

KnCn mon père et le docteur Slop se joignirent ensemble contre mon oncle Tobie , dans la conversation qui s'ensuivit. Il est diflicite de concevoir comment un homme qui avait si peu de littérature , pouvait se défendre contre deux champions de cette force... Vous pouvei faire là-dessus, madame, telles conjectures qu’il vous plaira; et, tandis que votre imagination est en mouvement, vous pouvez aussi chercher à pénétrer par quelles causes la blessure que mon oncle Tobie reçut dans l’aine, lui donna un si grand fonds de modestie . Rien ne vous empêche aussi de vous former un système sur la perte fatale que j'ai faite de mon nez , en vertu du contrat de mariage de ma mère, ni de faire des réflexions sur le malheur que j'ai essuyé d'être nommé Tristram , malgré les idées de mon père, et contre le désir de toute la famille , et même de mon parrain et de ma marraine. Oui, madame, vous pouvez résoudre ces différens cas, et cinquante autres avec, si vous en avez le temps. Mais je vous préviens d’avance que vous ferez des efforts inutiles. Le sage Alquife lui-même, et la fameuse lirgande, y perdraient leur magie. Ce sont là des énigmes trop difficiles à développer. Il y faut mon secours... maisuttendez, s’il vous plait, que j'en aie le temps ; il viendra , et vous verrez alors une suite de choses que vous n’attendez sûrement pas.

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