CHAPITRE LXXIII
Hélai I il n’est plus temps.
C’élsit lé sa peine. Obadiah avait une passion exlrémepour la musique des insiruniens à vent. L’Iiarmonie des insiruraens musical» dont il était chargé, lui déplaisait en proportion. Il s'arrêta donc tout court, et chercha dans son imagination s’il ne trouverait pas quelque moyen qui pilt le faire jouir des agréinens de son instrument favori.
Il y a de certaines calamités dont on peut se tirer par le secours de petites cordes; alors rien n’est si prêt é entrer dans la tête d'un homme que le cordon de son chapeau. (>!tte pliilosnphie est si près de la siirfarel... Je dédaignerais peut-être moi de l’y faire glisser. Mais Obadiah était dans un cas mixte. Uni, monsieur, c’était lé sa situation. Elle était tou t à la fois obstétricale , papisticale , équistrica/e et musicale. Il est permisdans ces sortes de cas de se servir du premier expédient qui se présente. C’est ce qu’Obadiali fit sansbésitcr. Il défit le cordon de son chapeau , empoigna d’une main le sac et ses quilles, si l’on peut parler avec irrévérence des outils du docteur Slop, mit le bout du cordon entre scs dents, et lia le sac et les instrumens d’un bouté l’autre. Il lui fil faire tant de tours, il croisa tant de fois, il fit tant de nœuds, il les serra si fort, que quand le docteur Slop ciU eu quelques fractions de la patience de Job, il les aurait perdues en voulant seulement en défaire un seul. Je vous assure que ma mère aurait pu accoucher quatre fois avant que le sac vert eût été débarrassé de la moitié de ses entraves. Pauvre Tristram I comme le sort t’a ballotté I De combien de petits accidens il l’a rendu le jouet! Ab ! s’il ne s’était pas fait un plaisir de le regardercomme l’objet de ses amusemens , je parierais cinq contre un que les affaires seraient bien différentes! Du moins tu n’aurais pas été exposé aux humiliations qui l'ont accablé : ton nez aurait échappé aux revers sinistres qui l’ont mutilé. Ta fortune et les occasions qui se sont si souvent pré-
sentées de la faire, pendant le cours de la vie, ne t’auraient pas manqué comme elles ont fait. Elles n’auraient pas fui de loi avec mépris. Tu n’aurais pas été forcé loi-même de les abandonner. Tristram, 6 malheureux Tristram! voila ce que c’est que de n’avoir pas de nez. Mais où me laissai-je emporter? que fais-je? que dis-je? n’ai-je donc pas déjé décidé que je n’en parlerais point aux curieux , que je ne fusse dans ce monde? je ne veux point manquer de parole. Cet événement ne lardera peut-être pas é se réaliser.