CHAPITRE LXXIV
Ce qoi (Ixe nos idéei.
Les grands esprits se rencontrent. Lisez surtout nos auteurs contemporains , vous les trouverez presque toujours d’accord avec ceux qui les ont précédés. Mais ce n’est point de cela que je m’occupe. Obadiah était arrivé. Il avait déposé son sac vert et ses inslrumcns bien garrottes dedans. Il avait reçu la couronne que mon père lui avait promise; mon oncle Tobie lui avait aussi donné la sienne. Mais le docteur Slop n'avait pas encore daigné jeter les yeux sur ce qu’il avait apporté. L’idée ne lui en vint qu’au sujet de la dispute qu’il eut avec mon père, sur la préférence qu’il méritait, disaitil, qu’on lui donndt sur la vieille sage-femme. Alors la même pensée lui vint à l’esprit. Parbleu! dit-il en lui-ménie, il faut rendre gréces é Dieu de ce que madame Shandy nous donne du loisir. Il se pourrait faire qu’on la porté! sept fois sur le lit de misère avant qu'on eût seulement défait la moitié de ces nœuds. >
Cependant il faut distinguer. La pensée qu’eut ici le docteur Slop n’était point une de ces pensées fixes et déterminées qui viennent quelquefois tout à coup; la sienne flottait dans son esprit sans voiles, sans lest et sans gouvernail , comme une simple proposition. Il y en a ainsi des millions qui chaque jour nagent tranquillement an milieu du
tristram shardï.
fluide Ié0«r de l’entendement humain. Elles y restent dans l’inaction sans arancer, sans reculer, jusqu'à ce que le renl ou le tourbillon de quelque passion les fasse enGn dériver, et les pousse de quelque cAté.
Un bruit soudain qui se Dt entendre andessus de la salle , autour du lit de ma mère, rendit ce service à la pensée ou à la proposition du docteur Slop. • Par tous les diables ! s’écria-t-il , a moins que je ne me dépêche , ce que j’ai dit va sûrement arriver . »