CHAPITRE LXXV
Grand éTéaemonL
Mais ces nœuds I ... Ne croyez pas, je vous prie , que j’aie entendu vous parler, dans tout ce que je vous ai dit, de cette espèce de nœuds que l'on connaît sous le nom de nœuds coulans. Ce que j’ai à dire dos nœuds coulans dans le cours de ma vie et de mes opinions, viendra beaucoup plus à propos lorsque je parlerai de la catastrophe qui arriva à mon grand-oncle , M. Bainmon Sbandy , petit homme, Ger, haut, turbulent, têtu, d’une imagination vive , ardente , et qui se jeta à corps perdu dans les affaires du duc de Monmoulh. Mon opinion sur ces sortes de nœuds se développera dans mon chapitre sur les nœuds en général. Les nœuds dont j'ai voulu parler ici n’étaient ni de cette espèce , ni d'aucune autre qui fût facile à défaire. C'étaient des nœuds d'une espèce diabolique, et tels enfin qu’Obadiah les savait faire et qu'il les avait faits , c’est-à-dire , bona Jide. Il en avait fait un et même quelquefois deux à chaque rencontre des bouts du cordon , et les avait entrelacés les uns dans tes autres. Tous se tenaient. C’était pliitût un engrenage de nœuds que des nœuds séparés.
Avec de pareils nœuds , et tant d'autres obstacles qui se rencontrent sur le chemin de la vie, un homme pressé prend tout d'un coup aon parti. Il tire promptement son couteau de sa poche , et coupe tout net ce qui l’offusque. La conscience dicta un autre moyen au docteur Slop ; le cordon n’était pas à lui;
c’eût été faire du tort à quelqu'un ; d’ailleurs il était bon , c’eût été dommage de le couper. Il appliqua donc ses dents à ce travail. C’étaient là ses instrumens de prédilection; il en faisait le plus grand cas. Mais , malheureusement , il s’en servit si mal dans celte occasiun , il trouva une telle résistance dans les nœuds, qu’il n’en avait pas encore défait trois, qu’elles étaient toutes ébranlées. Diable! dil-il. Alors il essaya de faire faire cet ouvrage à ses doigts et à ses pouces, mais ses ongles en souffrirent encore bien plus vivement... Que la peste le crève I dit-il... Je u’en viendrai pas à l>out.
Cependant, le bruit redouble autour du lit de ma mère... > Je voudrais qu'il fût à tous les diables ! dit le docteur Slop. Je ne déferai jamais ces nœuds. ■> Ma mère jeta un cri perçant qui se fit entendre dans toute la maison. Jarni! dit le docteur Slop. l’rétez-moi votre couteau ; il faut bien enfin couper ces nœuds.
Morbleu! sambleul... Mais qu’avez-vous donc?... Ce que j’ai?... ne le voyez-vous pas? Et c’est à moi qu’il faut que cela arrive, à moi qui suis le seul accoucheur de tout le canton ! Je me suis coupé le pouce jusqu'à l’os. Me voilà bien à présent ! Cet accident va me ruiner. Je suis perdu. Je voudrais que le diable l’eût emporté avec scs nœuds. L’animal !
Mon père avait beaucoup d’auiitié pour Obadiah, et ne pouvait pas supporter aisément que le docteur Slop le traitât si mal. Cependant, si cet accident du docteur Slop eût été tout autre chose qu'une simple coupure au pxiuce , mon père lui aurait passé son emportement : sa prudence eût triomphé.
Mais faire tant de bruit pour si peu ! Mon père en fut choqué , et se détermina à s'en venger.