‹ Œuvres complètes de ThéophileChapitre 5 sur 62 · Marie-Félix des Ursins (Orsini), duchesse de Montmorency · texte numérisé non relu

Marie-Félix des Ursins (Orsini), duchesse de Montmorency

xxxvj Notice

Ils soutenoient alors une lutte acharnée. L'éditde Rouen, dû à rinÛuence du P. Cotton, les avoit rappelés^ et avoil en même temps réveillé toutes les haines. La mort de Henri IV avoit donné le signal du déchaînement , et , comme toujours , marchant à leur but sans se laisser intimider par les inimitiés , après un nouvel orage suscité par la mort de Concini , ils avoient obtenu à Paris l'exécution des lettres-patentes qui les autorisoient à l'enseignement. Les jésuites avoient des accommodements avec les mauvaises mœurs de la cour ; mais ils tenoient essentiellement à la dévotion , et Théophile en attaquoit la base. Cependant étoit-il un assez grand personnage pour que cette cause seule fil bander les ressorts de la grande et noire machine? Nous ne le pensons pas.

Quelle fut la cause réelle de cette persécution ? On disoit, Garasse l'avoue, qu'il y avoit un motif particulier * . Les pièces du temps, la tradition, confirment le fait. « Ce n'est pas le zèle de la religion qui t'a poussé à

i . Pour comprendre celte nécessité d'attribuer à la persécution de Théophile vu motif parliculiery il suffit de se rappeler non seulement l'existence de ces recueils obscènes antérieurs au Parnasse et dont il n'étoit que la suite et la reproduction, le titre àe poète athée donné dès 1619 a Théophile par le Mercure^ mais les vers de Maynard dans le Cabinet satyrique, signés de son nom. Le président Maynard demande à Phillis, dans un sonnet, si elle veut vivre tomjours

l'n pied dans le bordel, l'autre dans la tavern*,

îl l'invite à obtenir une place dans le ciel

Au dessus du placet de la mère Thérèse.

Avant i6a3, les jésuites ont gardé le silence, et Garasse, dans la Doctrine curieuse^ nomme en passant le Cabinet satyrique. Que ne pouvoit-il pas dire sur ce rapprochement d'une garse avec Sainte-Thérèse? 11 est vrai que la mention seule faite par Garasse dut inquiéter Racan , qui, lui aussi, figure flans le Cabinet: Contre un vieiilard jaloux, par le sieur de Racan.

11 y a chez les poètes de cette époque une tendance remarquable qui les porte à mêler le sacré et le profane dans la peinture de leurs amours.

SUR Théophile. xxxvij

« escrire contre moy », fait-on dire à l'ombre de Théophile apparue au Père Garasse (1626), « car on sçait « bien que la cabale des jésuites est politique , ny l'af- « fection de profiter au publiq en retranchant la liberté « des esprits de la cour, mais la prise que j'eus avec le a Père Coton et avec toy ; depuis ce temps-là on are- « cherché tous les moyens de m'engager dans les pièce ges que Ton m'avoit préparez; on n'a pas seuUement « espluché mes actions , mais aussi mes parolles , jusce ques mesmes à vouloir pénétrer dans mes pensées. Les K conférences que j'ay euez avec ceux qui ont des opi- «■ nions plus relevéez que le commun ont esté espiéez, « pour interpréter sinistrement une pointe d'un esprit « poétique que la muse emporte contre le dessein et con- « trela volonté deceluy qui laproduit;on m'asuscitéde a faux tesraoings pour me convaincre , jusques mesme a à rompre le sceau de confession, qui oblige estroitte- « ment au silence et à la discrétion ; on a troublé les « consciences foibles , par lettres monitoires et excom- « munications ; enfin on a creu (non sans impieté) que « tous les crimes estoient permis pourveu que l'on me « perdist, et le tout pour venger iinjure du Père oc Coton *. «

La pièce se trompe quant au nom : oui , il y eut une injure, mais elle s'adressa au Père Voisin, et vint compliquer le procès, le rendre encore plus dangereux pour Théophile ; elle ne le précéda pas.

Certain Père voudroit N'avoir point empesché ma fuite.

Et la réponse à Garasse : «Force gens de bien sçavent « avecques moy ce qui vous a picqué au jeu :

Manet alta mente repostum Detectura crimen et laesae injuria famae.

« Mais laissons cela, ceste vérité n'est pas encore bonue « à dire, »

1. n existe aussi une pièce intitulée : La rencontre de Théophile et du Père Coton en l'auîre monde , 1626, i5 pages.

xxxviij Notice

Le Père Cotton avoit quitté la cour en 1617; il revint prêcher à Paris , mais Théophile étoit alors en prison. La prise qu'il auroit eue avec lui étoil donc impossible. Quant à Garasse , il n'a jamais vu le basilic : Je n ai jamais vu TéophiU\ que je sache. 11 lavoit vu cependant, si nous en croyons une autre pièce du temps, et il ne s'étoit pas douté de la présence du basilic. «Tu « ne savois pas qui j'étois , fait-on dire à Théophile, <( lorsque tu m'as rencontré chez un libraire de la rue a Saint-Jacques. .. » ; et il semble que le jésuite ait été là surpris en quête d'accusations contre Théophile. Le P. Cotton, au moins suivant ses biographes, savoit reconnoître au moyen de l'odorat les gens impudiques. Voltaire, dont on a peut-être exagéré les inexactitudes, a recueilli une tradition conforme aux pièces du temps : « Théophile s'étant trouvé un jour avec deux jésuites, « et la conversation étant tombée sur quelques points a de la malheureuse philosophie de son temps , la dis- « pute s'aigrit. Les jésuites substituèrent les injures ce aux raisons. Théophile étoit poète et Gascon , genus « irritabile valum el Vasconum. Il fît une petite pièce (( devers où les jésuites n'étoient pas trop bien traités; ce en voici quatre qui coururent toute la France :

Qu'on avoit bandé les ressorts De la noire et forte machine Dont le souple et le vaste corps Estend ses bras jusqu'à la Chine.

(c Théophile même les rappelle dans une épître en vers « écrite de sa prison au roi Louis Xlll. >■• Puis Voltaire parle de Sajot , écolier de Voisin , qui passoit pour avoir servi à ses plaisirs infâmes. Voilà en effet le detcclum crimcn dont parle Théophile; mais il ne se produisit que lors de la confrontation des témoins. Théophile reconnut ce Sajot, qu'il n'avoit pas vu depuis quinze ans; il avoit une réputation honteuse, et le P. Voisin nourrissoit pour lui une affection toute particulière. Théophile révéla les secrets de sa vie , tellement que ce malheureux versa des larmes et avoua que le P. Voi-

SUR Théophile. xxxix

sin Tavoit induit à déposer*. Dès lors, Tiiéophile devoit être sacrifié à l'intérêt du corps ; il ne devoit pas être permis qu'un homme accusé de sodomie par les jésuites pût convaincre l'un d'eux de ce crime.

Les mœurs, les libres discours de Tiiéophile, n'auroientpas suffi pour le faire persécuter, si son bannissement n'avoit pas attiré l'attention sur lui; en ce sens, il avoit raison de dire que son malheur étoit d'être trop connu. L'injure du P. Voisin a mis le comble aux inimitiés. Sajot prétend avoir connu Théophile en 1622 ; ce dernier dit qu'il n'avoit pas vu Sajot depuis quinze ans pour le moins. De quel côté est la vérité? Quel est ce tort que le P. Voisin avoit entrepris de venger, quoiqu'il ne l'eût pas reçu? Etoit-ce Sajot qui l'avoit reçu? Avoit-il seulement rejailli sur le P. Voisin? La vérité ne peut être qu'entrevue.

Mais revenons à l'origine du procès, et faisons connoître l'acte d'accusation dressé par les jésuites, laDoctrine curieuse-.

Dès les premières pages, on voit que ce livre estdirigé contre Théophile. La préface contient une véritable sommation à l'adresse du poëte : qu'il fasse condamner les imprimeurs, brûler le Parnasse, la seconde partie de ses œuvres; qu'il se purge devant le Parlement , qu'il s'amende et fasse pénitence : il s'agit de la cause de Dieu. Garasse a eu raison d'appeler son livre rAnti- Théophile. La table placée en tête de l'ouvrage annonce huit livres consacrés à combattre ces maximes :

Livre I. Il y a fort peu de bons esprits au monde , et les sots , c'est-à-dire le commun des hommes , ne sont pas capables de nostre doctrine; et partant il n'en faut

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