‹ Œuvres complètes de ThéophileChapitre 6 sur 62 · Apologie de Théophile au roi · texte numérisé non relu

Apologie de Théophile au roi

2. La Doctrine curieuse des beaux esprits de ce temps, par Fr. Garasse, Paris, 1623, in-4; Apologie du P. Fr. Garassus, Paris, i6q4î in-12. Il y a aussi : youieau jugement de ce qui a esté dicl et escrit pour et contre le litre de la Doctrine curieusç, Paris, 1625, in-12.

xî Notice

pas parler librement, mais en secret, et parray les esprits confidans et cabalisles.

Livre II. Les beaux-esprits ne croyent point en Dieu que par bien- séance et par maxime d'estat.

Livre 111. Un bel-esprit est libre en sa créance, el ne se laisse pas aisément captiver à la créance commune de tout plein de petits fatras qui se proposent à la simple populace.

Livre IV. Toutes choses sont conduites et gouvernées par le destin , lequel est irrévocable , infaillible , immuable, nécessaire et cruel et inévitable à tous les hommes, quoy qu'ils peussent faire.

Livre V. 11 est vray que le livre qu'on appelle la T>ible , ou TEscriture Saincte, est un gentil livre el qui contient force bonnes choses; mais qu'il faille obliger un bon esprit à croire sous peine de damnation tout ce qui est dedans, jusques à la queue du chien de Tobie , il n'y a pas d'apparence.

Livre VI. Il n'y a point d'autre divinité ny puissance souveraine au monde que la nature, laquelle il faut contenter en toutes choses , sans rien refuser à noslre corps ou à nos sens de ce qu'ils désirent de nous en l'eiercice de leurs puissances et facultez naturelles.

Livre Vil. Posé le cas qu'il y ait un Dieu, comme il est bien -séant de l'advouer, pour n'estre en continuelles prises avec les superstitieux, il ne s'ensuit pas qu'il y ait des créatures qui soient purement intellectuelles et séparées de la matière. Tout ce qui est en nature est composé, et partant il n'y a ny anges ny diables au monde , et n'est pas asseuré que l'ame de l'homme soit immortelle, etc.

Livre Vlll. Il est vray que pour vivre heureux il faut esteindre et noyer tous les scrupules ; mais si ne faut-il pas paroistre impie et abandonné, de peur de formaliser les simples , ou se priver de l'abord des esprits superstitieux.

Après ces maximes générales , arrive l'histoire a d'un o mesohant coquiB nommé Théophile qui faillit à ruyner « la cour de l'empereur Michel, n'eustesté le patriarche

SUR Théophile. xlj

« Ignace, qui s'opposa à son athéisme ; d*un homme de « néant, nommé Théophile, qui ruyna la cour de Tem- G pereur Eudoiia , et causa plusieurs maux à sainct « Jean Chrysostome. » L'allusion est bien claire. Ce dernier Théophile fut bakîcy dk la cocr pour un temps. « Pour nous faire sages aux despens de nos « ancestres , qui ont esté trop simples , il ne faut que « rompre cette ligue pernicieuse des beaux-esprits « prétendus qui mettent la beauté de leur esprit à « roder par les tavernes et voltiger autour des verres X et des pots, comme les mouscherons de vendange au- « tour des cuves , à avancer quelque extravagance en « compagnie des jeunes gens , ou parmy des dames qui « sont capables d'avaler le venin de l'impiété, et n'ont « pas assez de forces ny de cognoissance pour se des- (c abuser... »

Il y a les libertins ^ les « yvrongnes, mouscherons G de tavernes, esprits insensibles à la pieté , qui n'ont u autre dieu que leur ventre , qui sont enroolez en «cette maudite confrérie qui s'appelle la confrérie des « Bouteilles , apprentifs de l'athéisme », et les « impies , u ceux qui commettent des brutalitez abominables , ce qui publient par sonnets leurs exécrables forfaicts , « qui font de Paris une Gomorrhe, qui font imprimer ce le Parnasse satyrique, qui ont cet advantage malce heureux qu'ils sont si desnaturez en leur façon de a vivre, qu'on n'oseroit les réfuter de poinct en poinct, u de peur d'enseigner leurs vices et faire rougir la ce blancheur du papier. »

L'intention du Révérend étoit bonne , mais le papier de son livre a dû bien rougir.

oc Après le meschant et mal-heureux Lucilio , qui est (c comme le cramoisy de la gloire, je n'en sçache pas ce un plus impertinent que le banny de cour , soy-disant ce amy de Dieu*, qui est si idolâtre de ses perfections ce prétendues qu'il ne s'en peut taire, et, voyant que

1. Ami de Dieu, c'est la traduction du grec eeocjJas, d'où Théophile. •. «,. vi '

xlij Notice

« personne ne le loue , il entreprend de le faire liry- « raesme : car, escrivant au prince d'Orange , il luy fait « cette faveur de luy présenter sa plume , comrae les « villageois de Grèce firent l'honneur à Alexandre de X luy présenter ledroictde bourgeoisie en leur village ; « et en fin, après beaucoup de cajolleries, il adjouste, oc parlant de soy :

Prince, je dis, sans me louer, Que le ciel m'a voulu douer D'un esprit que la France estime , Et qui ne fait point mal sonner Une louange légitime Quand il trouve à qui la donner.

ce Et notés, lecteur, qu'il dit cela sans se louer , car il « ne le voudroit pas faire pour rien du monde, tant a il est esloigné du vice de l'araour-propre de soy- (x mesme.

a En somme, la sotte gloire de nos jeunes veaux « paroist parfaictement en leur Parnasse satyrique , ce aussi bien que leur impudicité brutale: car, après que a l'imprimeur a faict une porte de jaspe à un estable c( d'Augias, après qu'il a faict un merveilleux avantce propos , recherché en parolles cajolleuses, disant que a c'est le recueil des plus belles pièces, des meilleures « rencontres, des plus excellentes poésies, des plus « sublimes esprits, des merveilles de nostre aage ; enfin, ce pour vérifier son dire, il produit immédiatement un « exemple incomparable , qui sert de bouchon à ses M grandes et merveilleuses levées de bouclier. C'est un tt sizain d'un je ne sçay qui, lequel dit en somme :

Vous autres que la muse pique

Dans ce cabinet satyrique ,

Ouvrage des plus beaux esprits ,

Cessez vos plaintes ordinaires :

Il vaut mieux d'eux estre repris

Que loué des esprits vulgaires. (Colletet.)

a Je demande au lecteur non passionné si ce brave a seigneur n'est pas un généreux et hardy champion a pour colleter la barbarie de ce siècle, suivant Tety-

SUR Théophile. xliij

« mologie de son nom, veu qu'ils s'en plaignent si sou- « vent dans ce théâtre d'impudicité , et nommément « dans cet autre sizain, qui est faictpour servir de pence nache au commencement de la Quintessence satyricc que, par un jeune veau qui dit :

En ce siècle du tout barbare , . Où chacun veut paroistre avare , La vertu n'a pas un denier, Et la Muse , autrefois si vive , Paroist maintenant si chetive Qu'elle loge dans un grenier.

« Le bon Dieu, père des bons esprits, soit à nostre a ayde! car je dis que ces beaux-esprits prétendus, qui « de leur grenier font un Parnasse , peuvent bien faire « de leur cave une fontaine d'Helicon. w

Plusieurs sections se terminent par une espèce de complainte contre Théophile, Celle-ci est curieuse et donne une idée des sermons du temps : « 11 est vray « qu'un atheiste , s'il est question de faire un discours a de l'immortalité de l'ame, le fera en bons termes ; un « sonnet bien conclu, une ode bien tournée, une satyre « cuisante , un balet ingénieux , il fera fort bien tout ce cela, et traduira fort bien des epistres de S. Au-u gustin en vers françois , ce que je dis par allégorie, a S'il est question de dissimuler sa folie , un atheiste ce s'en ira confesser deux fois aux festes de Noël , fera ce des conversions feintes à trois et quatre divers doc- « teurs , cajollera si bien les seigneurs de la cour et ce les personnes d'authorité , qu'ils prendront sa dece fense et en parleront en bonne bouche , pour le rcce tenir à la cour: Que c'est un galand homme , un bon u esprit , une personne de bon entretien ! Il a bien, à la cf vérité , quelques rencontres en bouche dont il se t( pourroit bien passer, mais ce ne sont que gaillarce dises; il dit cela pour rire, car il se confesse sou- « vent. Je lay veu communier, j'ay assisté à sa couverte sion; il entend souvent les sermons, il fréquente chés ee les religieux. Ouy, mais c'est comme faisoit ce maudit

xHv Notice

B Théophile de Constantinople avec les moynes et les « saincls personnages pour couvrir son impiété.

« Heias ! jeunes seigneurs , qui avez lame bonne, « qui vous fiez de ces malheureux , qui les prenez en a affection , qui les appointez et leur donnez des pence sions très mal employées, ils vous damneront si vous ce n'y prenez garde ; ils vous acquerront une très maucc vaise réputation; ils rempliront vos maisons d'orducc res et d'impietez , et vous feront cognoistre , mais je ce crains que ce ne soit trop tard, que vous avez grand ce tort de vous fier à des hypocondriaques qui sçavent ce desguiser leur folie pour vous attendre au pas et vous ce faire un très mauvais office. »

Voilà comment ou diffamoit au commencement du dix-septième siècle!

Le Révérend, pour donner à Théophile un avantgoût du biicher, raconte tout au long l'histoire mémorable de Jean Fontanier, jeune folastre, d'esprit fort vagabondy brûlé en la place de Grève l'an 1621. Il paroît cependant que la crainte du feu n'est pas efficace , car Garasse , après avoir raconté l'histoire d'Algabassi , roi de Caliphe, qui faisoit marquer par deux domestiques ses vestiges sur la terre avec certains caractères, afin que personne de toute l'année ne mît les pieds dessus, adresse ce reproche aux jeunes veaux : ce 11 y en a qui sont a de cette humeur, qui se rendent idolastres de toutes ce leurs inventions, paroles et pensées, jusques aux ce songes, lesquels ils feroient imprimer s'ils pouvoient, ce comme feu maistre Estienne Pasquier, qui par extrace vagance et bavardise descend jusques aux couleurs ce de sa chaize persée, et abbreve la postérité de l'occ deur de ses clysteres et lavemens.

« Telle est l'humeur de nos jeunes esprits curieux, « les quels ayant faict une rencontre qui leur semble a ingénieuse , il faut aussi-tost que toute la cour le sçaoc che , que les presses gémissent pour nous donner une ce ode à trois couplets , laquelle par après dans les ta- « vernes servira de vers intercalaire à toutes les rondes « vineuses et vendangeres qui se feront, comme il

SUR Théophile. xlv

e esch«ut nommément au jour des Innocens passé entre 1 douze confrères de la caballe , qui chantoient à tour « de rolle le plus impudique couplet qui soit dans le 9. Parnasse satyrique. Et puis on me dira qu'estant en « chaire je parle par cœur, et que je ne despens gueres « en espions î Je n'en sçay que trop : pleust à Dieu n'en « sceussé-je que la centiesme partie , et ne fusse-jé 0 point si sçavant ! »

Il est aux aguets , car plus loin il s'écrie : « Je viens « d'apprendre tout présentement que le chef de la bande a atheiste avoit ces jours passez , en pleine assemblée, « proféré une maxime bien blasphématoire , qui coula K doucement dans les veines de ses admirateurs, comme « estant fort favorable à la sensualité; car, disoit-il, si a Jesus-Christestoit Dieu, pourquoy ne nous enseignoit- « il un autre chemin que celuy de la souffrance? N'ait voit-il rien plus à nous dire, sinon qu'en bestes et « pécores il faut plier les espaules soubs les coups , et K enfler pour recevoir les soufflets quand il plaira à nos « ennemis prendre leur plaisir aux despens de nostre « sottise? N'y avoit-il pas un plus honorable chemin « pour parvenir à la félicité que celuy de la patience « d'asne, sçavoir celuy de la gloire et du plaisir, qui a n'auroit ny tant de travail, ny tant de reproches , et a qui eust esté fréquenté de tous les bons esprits et ge- « nereux courages, au lieu que celuy de la souffrance « n'est suivy que par quelques misérables pieds desff chaux qui prennent plaisir à s'entretenir coquinement « avec leur humeur hypocondriaque? Or, jeveux mons- K trer à ce tavernier qu'il est un vray cheval , quoy « qu'il s'imagine estre le roy des bons esprits , d'autant V qu'il sçait rimailler quelques satyres impudiques. »

Le malheur vint bientôt, mieux que Garasse, montrer au poëte la nécessité de la résignation chrétienne. Ainsi il étoit espionné par les jésuites. Ce qu'il dit à ce sujet dans ses apologies est vrai ; le livre de son principal accusateur le prouve , comme les pièces de son procès, conservées aux archives, confirment le récit qu'il a adi'essé au roi. Le P. Garasse étoit prophète :

xlvj Notice

«... Le souffrir est réservé pour les âmes généreuses... « Mais quant aux esprits de tavernier , qui n'ont jamais tt rien enduré que la famine leur corps défendant et en « despit de leurs dens, in congerie mortuorum vigilacc hunt, dulces erunt glareis Cocyli; ils n'auront pas « tousjours des seigneurs prodigues qui les feront disvc ner à deux pistolles pour teste S et, au lieu de la « Pomme de Pin, ils trouveront un jour des poires « d'angoisse plus qu'ils n'en pourront digérer. »

En attendant, u quand un jeune veau de la bande a des beaux-esprits prétendus va visiter un religieux, « sil le prend sur l'heure du disner, oyanl la cloche « qui appelle la communauté , luy dira aussi-tost par ce une risée cabarestique : Voicy l'heure en laquelle il « faut avoir faim ; api es cela, il faut que vous n'ayez (c plus d'appétit, comme s'il disoit que c'est une honte ce de régler et attacher ses appétits à telle heure et au (c son de cette cloche , et que c'est une badinerie qu'il a faille avoir des heures certaines pour disner et pour ce soupper: car, au lieu de régler les heures par nostre ce appétit, nous captivons nostre appétit aux heures; et ce c'est cela que nos jeunes épicuriens ne peuvent gousce terny comprendre.

ce Quand les jeunes desbauchez de la ville de Rome a avoient contracté par leurs excez quelques maladies ce honteuses , ils n'en faisoient pas trophée et n'en comce posoient pas des sonnets et des odes pour les publier ce à tout le monde , comme Théophile a fait de sa sueur ce infâme et puante au commencement du Parnasse ic satyrique, posant une partie de sa gloire à ce que ce tout le monde sçache qu'il est un vilain poacre. »

Le Père compare ensuite les beaux-esprits prétendus aux sauvages de la Virginie et du Canada, qui coupent l'arbre au pied pour avoir le fruit et vivent comme bétes : a Voylà le train que nos nouveaux épicuriens u voudroient introduire dans Paris, et, s'il ne tenoitqu'à ce eux, nous aurions en France tout ce qui est en la

■ 1. Une pistole le matin et deux pistoles le soir.

SUR Théophile. xlvij

ft Virginie , horsrais le nom. » Puis ils deviennent semblables au griffon, animal énorme et hideux, demicheval et demi-oiseau, ou plutôt, suivant Palaephatus , demi- âne et demi-oiseau : a Je me sers de cette opinion « pour cette heure, et dis que nos taverniers sontasnes « d'un costé et dragons de l'autre; du costé de l'esprit, « ils sont asnes parfaicts, et du costé de leur extraction t( pauvres serpens , qui se sont traisnés depuis Clairac « jusques dans Paris , et maintenant font des dragons, a tranchent des nobles, vont vestus de soye comme « seigneurs et accompagnés comme des princes malce aisez.

« Le griffon, qui est sorty d'un asne et d'un serpent, « mescognoist ses ancestres, et nos épicuriens, qui « sont des amphibies de la taverne et de l'hostel de « Bourgongne , vivant partie en l'un et partie en l'au- «' tre, mescognoissent tellement leurs ancestres qu'on « ne leur sçauroit faire plus griefve injure que de leur « faire souvenir de leur village, leur parler de Clairac « ou de Discaye , et du bouchon de leur maison ou du « fumier de leur porte.

« Quand le griffon ne trouve dequoy manger , il se « force à jeusner tant qu'il peut , et nos atheistes sont « contraints de faire le mesme, et d'apprivoiser leur « ventre à la famine quand ils sont ou bannis de cour , « ou la cour hors de Paris: car c'est lors qu'ils font leur u karesme, et qu'ils vivottent en chambre garnie , pes- « chant le mieux qu'ils peuvent dans les thresors de a l'Espargne.

« Quand le griffon tombe sur de la viande , il mange « jusques à crever, et nos épicuriens tout de mesme: « tesmoings les cabarets d'honneur, quand ils peuvent « trouver place à la suitte de quelque jeune seigneur ce prodigue , qui les traicte à deux pistoles pour teste , « car lors ils ne se faignent point; ils mangent comme « s'ils estoient gagés pour ne faire.

a Le griffon, estant soûl, se relire dans quelque cacc verne pour dormir autant de jours qu'il a mangé de «livres de chair, et nos épicuriens, quand ils sont

xlviij Notice

« pleins jusques à la gorge , se retirent dans des lieux a infâmes pour vomir , pour dormur » pour vaquer à a leurs impudicités , en quoy ils font beaucoup pis que a le griffon...

a Le second animal recommandé pour sa gourmandise « et pour la ressemblance qu'il a avec nos épicuriens, a c'est le crocodile...

« On dit en proverbe, parmi les Grecs, que le croco- « dile et le dragon viennent dragon et crocodile pour a avoir mangé force petits serpens. Un serpent a beau « estre serpent , il ne viendra jamais ny crocodile ny « dragon s'il ne mange force petits serpens ; et le grand « dragon, chef de la bande épicurienne, qui estoit pau- « vre serpent il n'y a pas une douzaine d'années, pauvre « scholaris à Saumur , vivotant et se traisnant sur son « ventre , comme une chetive vipère , a si bien faict et « s'est si bien engressé de plusieurs petits serpenteaux « qu'il est venu le grand dragon et le gros crocodile « escumeur sur les eaux et bandolier sur la terre ; il a « gasté tant de jeunes hommes , il a perverty tant de « pauvres esprits foibles , il s'est engressé si bien dans a les tavernes à la suite des seigneurs , il a si bien es- « cumé les marmites des grands de la cour, qu'il fait « aujourd'huy du crocodile et du dragon dans Paris, w

La section la plus curieuse est peut-être celle des Gourmandises et yvrogneries particulières des beauxesprits prétendus , et nommément de la confrérie des bouteilles. Le Destin est confiné dans un cabaret, comme dans l'épigramme de Polladas , au premier livre de TAnthologie : Dieu jadis, tu avois des temples; tu gardes maintenant la taverne. « Je ne parle point des procc fusions incroyables qui se font dans les cabarets d'honte neur, ny des collations à la moderne , où les perdrix a sont entassées à douzaines. Pourveu que les viandes a y soient froides, cela se qualifie du nom de collation. « Puisque les dames s'en meslent, je ne sçay qu'en rt dire. Si Athénée revenoit, il se trouveroit en belle « peine , et Alexis en feroit peut-estre une comédie qui a s'appelleroit : rûvKtxoyaffTfovd/Jiia (la Gourmandise des

SUR Théophile. xlit

« des dames), comme jadis il en fit une qui s'appelloit « Gerontogastronomie , c'est-à-dire, la Gourmandise « des vieillards. Je veux dire seulement un mot de la « vénérable confrérie des Bouteilles , qui est, à la vête rite, d'institution moderne; mais on peut dire qu'elle « est desjà plus populeuse que les meilleures et plus a saincles confréries de dévotion qui soient dans les « églises , attendant qu'elle devienne la confrérie des « Cruches. »

« Il est vray que, pour cette confrérie des Bouteilles, « je n'en sçay ny les loix , ny les fondateurs, dv les of- « ficiers , d'autant qu'il n'est permis de souffler à la a bouteille qu'à ceux qui se sont enrôliez en la fratera nité et qui ont juré le secret qui se pourra garder a entre des yvrongnes ; seulement sçay-je que c'est une « assemblée de vilains, subalterne et dependente des « beaux-esprits prétendus qui font en cette confrérie « comme leur apprentissage d'athéisme. Le lieu de leur « rendez-vous a esté deux ou trois fois dans cette petite a chapelle qui est en l'isle du Pont-de-Bois, en laquelle « ils ont commis des profanations et sacrilèges horri- « blés , quelques défenses et excommunications qu'on « ait peu jetter contre eux.

« Il n'y a pas encore un mois * que l'un des princi- « paux gourmands de cette profane confrérie , estant « yvre comme une pie et soûl jusques au sifflet, après « raille vilainies qui feroient honte aux cannibales, des- « gaisnant son espée pour se ruer sur les bouteilles, « comme jadis Ajax sur les pourceaux , les prenant « pour une trouppe d'ennemis , le Destin ou la Provi- « dence divine porta qu'un esclat de verre luy entrant « dans la main , il mourut dans trois ou quatre jours « avec des frénésies et blasphèmes incroyables , sans « que jamais on peust remédier au salut ny de son « corps, ny de son ame. »

1 . L'approbation des docteurs est du 8 mars iGiô , et le révérend , dans sa préface, dit qu'il achevoit l'ouvrage pendant l'impression de ce qui étoit terminé. Elle fut achevée ie i8 août. I 4*

1 Notice

Les beaux-esprits sont ensuite comparés aux parasites : « En somme, ils ne sont pas mal nommez aujourd'huy « les Piqueurs d'escabelle... Ils menacent d'escrire, de a noircir, de flestrir, de dissiper la réputation des perce sonnes d'honneur, et n'y a pas un moys qu'un je ne « sçay qui, lequel se dit le chef de la bande épicurienne, « parlant à un brave jeune seigneur de la cour, duquel « ou par lequel il pensoit avoir receu quelque desplai- « sir, fut si impudent que de luy dire: Monsieur, j'ay a. une plume; et on luy pouvoit repartir : Beau sire , « nous avons des basions et des estrivieres...

ce... Or, si je voulois faire peindre nos escorniffleurs a et s'ils envaloient la peine, je ferois représenter Tun « d'entre eux avec la bouteille d'un costé et l'escritoire « de l'autre, composant un sonnet sodoraile, tel qu'il « est au commencement du Parnasse satyrique , avec « ce mot au dessus : Par le sieur Théophile; l'autre, je « le ferois peindre tout pourry et boutonné , puisqu'il « veut que la postérité sçache qu'il a sué fort authenti- « quement, comme il se void, en la page xliii du mes- « me livre , par sa propre déposition , qui dit en ter- « me exprès :

Les chancres m'ont laissé sécher Tant de cales dessus la chair Qu'elle ne peut devenir mole ;

« et le reste, que j'ay horreur de dire par pure honle. «... Despuis trois ou quatre mois est sorly au jour

« un livre en deux parties, soubs le nom de Parnasse

a satyrique et de Quintessence satyrique, le plus horrible

« que les siècles les plus payens et les plus desbordez

« enfantèrent jamais. Les principaux autheurs qui s'y

n nomment sont : Théophile, Frenide et Colletet. Pour

« moy, je pense avec raison pouvoir deffier les diables

« de luxure, de fornication, de sodomie et de brutalité,

(i de faire pis qu'ont faict ces trois goziers de Cerbère,

« quand ils ramen- roient dans le christianisme toutes

u les Florides et Priapées de l'antiquité et toutes les

« vilenies des Carpocratiem

SUR Théophile. ij

« lupins, toutes les bestialités des Condormans , toutes « les peintures de TArelin , tous les maquerelages de « Beze et toutes les brutalitez de Gomorihe.

« ... 11 n'y a pas un mois qu'un des principaux dog- « matisans de celte malheureuse secte s'en vint voir K un de nos Pères de Sainct-Louys, à la mesiue façon « que le maudit Théophile visitoit quelquefois sainct « Jean Chrysostome et le supérieur des leligieux qui « s'appelloient Fratres LotkjL Cette visite ne fut que « pour descharger son venin et tascher, s'il pouvoit, de ce donner de très meschantes impressions à celuy qui « luy avoit autresfois inspiré le laict de la pieté en ses « jeunes ans. Entre autres peruilieuses maximes qu'il ce avancea , non pas en qualité de croyant , mais comme c< doutant de l'affaire, de peur d'estre estimé impie, ce « fut que, pour luy, il avoit peine à se résoudre sur n ce qu'on raconte des diables et de leur difformité supcc posée, et que, pour luy, l'un des plus grands désirs (c dont il se sentoit touché , ce seroit de voir un diacc t»le... » Là -dessus le révérend lui prouve , comme le charlatan de Saint-Gelais , qu'il a souvent ce plaisir :

Et c'est , dit-il , le diable , oyez-vous bien ? D'ouvrir sa bourse et ne voir rien dedans.

Tesmoing ce qu'en dit ce poète de cour :

Mais puisque le destin a trahy mon esprit, Et que ioing du Pérou la fortune me prit, etc.

Le parallèle entre Job et Théophile , au sujet de ces vers du poète :

Job , qui fut tant lionmie de bien ,

Accusa le ciel d'injusiice

Pour un moindre mal que le uiien,

mérite d'être cité.

ce II est vray qu'en ce coupplet je voy quelques ce rapports bien considérables entre Job et Théophile. a 1" Job estoit en son piteux estât la figure d'une âme ce damnée, et pour cela il disoit à Dieu : Mirabiliter <e crucias me , et Théophile prend le chemin de passer

lij Notice

« de la figure jusques à la vérité si Dieu ne l'en relire « par sa miséricorde. 2° Job estoit sur son fumier, et « Tiieophile sur le sien quand il faisoit ses pitoyables « élégies, et le plus grand tourment qu'il eust, c'estoit « de ce qu'il se voyoit puny de la peine des escora uiftleurs : afflictus domicœnio. 3^ Job avoit tout son « corps en crousle , et Théophile dépose dans le Par- « nasse satyiique, en la page xmi, que sa peau est si « pleine de cales qu'elle ne se peut r'amolir, et que « son corps est plein de chancres. Il est vray qu'il y a « bien de la différence au sujet de leur rongne , car Job a fut affligé en son corps pour faire monstre de son « courage et donner exemple de patience, et Théophile <c se vante que ses chancres et apostumes puans luy « viennent par excezde ses deshauches , car il le dit en « termes exprès au premier sonnet du Parnasse saty- « rique. 4" Job estoit environné de meschans hommes, « supposts de Sathan, qui taschoient de luy tirer des « blasphesmes de la bouche, et Théophile est envi- « ronné de certains atheistes, quasi aussi meschans « que luy, qui apprennent de luy à proférer d'horribles « impietez. 5" 11 est vray que Job n'offensa jamais Dieu « par ses parolles , et Théophile ment impudemment «lorsqu'il dit que Job accusa le ciel d'injustice, au « lieu que luy ne cesse de vomir des impietez et blas- « phemes contre le ciel, la terre, les destins et la « nature, comme il se void en sa satyre très abomi- (c nable qu'il a imprimée touchant son mal de Naples , « en la page xliu du Parnasse, et des œuvres partice culières en la page cciii, lorsqu'il dit, si j'ose rap- « porter ses parolles deshonnestes :

Mon ame .•,•.•.•.•. les destins^ , Je fay tous les jours des festins.

On nie va tapisser ma chambre.

Tous mes jours sont des mardy-gras , Et je ne boy point d'hippocras S'il n'est faict avecqucs de l'ambre.

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