PHILOSOPHIQUES ET LITTÉRAIRES SUR LE POÈME
DE
JLj AUTEUR tlu léger ouvrage que l'on présente au public, n'est ni théologien ni critique; c'est un homme de lettres qui expose son jugement sur un ouvrage de littérature , sans flatterie , ainsi que sans aigreur ; c'est un chrétien qui défend sa religion avec zèle, mais sans fanatisme. En combattant .un grand génie, il rend hommage à ses talents: il plaint ses erreurs, et respecte sa personne; son cœur n'est empoisonné ni par l'envie, ni par l'affreux sentiment de la haine. Ami des beaux-arts , tous ceux qui les cultivent lui sont chers; il les préfère à tous les autres hommes, et la vérité seule à eux. Il est persuadé qu'un esprit nourri par les lettres, ne doit jamais se laisser infecter par ces sentiments indignes qui flétrissent les âmes rampantes du vulgaire : il a en horreur ces insectes de la littérature, dont on n'aperçoit la misérable existence que par leur piqxire empoisonnée; qui affichent sans cesse , dans des ouvrages aussi méprisables qu'eux-mêmes, la noirceur de leur esprit et la bassesse de leur cœur. Il n'a jamais vu qu'avec les sentiments de 1 indignation , ces libelles satiriques, archives du mensonge et du mauvais goût , que la malignité humaine lit avec fureur dans le premier
instant, et que le mépris condamne à un oubli éternel dans le second. 11 déteste surtout ce facile et malheureux talent de présenter sous les traits du ridicule les choses qui portent l'empreinte du génie; talent déplorable qui avilit celui qui s'en sert, et qui assassine (si j'ose parler ainsi) celui contre lequel on en fait usage. Il est donc bien éloigné d'imiter ceux qu'il condamne à si juste titre ; il ose se flatter de ne pas leur ressembler davantage parla manière d'écrire, que par la façon de penser. Forcé dans plusieurs occasions de combattre le célèbre auteur du poème de /fl Loi Naturelle , il a tâché , autant qu'il a pu , de ne jamais sortir des bornes de la modération que la bienséance et l'humanité prescrivent à tout être pensant. Si par hasard il était échappé à sa plume quelques termes un peu trop forts et qui pussent blesser M. de V** , il les désavoue par avance. Son cœur n'est point fait pour haïr; il se regarderait comme malheureux, si, par sa faute, il excitait la haine de quelqu'un. Pénétré d'un profond respect pour les talents de ce grand homme , il lui rend la justice de croire que le poème de la Loi Naturelle n'était point destiné à voir le jour dans l'état où il a d'abord été imprimé. C'était un fiuit encore naissant, et qui, ni pour le coloris ni pour le goiit , n'avait pas encore atteint son point de maturité. C'est en effet ce que M. de V** nous apprend lui-même par la préface qu'il a mise au-devant de ce poème, dans la nouvelle édition de Genève : il y a même fait des corrections qui , pour la partie littéraire, rendent cet ouvrage beaucoup plus
parfait qu'il n'avait paru d'abord. Ainsi l'on est oblig(' d'avertir que plusieurs fautes qu'on avait reprises dans ce poème, ne se trouvent plus dans la dernière édition. Rien ne flatte davantage l'auteur des Réflexions, que de voir son goût justifié par celui de M. de V** lui-même.
De même qu'on s est attaché dans ces Réflexions à éviter l'esprit de haine, de satire et de calomnie, qui ne convient qu aux brigands de la littérature , on croit aussi que Ion ne fera point un reproche à l'auteur d'avoir exposé son sentiment avec une noble liberté, et d'avoir repris tout ce qui lui a paru répréhensible. L'empire littéraire est un Etat libre dont tous les citoyens sont égaux. Ce peuple fier et indépendant ne reconnaît les lois d'aucun despote qui ait le droit de commander à ses pensées, et de lui arracher des hommages; et, y eût-il un trône élevé parmi les gens de lettres , serait-ce à eux à être courtisans , c'est-à-dire à mettre les flatteries à la place de la vérité? Dans la république romaine, le dernier des citoyens était en droit d accuser César dès que César était coupable.
En composant cet ouvrage, on n'a point cherche le triste et vain plaisir de critiquer. Ce plaisir funeste, si c'en est un, est presque toujours empoisonné par trop d'amertume. Quelque dangereuses que les fautes d'un homme célèbre puissent être pour le bon goi\t et la littérature, on ne se seiait point hasardé de les relever si c'eut été là l'unique but de cet ouvrage. Eh ! qu'importe , après tout , sur le tliéà-
tre du monde , qu'un auteur soit un peu plus ou un peu moins parfait? Ces sciences, cette littérature; ce bon goût, toujours si vanté et toujours si peu connu; tous ces ouvrages passagers , aliments frivoles de nos esprits inquiets , touchent-ils à des intérêts si sacrés , qu il faille , pour eux , sacrifier un seul instant de la douce tranquillité dont on jouit dans la retraite ? Valent-ils la peine qu'un philosophe inconnu et tranquille s'expose à des haines cruelles que souvent une parole fait naître, et que, dans la suite, rien ne peut éteindre ? On aurait donc gardé le silence sur ce poème imparfait et brillant, si la religion attaquée n'eût demandé un défenseur. Cette religion auguste , qui présente à nos esprits des vérités éternelles et des intérêts si grands ; gémissante aujourd'hui , et presque foulée aux pieds, trouve partout les talents et les lettres armés contre elle. L'humanité , qui n'est grande que par la religion, réunit tous ses efforts pour briser elle-même le seul appui qui la soutienne. Quel est donc l'espoir frivole de tous ces hommes audacieux ? Leurs effoi^ts sont impuissants : ce tronc sacré peut être courbé par l'orage; mais, appuyé sur des racines inébranlables, il ne peut jamais être renversé. De nouvelles attaques ne font qu'annoncer de nouvelles victoires