MADAME DE N O Z A N
Deuxjours, deux mois, deux ans! C'en est faitpour toujours.
Ils ne le craindront pas; vous êtes bonne.
MADAME DE NOZAN.
Dure.
TERVILLE.
Vous vous attendrirez.
MADAME DE NOZAN.
Non, ma sœur, je vous jure Qu'on ne m'attendrit point.
Cette excellente scène d'une ame tendre et vive qui se révolte contre sa propre bonté, qui, par excès de sensibilité, veut se persuader qu'elle est dure , et faire du mal à la personne qu'elle aime le plus, pour se venger de ce qu'on la contrarie dans son amour même , est lout-à-lait
neuve au théâtre. Terville laisse madame de Nozan dans ces agitations , et sort pour faire un coup de sa tête. Madame de Nozan, qui rêve à part dans un fauteuil, annonce et par son silence et par des mots qui lui échappent, qu'elle roule aussi quelque projet. Le flegmatique Vilmon arrive. Il veut savoir ce qu'ont produit les courses de la tante , et lui en demande des nouvelles. Eh bien ? dit-il. La tante se lève brusquement , et lui dit :
.... Eh bien! monsieur , je ne veux ni n'entends Que votre Baïonnais , qu'un triste personnage Qui vient de faire en poste un sot et long voyage Pour me ravir ma nièce et pour me dépouiller 1^ Service où votre zèle a su se signaler ) , Ait quelque jour de moi dix mille écus de rente. Il calcule sans moi ; je ne suis point sa tante ; Mon bien n'est pas pour lui — je me marie, v I L M o N , souriant.
Eh quoi !
iMADAME T3E NOZAN.
Monsieur rit, je suis vieille.
VILMON.
Oh non ; même je croi. . . .
MADAME DE NOZAN.
Vous mentez, je le suis; oui, vieille, très-majeure, Mais j'aurai trois maris , si je veux, tout-à-l'heure ; .Te suis riche.
VILMON.
.Sans doute. Et pourrais-je, entre nous. Vous demander ici ?. . . .
DE BARTUE.