LA COLKRE DU BRONZE
Chute et deuil! Je trahis le lever de l'étoile, Qui dans l'ombre, à travers la nuit, son chaste voile, Cherchant à l'horizon des bronzes radieux, Aperçoit des bandits au lieu de voir des dieux!
Ma fournaise m'indigne, à mal faire occupée. Ceux qui vendent la loi, ceux qui vendent l'épée, Brumaire avec Lcclerc, Décembre avec Morny, Un tas d'ingrédients, faux droits, sceptre impuni, Le vieil autel, le vieux billot, la vieille chaîne. Auxquels ou a mêlé la conscience humaine, Tout cela dans la cuve obscure tlotte et fond. Et la statue en sort, vile.
Le Dieu profond Vous donne les héros, les penseurs, les prophètes. Et le bronze, et voilà, vous, ce que vous en faites. Vous donne z le cachot à Christophe Colomb, A Dante l'exil triste et sa chape de plomb, A Jésus le calvaire et sa risée ingrate, A Morus l'échafaud, la ciguë à Socrate, Le bûcher à Jean Huss, et le bronze aux valets.
Je sais bien qu'on dira : Passez, méprisez- les. Ce sont des gredins.
Soit. Mais ce sont des statues.
Mais ces indignités sont de splendeur vêtues. Mais on croit tellement le bronze honnête, et sûr Du bon choix des héros qu'il dresse dans l'azur. On est si convaincu que lorsque, sous les arbres, Au milieu des enfants rieurs, parmi les marbres. Sur les degrés d'un temple ou sur l'arche d'un pont. Le bronze montre au peuple un homme, il en répond ; Mais tous ces malfaiteurs, mais tous ces misérables, Devenus au passant stupide vénérables.
Ont si profondément, de leurs pieds de métal. Pris racine au granit puissant du piédestal; .l'ai mis sur leur bassesse une si grande armure. Qu'en vain l'âpre aquilon sur leurs têtes murmure. Ils sont là, fermes, froids, rayonnants, ténébreux, L'heure, goutte du siècle, en vain tombe sur eux; Et vienne la tempête et vienne la nuée, La foudre et son éclair, la trombe et sa huée. Qu'importe! ils sont d'airain; et l'airain jamais vieux Rit des coups d'ongles noirs de l'hiver pluvieux.