CHAPITRE XL
Examea de la Genèse en parUonlIer^
Pour rendre à Moïse ce qui peut lui appartenî» dans cette composition, il faut la diviser en deux parties : l'une, la partie religieuse et législative,, contenant les ordonnances de rites et de cérémo^ nies, les préceptes, commandements et prohibitions qui constituent la loi de Moïse, et que l'on trouve répandus dans V Exode, le LévUtque, le» Nombres et le Deutéronome; l'autre, la partie purement historique et chronologique , qui expose le» faits, leur s^ie, la manière dont ils sont arrivés; et celle-là , dont le début est ao premier chapitre de V Exode, est le travail du grand prêtre HelqLih, qui en a fait la rédaction d'après les écrits et monuments anciens dont il a pu disposer. Le Uvre de la Genèse se trouve ici dans un cas partieulier; car ^ bien qu'il soit un livra historique, l'on ne saurai! le considérer comme appartenant aux Juifs, ni comme un livra national, puisque son sujet comprend un espace de temps où ce peuple n'existait pas, où il n'avait point d'archives, et ne pouvait rien conserver.... Or, si depuis Moïse, dans toute la période des juges, les JuI£b en corps de nation n'ont point eu ou n'ont point su conserver d'annales ; si avant Moïse , le temps de leur séjour en Egypte, dans un état de servitude qui exclut tout autra soin, est resté dans une profonde obscurité , faute de monuments ; comment se pourrait-il qu'ils eussent conservé des annales antérieures, surtout de» annales aussi détaillées que celles des anecdotes de la vie de Joseph, de son père Jacob» et d'Abjrabam,.
SUR L'HISTOIBG ANCIENNE.
Krar quelle eommune? Et quand ce point serait accordé, alors qu'Abraham, de leur aveu, naquit Chaldéen , tout ce qui précède cet homme , vrai ou iictif, n'est-îl pas un récit chaldéen, uniquement fondé sur les traditions et les monuments des Chaldéens ? La Genèse, du moins au-dessus d^ Abraham, n*est donc pas une histoire juive, mais un monument que les Juifs ont emprunté d*un peuple étranger, qu'ils ont reconnu pour leur aïeul Or
comment a pu se faire une telle naturalisation, surtout lorsqu'un article de ce livre paraît contraire à la loi de Moïse ? Voilà un problème absolument inexplicable dans le système des opinions reçues; mais il s'explique naturellement dans le nôtre.
Le grand prêtre Helqiah ayant conçu le projet de ranimer la ferveur des Juifs, de retremper leur esprit national , en ressuscitant la loi de Moïse , put eroire que son dessein ne serait pas assex rempli , s'il ne publiait que le code des rites et ordonnances des quaùre Hvres, C'était la mode alors d'avoir des eosmogonies, et d'expliquer l'origine de toutes dioses, celle des nations et celle du monde; chaque peuple avait son livre sacré , commençant par une cosmogonie : les Grecs avaient la cosmogonie d'Hésiode ; les Perses, celle de Zoroastre ; les Phéniciens , celle de Sanchoniaton; les Indiens avaient les Vedas et les Pouranas ; les Égyptiens avaient les cinq livres d'Hermès, portés solennellement dans la procession d*Isis, que décrit Clément d'Alexandrie. Helqiah voulant donner aux JuiCs un livre qui leur servit d'étendard, et pour ainsi dire, de cocarde nationale, trouva nécessaire d'y joindre une cosmogonie. L'inventer de son chef eût compromis tout l'ouvrage; son peuple, d'origine chaldéenne, avait conservé plusieurs traditions maternelles ; Helqiah, ^ui, comme Jérémie, son agent, penchait politiquement pour la Chaldée, de préférence à l'Egypte, adopta avec quelques modifications la cosmogonie babylonienne : voilà la source vraie et radicale de la ressemblance extrême que l'historien juif Josèphe, et les anciens chrétiens, ont remarquée oitre les onze premiers chapitres de la Genèse et les Antiquités (^daîques de Berose, sans que ces auteurs aient élevé le moindre soupçon de plagiat. Le droit d'aînesse des Chaldéens et Pantiquité de leurs monuments étaient alors trop notoires pour que personne imaginât qu'un peuple aussi puissant, aussi fier de ses arts et de ses sciences que les Babyloniens, eût emprunté les traditions mythologiques d'une petite tribu qu'il regardait comme schisraatique et rebelle, et qu'il avait rendue son esclave. Aujourd'hui que, par la bizarrerie des révolutions
humaines, toute la gloire de Babylone a disparu comme un songe, et que Jérusalem, couverte de ruines , de chaînes et de mépris, voit l'univers soumis à ses opinions, il est devenu facile de récuser des témoins qui n'ont plus de représentants, de réfuter des écrits dont il ne reste plus que des morceaux incohérents : cependant, si l'on recueille et confronte ces morceaux, on y trouve encore de quoi persuader tout esprit impartial de l'identité des eosmogonies juive et chaldéenne , et de faire sentir que le système faussement attribué à Moïse, a été un système commun à beaucoup de peuples de l'ancien Orient, et dont on retrouve des traces jusqu'au Thi-
bet et dans l'Inde Nous ne prétendons point
approfondir ce sujet, qui serait la matière d'un gros volume; mais par quelques exemples nous voulons prouver jusqu'à quel point une analyse exacte pourrait porter l'évidence Citons d'abord le témoignage de de l'historien Josèphe , qui , vu son carao^ tère, est du plus grand poids dans cette question.