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Chronologie des Arabes homérites, favorable au plan d'Hérodote.
Le lecteur se rappelle que Ktesias, dans son fragment sur les Assyriens, nous a parlé d'un roi de YArabie, nommé Jriœus ou Aralos, que Ninus s'associa, aûnde pouvoir disposer des vaillanis guerriers dont tout ce pays était alors rempli. Jusqu'à nos jours on n'a pas connu quel fut ce roi^ ni même dans quelle Arabie il régna. En parcourant les fragments historiques que les Arabes nous ont conservés de leurs antiquités, et qui ont été traduits par les savants Richard Pôcoke > et Albert Schultens*, il nous a semblé reconnaître les actions et même le nom de ce personnage dans l'un des rois de l'ancienne y^ro^ie Heureuse, aujourd'hui lemen, pays dont les écrivains grecs et romains parlent souvent comme du siège d'une nation puissante , mais dont ils n'ont jamais eu des notions bien claires , vu le grand éloignement. Nos modernes euxmêmes n'étaient guère plus instruits sur le sujet qui nous occupe, avant que M. A. Schultens eût rassemblé et publié, dans son curieux livre de V Ancien empire des lectanides , tout ce qu'Aboulfeda et quatre autres historiens arabes ont eux-mêmes recueilli de traditions et de documents sur l'antique royaume de Himiar, ou des Homérites dans Tlemen. Malheureusement, après avoir lu les cinq fragments dont nous parlons, on s'aperçoit qu'ils ont subi de graves altérations de la part des musulmans, qui, les premiers, se donnèrent la peine d'extraire les chroniques de ces infidèles; et même l'on sent que ces chroniques ont été, en original, incomplètes et tronquées ; mais l'on n'en est pas moins conduit à croire qu'elles ont existé, et que leurs débris, tels qu'ils nous sont parvenus , ont une authenticité égale à celle de la plupart des livres des Grecs et des Latins. Or il résulte de ces débris :
r Que sous le nom d'Arabes, enfants d'Himiar, il a existé dans VArabia FeUx, ou lemen ^ bien an delà de six cents ans avant le siècle de David et de Salomon , un peuple civilisé et puissant connu des
■ Specémen Hûtorûe Arabum.
* Hùtoria émperii vetu»tit»imi lectanidarum in Arabia Felice. /»-4°, Hardcwrici Cucldrorum, 1786.
iio
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t mue d'être couf use; car au-dessus de CherahU»^ Aboul'feda compte en remontant,
l"" Amrou Dou-1-Azaar ; 2» son frère Afriqos , fils 3<» d'Abraha-zou-el-Minar, fils 4« d'EI-Sab-Zoul- Qarnaîn, fils de 5<> Haret ArraXés,
Hamza-, au contraire, supprime el Sàb; prétend qu'Abralia régna 183 ans, ^/rigos 164, et Zoùl- Âzfiar 25; tandis que selon Nouèïri , le successeur de Haret fut Hàîar, fils de Gakb, fils de Zeid, lequel Hàîar régna 120 ans : selon £6n Hamdoun^ le successeur à' Afriqos aurait été son fils El-FaMder Zou-Chanâtir, qui alla en Iraq ( Babylonie ), et y périt.
Mais tous ces auteurs s'accordent sur Haret- Arraïés, comme ayant été le prince le plus remarquable par ses grandes actions.
« A son avènement (dit Hamza) , Tlaman était « partagé en deux états , celui de Saba et celui de « Hadramaut. Haret les réunit par conquête. Avant A lui , les lamanais n'avaient point été rassemblés « en un seul corps de nation ( excepté au temps de « Homeir ). Ce fût à Haret qu'ils se réunirent tous; « ce fut lui qu'ils suivirent tous; d'où lui vint le « surnom de 7b66a [celui qui se fait suivre]^ sur- « nom qui ensuite devint le titre spécial de tous ses .( successeurs. Après avoir soumis 4'Iemen, il entre- « prit de grandes expéditions qui s'étendirent jus- « qu'au Hend (Vlndus) : il vainquit les Turks dans « VAderbidjan, en une bataille très-meurtrière; il « en amena une quantité d'enfants en esclavage , et R rapporta en lemen un buUn d'une richesse im- « mense; de là lui fut donné le surnom d'Arraïés, « celui qui enricItU ( mot à mot , qui couvre de plu- « mes, sans doute p^rce que la plume d'autruche <« fut chez ces peuples le signe de l'opulence). »
Maintenant comparons ces détails à ceux de Ktesias.
Ninus s'associe au roi d* Arabie. Les historiens de cette contrée assurent qu'il n'y eut point d'autres rois des Arches que ceux de l'Iemen. Ce roi d'Arabie s'appelait Ariaios ou Araios. Haret a le
surnom d'^rraW« Ariaios accompagna Ninus
contre Phamus, roi des Médes. Arraïés livra une bataille terrible éàus VAderbic^an, qui est la Médie propre et originelle; il la livra aux Turks, c'està-dire à des hommes de teint blanc, tels que sont les montagnards de cette contrée, que les auteuirs arabes et persans ont appelés Turks, parce que n'ayant aucune idée des anciens Médes, ils ont cru que le pays avait toujours été habité par des Turkmans, comme de leur temps. Arrâiés poussa jusqu'à rindus. — Selon Ktesias , Ninus y alla aussi. Ârrâîés importa un butin immense. Ninus combla
Ariaios des plus riches dépouilles. Avec tant de traits d'une si parfaite ressemblance , l'on ne saurait douter que l'Arabe Haret-Arrâiés ne soit l'Ariaîos de Ktesias et de Ninus , et nous en verrons une dernière preuve complémentaire dans les traditions perses sur la dynastie Pichedâd. Objectera-t-onque l'intervalle entre Ilaretet Balqis n'est point rempli d'un nombre suffisant de générations ? En effet , les auteurs ne comptent que cinq ou six princes pour 200 ans ; mais de Balqis à Alexandre ils n'en comptent que sept, dans environ 670 ans. Il est évideo» ( eux-mêmes s'en plaignent et nous en avertissent) que toutes ces successions sont fracturées et Incomplètes , comme le sont aussi les dynasties perses de Kélan et de Pichedâd, ainsi que nous le verrons. Peut-être est-ce pour combler leurs lacunes, que quelque ancien chronologiste a porté le règne d' Arrâiés h 125 ans, selon Nouéiri;h 150 selon Hamza; et les règnes à'Abraha et â' Afriqos, ses successeurs, l'un à 164, l'autre à 183, etc.; nombres absurdes , dont les véritables causes dVrreur. sont désormais ignorées. Nous n'avons que des fragments, et il doit nous suffire d'y trouver les principales convenances observées. C'en est une de voir Haret placé au moins cinq ou six règnes avant Balqis, surtout lorsque les récits décousus et mutilés des auteurs nous laissent apercevoir qu'il y eut des troubles civils et des changements de dynastie. Par inverse de l'objection citée, nous devons dire qu'ayant reconnu l'identité de personnage, nous avons en main les moyensde rectifier ces monuments, etd'apprécier leurs erreurs. Enfin nous verrons dans les traditions perses , qu'en comparant les époques respectives des trois Tobbas , surnommés premier, dernier et du milieu, l'identité de Haret et de Ariâîos se trouve encore confirmée.
Alors que Haret fut contemporain de Ninus, son règne en Arabie dut commencer vers 1240; parce qu'avant d'être appelé par Ninus, il lui fallut un laps de téftips pour subjuguer l'Iemen , et enjoindre les diverses principautés à celle de Hadramaut, qui fut son premier domaine. Ici nous obtenons un moyen de classer un autre événement remarquable, qui nous est cité par les auteurs de M. Sdiultens :
n Ils nous disent que quinze pères, c'est-à-dire « quinze générations avant Haret , avait vécu et « régné Homeir, fils de Saba, qui, le premier de a la race de Qahtan ( lectan ) , régna sur tout He- « men ( Hamza ). Il était fils deSaba-^bd-el-chems^ « et il chassa les Arabes Temoûd de l'Iemen dans « l'Hedjaz (Aboulfeda).
« Ce fut le plus habile cavalier et le plus bel homme H de son temps : son nom de Homeir (rouge) lui
SUK L'HISTOIRE ANCIENNE.
• vint de ce quMl était toujours vêtu de cette cou- < leur, n fut le premier qui posa sur sa tête une « couronne d*or; il régna 50 ans {Nouélri). »
Si nous appliquons à ces quinze pèret ou générations notre terme moyen de 37 ans, nous avons 405 ans plus 1240 , égale 1645 ans : c'est-à-dire que ^om^ aurait vécu vers 1650 ans avant notre ère. Notre auteur (Nouèïri ) ajoute qu'il fut contemporain de Qaider, fils d^ismaél, fils û^ Abraham, ce qui dans le système juif, veut dire le dix-neuvième siècle avant notre ère. Voilà donc les Arabes de Tlemen ayant des rois et un état social déjà ancien , plus de 600 ans avant le petit peuple hébreu ; et cependant ce n*est pas à beaucoup près l'époque de leur origine.
Mais pour revenir à Ninus , comment se fait-il que ce roi des Assyriens, vivant à Kelané ou Telané ' , au pays de Sennar en Mésopotamie , par le 36 1/2 degré , ait eu Tidéede rechercher Talliance d'un roi des Arabes vivant à Mareb-Saba, dans VArabia Feiix par le 1 2* de latitude, à la distance de près de 500 lieues, à travers les déserts du Nadjdf
Au premier coup d'oeil ce fait semble élever une grande difficulté; mais efle se résout très-plausiblement par diverses circonstances que nous fournissent les monuments des anciens Arabes.
Ces monuments nous ont déjà dit ( voyez ci-devant, article des Juifs, page 382) , « que les plus an- « ciens habitants de l'Arabie furent les tribus d*Aâd,
• de Tamoud , de Tasm et de DJodaî ; qvHAàd ha- « bita le HadramaiU; Tamoud le Hedjaz et le Te- « h4xma; Tasm le Haouas à l'est du Tigre et le midi « de la Perse; Djoudaî le pays de Hou, qui est le « lémama; et que ces anciennes nations avaient sou-
• mis et possédé l'Iraq ( qui est la Babylonie). » Ce serait donc celles-là même que Ninus y aurait
trouvées ; soit qu'elles s'y fussent réfugiées 400 ans auparavant, à l'époque des guerres de Saba,soit qu'elles s'y fassent établies dès avant cette époque , eomme il est probable.
Maintenant si , selon ces mêmes traditions. Haret fut un descendant de Saba le Homérite, il fut un Arabe de race ieqtanide, et par conséquent Tennemi de sang des quatre anciennes tribus kusbites , et nous voyons à la fois pourquoi il chassa de Fleroen celle de Tamoud , et pourquoi il se lia d'amitié avec l'Assyrien Ninus, ennemi politique des quatre tribus.
Il est vrai que selon Aboulfeda, Haret comptait au nombre de ses ancêtres un prince aâdite appelé
■ Voyez Etienne de Byzance, qui écrit Telané, probablement par l'altération de K en T , ou parce que les Syriens ont prononcé le ké, icKé, comme les Arabes.
Shedàd; mais outre qu' Aboulfeda ou ses auteurs peuvent être en erreur, cette circonstance ne changerait rien au fond des faits , parce que des pacifications ont pu occasionner de telles alliances, comme il se pratique même encore chez les Arabes.
D'ailleurs n'oublions pas que, selon les traditions conservées par Helqiah, les Assyriens et les peuples de riemen durent se considérer comme parents, puisqu'ils reportaient également leur origine à Sem , fils de Nouh; et cette parenté semble trouver son appui dans les faits suivants :
1« Leur langage était construit sur les mêmes principes de grammaire et de syntaxe.
2* Le mot Ashaur ( Assyrien ) se traduit littéralement par les mots latins feUx, cHoes, heureux et
riche Or l'Iemen n'a pas d'autre nom que celui
à' Arabie Heureuse chez les anciens Latins et Grecs, qui n'ont dû être que les traducteura des Orientaux : riemen était une Assyrie.
3» Enfin il semble que les lettres alphabétiques furent les mêmes chez les Assyriens et chez les anciens Arabes de l'Iemen : les Arabes modernes , qui depuis le siècle de Mahomet seulement ont adopté l'alphabet syrien, nous apprennent qu'avant cette époque, les autres Arabes , et spécialement ceux de l'Iemen, avaient un système alphabétique totalement différent.
« Nos lettres arabes (disent-ils) s'écrivent de « droite à gauche. Celles des Hemiarites ( Homéri- « tes ) s'écrivent de gauche à droite ( comme le grec « et l'éthiopien) : elles sont liées ( entre elles ) comme « les lettres éthiopiennes. On les appelle mosnad, « ou appuyées, ce qui se dit aussi de plusieurs au- « très lettres anciennes , inconnues '.
« Il y a douze espèces d'écritures , dit Maula-ebn- « Kair; savoir : l'arabique, Vkemiaritey la grecque, « la persane , la syrienne , l'hébraïque , la romaine , « la copte, la berbère, l'andalouse, l'indienne et « la chinoise. »
Dans cette énumération nous pouvons désigner toutes les espèces, excepté Vhemiarite: par berbère il faut entendre l'éthiopien, dont Ludolf nous a donné le dictionnaire. L'écriture persane est le zend, que nous ont fait cx)nnaître Hyde et Anquetil; l'indienne est le sanscrit ; l'andalouse est l'écriture appelée par Velazquez caractères inconnus des anciens Espagnols. L'hemiarite reste donc la seule qui n'aurait pas de type connu ; mais puisque dans ce tableau nous ne voyons par Vécriture à clous tra* cée sur les ruineg de Persépolis et sur les briques
' Voyez an Mémoire très-approfondi de M. de Sacy, sur la littérature des Arabes et sur les monuments , tome XLVIII des Mémoires de F Académie des nucripUons et belUê-Mtrrs, pages 347 et suivantes.
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des murs de fondation de l'ancienne Babylone, n*estce pas une raison de penser que cette écriture à clous doit être Themiarite ? On convient que ces murs et ces briques doivent leur origine à FAssyrienne Sémiramis; par conséquent ils sont les caractères dont usaient les Assyriens, ces lettres qu*Hérodote appelle lettres (usyriennes , analogues aux caractères de Persépolis, mais plus compliqués : or si à l'époque de Mabukodonosor et de Nabonasar, c'està-dire, lorsque la race indigène des Chaldéens eut recouvré son indépendance nationale, récriture alphabétique des Babyloniens était ce que nous appelons la chaldaique^ analogue à celle des Syriens et des Phéniciens, n'avons-nous pas droit de conclure que les Assyriens et lesHomérites, à titre d'enfants de 5iem, eurent un système de lettres commun et identique, de môme que les Phéniciens et les Arabes Chaldéens, à titre d'enfants de Kush, en eurent aussi un commun , mais différent des précédents, dont ils étaient les ennemis? Pour obtenir la démonstration de cette hypothèse , il nous faudrait la découverte de quelque ancien monument arabe à Màreb, ou en d'autres villes de l'Arabie Heureuse >.
Quant à l'écriture à doudconsidéréeen dle-méme, c'est une autre énigme qui n*a pas encore trouvé son CËdipe *. Voyons si en prenant toujours Hérodote pour guide , nous serons plus heureux vis-àvis de deux sphinx chronologiques, qui jusqu'à ce jour ont fait le désespoir de nos devanciers.
Chronologie des roifl de Pêne cités par les Orientaux modernes, sous le nom de dynoiUe Pùhdâd et Kéan. — Époques de ZohAk, de Feridoun et du législateur S^erdoust, dit Zoroastre.
En quel temps a vécu le législateur célèbre appelé Zoroaster par les Grecs , et Zardast ou Zerdauit par les Orientaux? et en quels siècles dolt-
I Une maladie grave empêcha Testimahle NIebahr d'avoir une copie qu'on lui disait prise sur une ancienne inscripUon ; mais la main de qui il l'eût tenue , nous eût laissé des doutes légitimes.
> On a cm un instant que H. Grotefend avait en ce bonheur ; mais son explication n'a pas eu de suites , et elle ne devait pas en avoir, car eUe est fondée sur deux mots dont nous croyons l'orthographe trés-videuse. M. Grotefend dit que J>ariot devait être écrit Darhetuch , et Xercès , Khsch-J^^rSchè : il est très-probable que le Xercis des Grecs n'a point eu pour type un mot si compliqué, et qu'U est seulement la double syUabe sAtr «AoA qui , en persan moderne , signifie le 2ton fo» ; et tout l'édifice s'écroule. Espérons que les planches d'airain trouvées à Cochln par les missionnaires anglais, et sur lesqueUes ont été gravés an troisième ou quatrième siècle, en lettres à clous , des privUéges accordés aux juiis ou aux chrétiens , nous donneront une def plus heureuse. Voyez sur cette matière une savante et Judicieuse lettre de M. de Sacy , dans le Maçatm encyclopédique, années, pageiSS; et pour les lettres hemiailtes, voyez le Mémoire du même savant, tome XLVni de l'Académie des inscriptions.
on placer les deux dynasties PUhdâd et héàti ou KaUm, que les Perses modernes prétendent avoir existé chez eux antérieurement ou contradictoinment aux récits des Grecs? Tels sont les deux problèmes qui vont nous occuper dans ce cfaaftttie : examinons d'abord le premier.
époque du législateur Zoroastre.
Tous les historiens nous parient de Zoroastre comme d'un législateur religieux , beaucoup plus célèbre en Asie et presque aussi ancien que Moïse; et néanmoins, dès le premier siècle de l'ère chrétienne , l'époque où il vécut était devenue une question si obscure, que Pline le naturaliste, cet homme d'une érudition si vaste, qui eut en main les écrits de tant d'auteurs , n'osa prononcer autre chose que le doute. Dans nos temps modernes, et surtout dans les seizième et dix-septième siècles, la réserve de Pline a été imitée par le plus grand nombre des savants, qui n'ont pu concilier les dissonances chronologiques des auteurs grecs et latins; mais ceux du dix-huitième siècle , ]jtlus hardis , se sont crus plus heureux. Les extraits d'une foule de livres orientaux ayant été produits, d'abord par notre d'Herbelot, en sa BibUothéque orienUde ( publiée en 1697), puis par le professeur Thomas Hyde, Anglais, dans son livre latin de la ReUgion des tuh ciens Perses, imprimé en 1700, l'on crut avoir découvert dans l'Asie moderne une vérité historique restée inconnue dans l'Occident. En effet, tous les livres arabes et persans que l'on cite, semblent s'accorder à placer Zoroastre vers le règne de Barius Hystaspes , rbi de Perse ; et néanmoins , en les pressant sur les dates précises, on les trouve indécis et flottants entre les aimées 250, 280 ^ même 300 avant Alexandre. Les critiques sont surtout choqués de voir réduire à cinq générations la série des rois de Perse, que les monuments les plus authentiques des Macédoniens et des^ Romains attestent avoir été de treize princes; et de ne rencontrer aucune mention distincte des règnes de Xercès et de Kyrus, qui agitèrent si profoodémeot l'Asie. Ces objections et plusieurs autres non moins graves que nous verrons, ne durent pas échapper au professeur Hyde; mais séduit par l'éclat de la nouveauté et par le paradoxe spécieux, que les Orientaux, à Utre d'ûuligénes, doivent cotmaUrt leutpaysnUeuxquedesétrcmgers, telsqueies Grecs et les Romains, Hyde épousa avec passion le système asiatique , et crut avoir prouvé le premier que réellement Zoroastre avait paru sous le règne de Darius Hystaspes. Entraîné par l'autorité de son
SUR L'HISTOIRE ANCIENNE
compatriote , Prideaux s'efforça de colorer son hypothèse, et la répandit de pins en plus dans son livre de VHisMre des M/s ; et parce qu'ensuite elle a été adoptée par les auteurs de VHUMre universelle. Ton peut dire que l'opinion de Hyde est de- Tenue dominante et presque classique. Elle faillit d'être renversée chez nous lonqaeJnquetU du Perron nous apporta de l'Inde les prétendus ouvrages de Zoroastre, et que dans la Vie de ce législateur « , il déclara que l'opinion de Hyde lui semblait une hypothèse sujette à de grandes difficultés; mais par la suite il lui donna une nouvelle force, en l'adoptant dans un mémoire spécial >, où , par un trait bizarre et caractéristique, il censure Hyde pour avoir eu trop de confiance aux Orientaux , et pour avoir mal soutenu leur thèse : par un autre cas singulier, c'est en lisant la censure d'Anquetil et ses arguments , que nous avons senti les plus grands motife de douter, et qu'ensuite découvrant le vice de sa méthode et de celle de Hyde, nous en avons employé une meilleure, en prenant, non pas le rôle d'avocat qui plaide une cause , mais de rapporteur qui pèse les raisons de part et d'autre , et qui surtout interroge les narrateurs par ordre de dates, pour remonter aux sources premières des faits et des opinions : le lecteur va juger ce débat.
D'abord il est bien reconnu que les livres apportés de llnde par Anquetil , comme livres de Zoroastre, n'ont jamais été écrits par ce législateur, et qu'ils sont simplement des légendes et des liturgies composées par des mages mobeds et herbeds ^ , à des époques non déterminées, mais tardives et parallèles aux règnes des Sasanides, c'est-à-dire depuis l'an 226 de notre ère jusque vers l'an 1200. Le Boundehesch lui-même, que du Perron nous présente comme une genèse ou Cosmogonie perse , le Boundehesch porte des preuves incontestables de modernité, puisque parmi ses résumés des temps écoulés, après avoir parlé deZohàk, de Feridon, ete. il «te d'abord Eskander Roumi, c'estàdire Alexandre le Romain, comme ayant régné 14 ans ; puis les rois Asganiens ( Arsakldes)yWaaae ayant régné 284 ans; puis la durée des Sasanides, 460 ans; puis enfin la venue des Arabes 4. Et l'auteur de ce livre, le plus important, le seul important de toutes ces ennuyeuses et stériles légendes , DOUsdonnelapreuvede8onignorance(cB»o»um^m« de sa mauvaise fiÂ) y lorsqu'il attribue 14 ans de
s Voyez le Zeud-aoeiUi pabUé en 1769, tome H, p. 62.
* Mém. de TAcad. des inscript, tome XXXYII.
^ Évéqua^OÊTés des Parti» ou Guèbrt», qui soot dans TAsie ee que les JuUs sont en Earope, les débris épars d*iin anden peuple détruit
4 Boundehesch, p. 420.
règne à Alexandre le Romain, au lieu du Grec, qui n'en régna que 6; et lorsqu'il réduit à 284 , Tintervalle écoulé entre Arsah et Ardechir, qui fut de 431.
Un second fait également certain , c'est qu'aucun des écrivains persans ou arabes dont on s'autorise , n'a publié avant le premier siècle de l'ère musulmane (730 à 750 de notre ère), et que les plus célèbres historiens et poètes, tels que Ferdousi et Mirkhond, ne datent, savoir, le premier que de l'an 1000, et le second de l'an 1500 de notre ère; et de quelles sources , de quels monuments ont-ils tiré leurs récits ? Quelques Européens , préoccupés ou superficiels , nous répondent que ce fut de leurs monuments nationaux. Mais les musulmans euxmêmes conviennent que les Arabes, vainqueurs de lezdeguerd, en 652, et depuis cette époque, dévastateurs plutôt que possesseurs de la Perse, proscrivirent les adorateurs du feu et leurs livres, avec ce zèle et cette fureur qui leur firent brûler la bibliothèque d'Alexandrie; et ces livres, tous manuscrits , par conséquent rares et chers , comme ils le sont toujours en Asie , purent d'autant moins échapper à la proscription , qu'ils étaient écrits en lettres absolument différentes des lettres arabes;... que déjà ils avaient subi des persécutions de secte à secte, sous leurs propres rois , et que les guerres non interrompues depuis Alexandre , après avoir détruit les originaux, s'étaient opposées à la reproduction des copies et à la culture de l'histoire. Telle fut la dépopulation des monuments et des livres perses, que vers l'an 1000 de notre ère, le sultan Mahmoud, fils de Sebekteghin, voulant connaître l'histoire du pays qu'il avait conquis, ne put se procurer aucun écrit de ce genre, et qu'il fut obligé de donner commission à l'Arabe Deqiqi, de recueillir les romances, les traditions, les contes populaires des diverses contrées de l'empire persan, pour en retirer quelque instruction. Or comment l'Arabe Deqiqi rendit-il compte de ses recherdies ? En vers , c'est-à-dire en poète arabe , riche de contes et d'hyperboles; et c'est sur ce canevas principal que Ferdousi a composé son flf»to<rcroyafe(Shah-Namch ), également en vers, au nombre de 60 mille distiques. Or que peut-on attendre de traditions populaires , défigurées de génération en génération par les narrateurs, et brodées ensuite par l'imagination sans frein qui dicta les Mille et une Nuits ? Aussi ces prétendues histoires de la Perse ancienne, et même moderne, jusqu'au temps des Arabes , ne sont-elles qu'un tissu d'anachronismes et d'invraisemblances : l'on ne conçoit pas comment des Européens, hommes sensés , tels que Prideaux et les auteurs de VlHs-
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toire universelie, au lieu d^examioer d'abord et de discuter les sources et les moyens d'instruction des écrivains persans et arabes , semblent ne s'être étudiés qu'à établir l'authenticité de leurs récits, et à substituer au désordre le plus évident un ordre factice, ayant pour objet d'en masquer les grossiers défauts ■• Sans doute, avec ce qu'on nomme de Vesprit il est possible de tout soutenir et de tout contester; mais, en histoire, V esprit n'est que l'art d'apercevoir la vérité ou de la faire ressortir; fl dans le démenti que l'on a voulu donner par les Asiatiques modernes, aux anciens auteurs grecs, l'on choque tellement toutes les vraisemblances, qu'il est inconcevable qu'une telle hypothèse ait des partisans. L'on a voulu établir, comme principe de droit , « que les Asiatiques méritent d'être crus « de préférence sur l'histoire de leur pays, parce « qu'à titre d'indigènes ils doivent mieux savoir ce a qui s'est passé chez eux, que des étrangers tels « que les Grecs et les Romains. »
Mais cette proposition générale et vague par ellemême, ne présente, lorsqu'on l'analyse, qu'un paradoxe et un abus de mots. En efifet, outre que la connaissance de ce qui se passe dans un pays dépend infiniment de la nature de son gouvernement , et quelapubUcité , la Ubre circulation'j n'ont point lieu dans les états despotiques, comme l'ont été le plus souvent ceux de l'Asie ; il est encore de fait que ces prétendus indigènes, spécialement de la Perse, sont, de leur propre aveu et par leur histoire, le produit, en majeure partie, des races étrangères venues à la suite des conquérants qui ont successivement envahi et possédé ces contrées. Laissons à part Alexandre, dont le système politique fut de mêler les races et les opinions , pour détruire les haines et les guerres de secte à secte et de nation à nation : après lui , les révolutions des Séleucides et des Arsakides continuèrent d'agiter et de mêler l'empire perse dissous; d'y introduire, par le recrutement des armées , une multitude d'étrangers de toute espèce, qui en s'alliant aux femmes indigènes, produisirent dans les familles des modifications de mœurs , de langage, etc. Ce qui avait été peuple distinct devenant province conifondue , il fut possible aux habitants de passer d'un pays à l'autre et de s'y établir, chose qui n'était pas praticable auparavant. La dynastie Sasanide, en ravissant le sceptre aux Parûtes, produisit de nouveaux changements : le nord de la Perse avait régi le midi; alors le midi commanda au nord. Ensuite sont venus les Arabes de Mahomet , puis les Tar-
> Voyez Histoire univenelle, tome IV, iD>4'>, p. i et suivantes.
tares de Tamerlan , qui , les uns après les autres , mais surtout les Arabes, ont exterminé l'andenne race et changé sa religion , ses mœurs , ses usages , ses traditions, ses livres, et jusqu'à son système d'écriture. Les seuls Par ses, chassés comme les Juifs, errants comme eux, mais bien moins nombreux , sont les restes de la race persane de Darius et à'ÂrdechÀr, Or dans leur mélange inévitable avec les peuples qvi les tolèrent ou les persécutent, dira-t-on que les Juifis de Portugal et de Pologne , si divers entre eux , ressemblent aux Hébreux de Salomon ? D'ailleurs que signifie ce root descendance directe f Parce que les Suisses descendent des HelvetH, et les Auvergnats des Arvemi, dirat-on qu'ils connaissent l'histoire A'Ariociste et de Fercingetorix , mieux que le conquérant romain qui nous l'a tracée ? Passe encore si le peuple indigène opposait aux récits de l'étranger , des récits et des monuments du même temps : la question est là; c'est dans Videntitéde temps, bien pins que dans ITdentité de pays , qu'elle consiste ; et sous ce rapport elle est toute à l'avantage des Grecs; sous l'autre même, elle est encore en leur Êiveur, puisque Hérodote, Ktesias , Strabon , étaient aussi des Asiatiques, et que les deux premiers étaient nés sujets du grand roi. Mais d'ailleurs eussent-ils été des étrangers venus du fond de l'Europe , l'on peut assurer que des voyageurs tels qu'Hérodote , Xénophon , Polybe , et tant d'autres écrivains qui suivirent les armées grecques et romaines , ont eu , pour bien observer , pour bien décrire le pays et ses événements, des moyens égaux et à certains égards supérieurs aux moyens des indigènes. Prétendre aujourd'hui que leurs récits, si bien détaillés, si bien liés entre eux par toutes les circonstances qui établissent les probabilités ou la certitude morale , méritent moins de confiance que les récits fabuleux , délirants et absurdes dont se composent , presque sans aucime exception, les histoires (orientales, nous le répétons , c'est un paradoxe monstrueux ,- qui ne peut convenir qu'à des musulmans.
Mais, d'ailleurs, veut-on connaître avec quel scrupule véridique , avec quel respect religieux , les Asiatiques, leurs rois et leurs savants conservent la mémoire des événements et leur série chronologique ? Écoutons un fait vraiment curieux et décisif « que nous a transmis Masoudi, l'iro des plus savante historiens arabes , qui , vers les années 930 à 940 de notre ère , voyagea dans toute la Perse jusqu'aux frontières de l'Inde , et qui , plus qu'aucun écrivain de sa nation, connut les livres des Grecs '.
' Indicateur et Moniteur de Masoudi , extrait par M. d^ Sacy. —Manuscrits orientaui, tome VUI, pag. 161.
SUR L'HISTOIRE ANCIENNE
« 11 y a (dit-il) entre l'opinion des Perses et « celte des autres peuples, une grande différence n au sujet de Tépoque d'Alexandre : ce que beau-
« coup de personnes n'ont point remarqué C'est
tt là un des mystères de la religion et de la politique « des Perses, quf n'est connu que des plus savants « mobeds et f^erbeds, comme nous l'avons vu nous- « mêmes dans la province de Fars , dans le Kirman , « et dans les autres provinces perses : il n'en est « fait mention dans aucun des livres composés sur « l'histoire de Perse , ni dans aucune annale et chro- « nique. Voici en quoi il consiste : Zerdust, fils de a Poroschasp^ fils d'Âsinman, dans le livre qui « lui a été révélé, nommé Ahesta, annonce que « l'empire des Perses éprouvera dans 300 ans une a grande révolution , sans que la religion soit dé- « truite; mais qu'au bout de 1000 ans la religion et • l'empire périront à la fois. Or entre Zerdust et n Alexandre il y a environ 300 ans; car Zerdust « a paru du temps de Kai Bistap, fils de Kaï Loh- « raspy comme nous l'avons dit ci-devant. Arde- <« chir, fils de Babeh, s'empara de l'empire et de tous « les pays qui en dépendaient , environ 500 ans après « Alexandre : nous voyons qu'il ne restait plus que « 200 ans à peu près, pour compléter les 1000 « ans de ce prophète. Ârdechir voulut augmenter « de 100 ans cet espace de temps, parce qu'il crai- « gnait que lorsque après lui 100 ans se seraient « écoulés, les hommes ne refusassent de prêter se- « cours et obéissance au roi , par la conviction où « ils seraient de la ruine future de l'empire, con- « fermement à la tradition qui avait cours parmi a eux. Pour obvier à cela, il supprima environ la *« moitié du temps écoulé entre Alexandre et lui, ti et il ne fit mention que d'un certain nombre des « molouk'taouàïef ( rois des nations parthiques ) a qui remplissaient tout ce temps; il retrancha les « autres : puis il eut soin de faire répandre dans « son empire, qu'il avait commencé son règne 260 « ansaprès Alexandre. En conséquence, cetteépoque « fut admise et se répandit dans le monde : voilà « pourquoi il y a une différence entre les Perses et « les autres nations au sujet de l'ère d'Alexandre ; «• et c'est cette cause qui a introduit la confusion « dans les annales des molouk-taoudlef. Ardechir « fait lui-même mention de cela dans les avis qu'il « a laissés à ses successeurs ; et l'herbed (ou prêtre « parsi) qui se rendit l'apôtre de ce prince près les « gouverneurs des provinces, parle également de « cette prédiction. »
Maintenant le lecteur peut juger du degré de confiance que méritent les histoires et chroniques orientales. Si cette anecdote eût été connue plus tôt , elle
eût épargné bien des discussions et de faux raisonnements. Elle est d'autant plus précieuse, quelle résout sans réplique l'énorme abréviation de temps qffUnellement établie dans presque tous les écrivains asiatiques , entre les règnes d'Alexandre et d' Ardechir, etqu'en nous donnant la mesure de la superstition, de la mauvaise foi et de l'audace de tout un gouvernement , tant laïque qu'ecclésiastique , elle nous montre à quel point d'ignorance étaient déjà parvenus ou réduits les Persans, en l'an 226, sur l'époque de Zoroastre , puisque celle qu'ils indiquent dans Masoudi , et qui répond au règne de Kyaxarès , est manifestement fausse, comme nous le verrons... Mais pour procéder méthodiquement à découvrir l'époque véritable, commençons par examiner tout ce que les Orientaux nous racontent de ce législateur, afin que leurs traditions, confrontées aux récits des anciens Grecs et Latins , nous conduisent au maximum de probabilité dont cette question est susceptible.
Selon AnquetU du Perron > , le recueil principal des traditions des Parsis sur Zoroastre, est le livre intitulé Zerdust-Namak , qui, dit-on , fut traduit de l'ancien \à\onï%pehlevi^ en persan moderne, par Zerdust-Behram, écrivain et prêtre parsi, vers l'an 1275. Hyde a connu ce livre, et en a cité les titres des chapitres. Laissant à part la date , qui n'est pas prouvée, admettons dans le traducteur une instruction sufiSsante , et surtout une grande fidélité à ne rien retrancher ni rien ajouter (chose sans exemple), et voyons ce que les Parsis nous disent de leur législateur.
Récits des Panes sar Zoroastre.
Selon eux , Zerdoust naquit dans l'Aderbidjan (ancienne Médie), et Aboulfeda ajoute, d'après plusieurs auteurs anciens , que ce fut à Otarmi. Sa naissance fut accompagnée de prodiges , dont le moindre fut de rire en respirant pour la première fois. Pline *, qui cite ce trait, nous indique par là que ces traditions existaient, du moins en partie, dès son temps. L'enfance de Zerdust subit de rudes épreuves de la part des magiciens , qui sont dépeints comme étant alors tout- puissants auprès des peuples et des rois : ce règne des magiciens , qui rappelle leurs enchantements devant Pharaon, leurs services auprès de Sémiramis , indique réellement des temps reculés. Les écrivains parsis racontent les plus petits détails de ces enchantements, comme s'ils en eussent été témoins; mais, d'autre part, leur sté-
' Zend-avesto, tome H, pag. 6 et suivantes. > Plln.Uv.VII,cliap. 16.
RECHERCHES NOUVELLES
rilité sur les faits vraiment historiques et géogra* pbiques, anoonce que ces légendes ont été recueillies après coup , et composées sur des récits populaires ,
comme tous les fiaits de ce genre A 30 ans , Zo-
roastre est appelé par le dieu Ormusd^ de la même manière qu* Abraham et Moïse le furent par le Dieu lehou.... Il se retire dans Tantre d^une montagne « pour y recevoir les inspirations ; mais les Parses ont oublié les curieuses circonstances de cet antre , décrites par Eubulus, dans Porphyre >. Après une retraite ( de 20 ans , selon Pline ) , Zoroastre met au jour un nouveau système de théologie, qu'il prétend, selon Tusage de ses pareils, être le seul véritable, le seul révélé de Dieu, Pour établir sa religion, il choisit le pays de BcUk {V ancienne Bactra) , dont il convertit le roi Keshtasp, qui , à son tour, veut convertir ses sujets, et même les princes ses voisins , entre autres Zd/et Roustam, princes de la Perse propre : Zoroastre, ainsi appuyé, fait construire des ates-gàh ou ternies dufeUy plante un cyprès, et institue un grand pèlerinage, suivant Tusage de ces temps Un brâbmede l'Inde entendant parler de ce nouveau culte, vient pour le réfuter, et finit par s'en rendre prosélyte. Au bout de 8 ans * , Keshtasp, tributaire d'un roi de Taur-àn, nommé Ardjasp \ lequel possédait un grandpays à r ouest de la Caspienne, lui refuse l'hommage accoutumé. La guerre éclate; Ardjasp vient attaquer Keshtasp, qui eût été vaincu sans son fils Esfendiar, dont
les exploits chevaleresques décident la victoire
Keshtasp, pour récompense, le fait enfermer dans un château fort, et se rend lui-même en Perse pour convertir les paladins Zàl et Roustam. Pendant son absence, Ardjasp apprend que la ville de Balk est dégarnie de troupes; que Lohrasp, père de Keshtasp, y t\1 dans un couvent, la tête rasée, et pratiquant les mortifications à la manière des Indiens ; il accourt avec une armée d'élite, surprend le pays, emporte la ville, tue Lohrasp et les prêtres du feu, c'est-à^ire les mages; Zoroastre périt alors, selon les musulmans; mais les Parsis gardent le silence sur sa mort quelconque. Keshtasp arrive, est battu, a recours à son fils Esfendiar, qui le sauve une seconde fois; et pour seconde récompense, le père renvoie contre Roustam, qui, après un duel périlleux, le perce d'une flèche. Telle est sonunairement la vie de Zoroastre selon ses sectateurs, qui, comme l'on voit, n'indiquent rien dans leurs récits que Ton puisse appliquer ni au roi Darius, élu successeur de Cambyses, et fils d'Jfystaspes, simple partieu-
' De Antro Nympharum.
> Zend-avesU, tome U, p. 64.
lier perse; ni au roi Xercès, fils de Darim, dont l'histoire nous est si bien connue par les Groes contemporains. Ce silence de la part des Par^ est d'autant plus remarquable, qu'étant les repi^sentants, les descendants directs des anciens Perses de Darius, ils ont eu plus de motifs et de moyens de connaître ce monarque et son père , que n'en ont en les Perses musulmans, intrus dans le pays, en grande partie. Conunent donc et pourquoi arrive-t-il que les écrivains orientaux, tant musuhnansque chrétiens, aient cru Zoroastre contemporain, les uns de Smerdis ou de Cambyses , comme le disent Aboulfiarage et Eutychius > ; les autres du prophète Élie, ou d'Ezdras, ou de Jérémie, comme le disent El-Tabari, Abou Mohammed, etc. *? Déjà ces discordances, qui passent 100 et 150 ans, prouvent leur incertitude et leur ignorance; mais avant d'admettre leurs narrations remplies de fables extravagantes et d'anachronismes grossiers, un préliminaire indispensable pour Hydeet^ui ses imitateurs, était de remonter aux sources de ces opinions, et d'auteur en auteur, arriver à connaître le premier qui les avait avancées. Ce qu'ils n'ont point fait, essayons de le faire, et par un exemple intéressant, prouvons combien est utile cette étude chronologique des opinions.
D'abord nous trouvons Agathias, qui, vers Tan 560, a écrit une histoire dans laquelle il s'est occupé spécialement des Perses , et où nous lisons le passage suivant , page 62 :
« Les Perses de nos jours ont presque entière- « ment négligé et quitté leurs anciennes moeurs et « coutumes, pour adopter des institutions étran- « gères, et pour ainsi dire bâtardes, dont la doc- « trine de Zoroa«^r«rOrma2(/^m leur a ofifertrat- < trait. En quel temps ce Zoroastre, ou Zaradas, « a-t-il fleuri et publié ses lois? voilà ce qui n'est « point clairement établi. Les Perses actuds disent « nûment qu'il vécut sous Hystasp, sans y joindre « aucun éclaircissement; de sorte qu'il reste éqoi- « voque et toutà fait incertain si ce fut le père de « Darius, ou quelque antre ( roi } Hystasp, En quel - « que temps qu'il ait fleuri , il fut l'auteur et le chef « de la religion des mages, en changeant les rites « anciens, et en introduisant ( un mélange ) d'opi- « nions diverses et confuses. En effet, les Perses « d'autrejbis adoraient Jupiter, Saturne et les au- « très dieux des Grecs, avec cette seule différence « qu'ils ne leur donnaient pas les mêmes noms : « car pour eux, Jupiter était Bel-us, Hercule était <t Sandres, Vénus était AnaU, comme l'attestent
> EntyèhlaBaéeritYcnno, et Aboolbiage vert IM».
> Yoyes ^de, pag. an «t snlvanles
SUR L'HISTOIRE ANCIENNE
« Bérose et d*autres écrivains qui ont traité des « antiquités mèdes et assyriennes. »
Ainsi, jusqu'au temps d'Agathias, les savants perses ne disaient point que VHystasp de 2U>roastre fût notre Darius, fils d*Hystasp, ni VHystasp père de Darius : c'était une chose cèscure pour eux , comme pourlessavants grecs de Constantînople. Orsi Agathias, né Asiatique, vivant jurisconsulte àSmyme, homme dontl'ouvrage annonce un espritmétliodique et cultivé; si Agathias, habitué, en sa qualité de jurisconsulte , aux recherches et aux discussions de eUres et d'origines, a regardé l'identité de ces deux Hysitup comme une chose ttk^éo/iaeuu; cette identité n'avait donc pas la certitude qu'ont prétendu lui trouver les écrivains postérieurs; et si d'autres avukt lui Tavaient déjà admise, leur opinion, que sans doute il avait pesée, ne lui présentait donc pas des preuves déterminantes. Ainsi il n'admettait pas Topinion à^Ammien MarcelUn, autre historien du Bas-Empire 1 qui avait tranché la question dans le passage suivant de son histoire :
« En des temps reculés , dit cet historien > , l'art « de la magie prit de grands accroissements par « les connaissances que puisa chez les Chaldéens « le Bactrien Zoroastre , et après lui ( par le soin et « le zèle) du très-savant roi HysUupeSy père de « Darius. »
Sans doute Ammien MarcelUn > par la franchise et par Tamour de la vérité que respire son ouvrage, est un historien digne d'estime; mais ayant vécu dans les camps , et s'étant bien plus occupé de l'histoire des Germains et des Goths que de celle des Perses, il n'a point discuté le fait qu'il avance, et il l'a adopté de confiance de quelque écrivain antérieur. Or quel est-il cet écrivain antérieur? et qudle est son autorité, quand nous verrons à l'instant que Pline , Tan 70 de notre ère » professait le même doute, et un doute plus étendu qu' Agathias? Suivons néanmoins le passage d'Ammien Marcdlin, qui d'ailleurs sera utile à notre but.
« Ce roi ( Hystasp ) ayant pénétré avec confiance « dans certains lieux retirés de l'Inde supérieure , « arriva à des bocages solitaires, dont le silence « favorise les hautes pensées des brahmanes. Là « il apprit d'eux, autant qu'il lui fut possible, les « rites purs des sacrifices , les causes du mouvement « des astres et de l'univers, dont ensuite il com^ a muniqua une partie aux mages. Ceux-ci se sont 1 transmis ces secrets de père en fils , avec la science « de prédire l'avenir; et c'est depuis lui * (Hystaspes),
> AmmleD MaraelUn, Uy. XXin. II aéerit ven 880 à 890.
> Le texte porte iaheo(^ Hystaspe... ) AnqueUl a traduit : et c^eêi de ces mage» qu^ett venue, etc. Mém. Académ. des ioicript. tome XXXYH, VH- 7KS*
« que par une longue suite de siècles jusqu'à ce « jour, cette foule de mages composant une seule « et même (caste), a été consacrée au service des « temples et au culte des dieux. »
Ce fait nous sera utile; mais nous demandons à Ammien, de quelle source, de quel auteur a-t-il tiré l'opinion que ce trés-savani roi Hystasp, contemporain de Zoroastre, fût l'Hystasp père de Darius ? Est-ce des livres parsis? nous les avons, et l'on n'y trouve rien de tel. Est-ce d'Hérodote ? nous le possédons, et nous y allons voir la démonstration du contraire. Quelle analogie y a-t-il entre les actions et même les personnes des deux rois ? Kestasp est roi , et Hystasp , père de Darius , ne le fut point. L'on ne saurait dire que Darius fut Es/entUar; et si l'on veut qu'il fut lui-même Kestasp, EsfencUar, fils de celui-ci , n'a pas la moindre analogie avec Xercès, fils de Darius. Nous pouvons le dire hardiment : tout est contradictoire, tout est absurde dans cette opinion; et quels que soient ses inventeurs, il est évident qu'ils ont été induits en erreur par deux circonstances :
1* Par la ressemblance d'un nom qui paraft avoir été commun chez les Mèdes et chez les Perses ;
2« Par la ressemblance du goât que Darius eut pour les sciences des mages , selon les témoignages d'Hérodote, de Cicéron et de Porphyre, qui nous apprennent l'inscription de son tombeau , gravée par son ordre : Darius, roi, etc. docteur en magisme.
Voilà la double équivoque qui, pour les anciens comme pour les modernes , a été la cause première d'une erreur à laquelle se sont refusés tous ceux qui ont porté plus d'attention etde réflexion.
De ce nombre est Pline le naturaliste, l'un des hommes les plus distingués de toute l'antiquité, par son esprit et par l'immensité de ses lectures. Après des réflexions pleines de sens sur la magie, et sur la folle passion des Romains de son temps pour cet art d'imposture et de fourberie, Pline nous fournit, au début de son livre XXX*, un passage important qui mérite d'être transcrit :
« C'est dans l'Orient (dit-il ) , c'est dans la Perse , « que la magie fîit, de l'aveu des historiens, in- « ventée par Zoroastre; mais n'y a-t-il eu qu'un « seul Zoroastre, ou bien en a-t-il existé un se- « cond ? Cela n'est pas clair. Eudoxe , qui veut nous « faire regarder la magie comme l'une des sectes « philosophiques les plus utiles et les plus brillan- « tes, prétend que Zoroastre vivait 0000 ans avant « la mort de Platon ( mort l'an 348 avant J. C. ) , ce « qu'on lit aussi dans Aristote... Hermippe, qui a « écrit un savant traité sur cet art , et qui a traduit
« deux millions de vers composés par Zoroastre , « en indiquant les titres de chaque volume (d'où « il les a tirés) , rapporte qu'il eut pour maître « Àzonak ou Jgonak, et qu'il vécut 5000 ans « avant la guerre de Troie. Mais il est étonnant « que le souvenir (de l'inventeur) et que l'art aient « été conservés si longtemps, sans moyens inter- « médiaires, et sans succession elaire et continue « ( d'enseignement) ; car à peine se trouve-t-il quel- « qu'un qui ait ouï parler d'un Âpuscorus et d'un « Zaratus , Mèdes ; de Marmar et à^ Arahantiphoky « Babyloniens; de Tarmoenda, Assyrien, dont au- « cun monument n'existe. »
(Après avoir remarqué que dans l'Odyssée d'Homère, la magie est habituellement mise en action, Pline continue : )
« Je trouve que le premier qui a écrit sur cet « art est le Perse Ostanès, contemporain de Xera ces, qui en répandit dans la Grèce, non pas le « goût , mais la rage. Ceux qui ont fait des recher- « ches plus profondes placent un peu avant lui un a autre Zoroastre de Proconnèse... II est encore a une secte de magiciens, qui a pour chefs Mosés « et les Jui£s lamné et lotapé, mais (seulement) « plusieurs milliers d'années après Zoroastre (en a suivant le calcul des 6000 ans d'Eudoxe)... »
Pesonscertaines expressions de ce passage important :
« C'est dans la Perse que la magie fut inventée « par Zoroastre , de l'aveu des historiens. »
Selon Platon , Apulée , Porphyre, Hesychius, Suidas, etc. et selon tous les pythagoriciens, qui sans doute tinrent cette tradition de leur maître , le mot asiatique magos^ ou plutôt mag^ signifiait proprement homme consacré, dévoué au culte de Dieu, précisément comme le mot hébreu nasar^^n ; par conséquent le mot magie fut d'abord la science OU' la pratique de ce culte. C'est dans ce sens que Platon dit < « que les enfants des rois de Perse, « parvenus à l'âge de quatorze ans, recevaient quatre a instituteurs, dont le premier leur enseignait la « magie , qui est , dit-il , le cuUe des dieux {la re- « Ugian) : ce même instituteur leur enseignait <t aussi la politique royale, » Dans ce sens aussi Zoroastre a inventé la théologie des mages, et institué leur caste, qui devint la caste nazaréenne et lévitique du pays. Mais parce que la science des mages se composait d'astronomie et d'astrologie judiciaire, c'est-à-dire des prédictions, divinations et prophéties attachées à cet art ; qu'elle se composait encore de certaines connaissances physiques et chimiques , au moyen desquelles on
> Plato, de Leffibnt, pag. 441 , édition de I«i2.
opérait des phénomènes prodigieux et miraculeux pour la masse du peuple; cette science devint peu à peu un art d'imposture et de charlatanisme, qui reçut en un mauvais sens le nom de magie que
nous lui donnons Sous ce rapport, c'e5t4-
dire, comme art A^ évocations , d'enchantements, de métamorphoses opérées par certaines pratiques, elle est bien plus ancienne que Zoroastre, ainsi que le disent, avec raison, les Perses, puisqu'elle était la base du pouvoir et de l'influence des prêtres égyptiens, chaldéens, brahmes, druides, ea un mot, de tous les prêtres de l'antiquité. Le nom de KtUdéens, cité dès le temps d'Âbram, comme désignant une nation déjà ancienne , signifie devin , et fournit une preuve de l'art et de sa pratique chez un peuple qui, comme le dit Ammien IMaroellîn, ne fut d'abord qu'une secte, et devint ensuite, par accroissement, une nation nombreuse et puissante. Or si , comme il est vrai , ce genre de magie et de magiciens remonte à des milliers d'années, ce ne peut être qu*en le confondant avec le zoroastérisme, qu'Eudoxe et Hermippe en ont rejeté le fondateur à 5 ou 6,000 ans avant Platon et la guerre de Troie. Diogène Laërte nous fournit une troisième variante :
« Selon Hermodore le platonicien ( dit-il in proce- « mio ), depuis les mages, dont on dit que Zaro- « astre fut le premier cAtf/(princeps), jusqu*à la « guerre de Troie, il s'écoula 5,000 ans. »
Voilà mille ans de dififérence avec Eudoxe : remarquez qu'Hermodore ne dit pas depuis Zoroastre, mais depuis les mages; en sorte qu'il faut que quelque équivoque soit la cause de cette méprise , car il est bien certain que ces 5 ou 6,000 ans sont hors des limites de toute biographie connue, et que Zoroastre , comme nous Talions voir , n'a pas vécu plus de huit siècles avant Platon. Suidas paraît avoir changé ces 5,000 en 500 : mais le témoignage de ce moine du neuvième siècle est de peu de poids; U a voulu sauver l'époque juive de la création.
Actuellement, puisque le fondateur des mages est Zoroastre , auteur du système des deux principes ou des deux génies du bien et ^u mal ( Oromaze et Ahriman ) si célèbres en Asie , il s'ensuit, 1« que celui-là seul est l'homme dont nous cherchons l'époque; S» que partout où nous trouverons le nom de ses mages , ou quelqu'un de ses dogmes, cet homme aura déjà existé. Or, si au siècle de Pline l'époque de Zoroastre était déjà si peu claire oo si obscure, que l'on ne savait plus où le placer, cela seul prouve que le législateur des Perses , des Mèdes et des Bactriens ne vécut point au temps de Darius ; qu'il ne fut point ce magicien de Proconnèse, qui
SUR L'HISTOIRE ANCIENNE
Técut un peu avant Ostanes, et qui prît ou porta le nom de Zerdoîtst, comme Font porté depuis et le portent encore beaucoup de mobeds ou prêtres parsis , comme des Juifs célèbres ont porté celui de Moses '. Les faits contemporains de Darius et de Xercès furent trop bien connus des Grecs pour qu'il pût s'opérer dans l'Asie un schisme religieux , aussi éclatant que celui de Zoroastre, sans qu'ils en eussent ouï parler, et sans qu'Hérodote, qui y voyageait à cette époque, nous en eût dit un seul mot.
Néanmoins , puisqu'au temps de Pline il existait une incertitude, une équivoque sur un second Zoroastre ^ lequel, selon ceux qtd avaient fait des recherches plus profondes y aurait vécu un peu avant Ostanès (et cela peut s'étendre jusqu'à 60 et 80 ans), il faut^qu'un fait quelconque ait donné lieu à cette équivoque, et que réellement quelque mage et magicien, du nom de Zardast ou Zoroastre, ait été mêlé à quelque anecdote venue à la connaissance des Grecs. Et en effet Apulée, ce grand panégyriste de la magie, dans son absurde roman de VJne d'or, écrit en latin, 80 ans après Pline, nous fournit le passage suivant, tout à fait conforme à notre aperçu :
a On du que Pythagore ayant été amené (à Ba- « bylone) parmi les prisonniers égyptiens de Cam- « byses, eut pour instituteurs les mages des Perses, « et surtout Zoroastre, premier ou principal dé- « positaire de toutes sciences secrètes et divines >. »
Cet on dit annonce une tradition populaire qui peut remonter assez haut , comme tout ce qui concerne Pythagore. Prisonnier de Cambyses est un anachronisme grossier, puisque Pythagore, né en 608, avait84 ans ^ lorsque Cambyses conquit l'Egypte en 525; mais la fausseté de l'accessoire ne détruit pas le fait principal.
Ce fait, c'est-à-dire le voyage de Pythagore en Egypte , et de là à Babylone , se retrouve dans Diogène de Laërte, qui 20 ans après Apulée, compilant aussi la vie de ce philosophe, nous dit que,
« Dès sa jeunesse, passionné du désir d'appren- « dre, Pythagore quitta sa patrie, et voyagea en « divers pays , où il se fit initier à tous les mystè- « rês des Grecs et des Barbares ( des étrangers ) ; « qu'entre autres il alla en Egypte , au temps du « roi Amasis , à qui Polycrates de Samos le recom- «1 manda par une lettre, comme le rapporte jénU- « phon; qu'ensuite il visita les Chaldéens et les « mages, avec qui il eut des entretiens; et qu'en- « fîn il passa en Crète, à Samos et en Italie, où
* Témoin Rabbt Moscb, Maimonides.
* Apulée, lib. n. lamblique, qui a compilé la vie de Pylliagore , diaprés une foule d'auteun , vers l*an 320 , répète la même tradition.
3 Voyez Chronologie de Larcher, année 606.
VOLKET.
« il s'établit et fonda son école, comme le racontent « Ilermippe dans l'histoire de sa vie, et Alexandre « ( Polyhistor ) dans son livre de la Succession des « pJiMosophes, »
Ici le règne d'Amasis peut convenir, parce que ce prince régna dès l'an 570, lorsque Pythagore avait environ 38 ans ; mais Polycrates et sa lettre sont inadmissibles , parceque ce tyran de Samos ne commença de régner que vers 532, lorsque Pythagore avait environ 76 ans. Antiphon, en ajoutant que Pythagore , chagrin de voir Polycrates t}Tan , quitta Samos à 40 ans , pour s'établir en Italie, a sûrement confondu le départ pour T Egypte, lorsque Pythagore, après avoir déjà visité la Grèce, la Thessalie et la Thrace, commença ses voyages pour TÉgypte et rorient : la lettre de Polycrates (placée entre les années532 et 523), apocryphe comme celles de Pisistrate et de Solou , en tombant dans le règne de Cambyse, décèle la même source que le on dit d'Apulée : la seule chose que l'on puisse induire de cette tradition , est que Pythagore ayant réellement passé d'Egypte en Chaldée, put y converser avec quelque docteur mage du nom de Zerdast ( Zoroastre en grec ) , dont il aura cité le nom à ses disciples , qui en le conservant , l'ont confondu , ou ont donné lieu de le confondre avec le législateur. Clément d'Alexandrie nous offire un passage à l'appui de cet aperçu :
« Pythagore, dit-il ', alla à Babylone, où il se fit « disciple des mages : or Pythagore ( nous ) y montre
« Zoroastre, mage persan dont les hérétiques
« prodiciens prétendent posséder les livres. .. Alexan- « dre Polyhistor , dans son livre des Symboles pya thagoriciens, dit que Pythagore fut disciple de « l'Assyrien Naxaret, que quelques-tms prennent A pour Ëzéchiel ; mais cela n'est pas exact. »
Moins de 60 ans après Clément , Porphyre puisait aux mêmes sources , lorsqu'il écrivait :
« Que Pythagore fut purifié par Zabratas ou Za- « ratas des souillures de sa vie précédente, et qu'il a apprit de lui ce qui concerne la nature et les prin- « cipes de l'tmivers. »
Zaraias est évidemment le nom parsi de Zerdast; mais 1<> en admettant que le maître de Pythagore ait été Perse, comme le dit Clément , il n'est plus le législateur , car nous verrons les meilleurs auteurs attester unanimement que celui-ci fxxlMéde. Clément lui-même le dit, lorsque citant les philosophes qui se sont livrés à la divination, il nomme Zoroastre le Mède avec Abarès, Aristaeas, Pythagore , Empédocles , etc.
2^ Si le mage Zaratas a été Perse, il a dâ être
' Clemens Alexaudrinus, p. 131 U écrivait vers Tan 215.
RECHERCHES NOUVELLES
postérieur à Kyrus et à la tonquéte de Rabylone par
ce prince , en 538 Or, à cette époque , I^hagore
avait déjà près de 72 afiSy ce qui rend son voyage improbable à cette date tardive, et toujours nous ramène à la tradition fabuleuse du romancier Apulée.... Un soupçon se présente : en considérant que des noms juife se trouvent mêlés ici ; que le mage ZorcUas est cru Ézéhiel par les uns, Daniel par les autres; que le mot hébreu nazaret est une traduction littérale du mot nuig^ qui décèle une main juive; et qu'Alexandre Polyhistor , qui cite ce mot, a en général copié Eupolème, qui lui-même a copié les Juifs, qu'il fréquenta beaucoup : ne devons-nous pas croire que ce sont des contes fabriqués à Alexandrie , dans rintention , de la part des Jui^s , de prouver que tout venait de leur source ; et de la part des pythagoriciens, que leur maître avait tout connu?
D'autre part, la circonstance des livres montrés par \esprodiciens ne prouve pas l'identité du mage avec le législateur : car outre que les savants Porphyre et Chrysostdme fe^ traitent d*apocryphes , il est encore possible qu'un mage entrant en fonctions à cette époque, en ait composé qui seraient devenus le rituel dominant ; et ici nous touchons à un point historique qui est peut-être le noeud de toute cette question
Après Gambyses, fils de Kyrus, le mage Smerdis, comme l'on sait, usurpa le trône par unesupposition de personne et de nom. Darius avec les autres conjurés rayant tué , il s'ensuivit une proscription générale des mages, qui furent massacrés dans tout l'empire, et le souvenir de ce massacre resta dans une fête anniversaire appelée Magophonie : y est évident qu'après ce massacre, la caste des mages atterrée, fut à la discrétion de Darhis, ffls d'Hystasp. Si ensuite ce roi se fit honneur d'être appelé docteur mage, il trouva donc politique de la relever ; mais en la relevant , il aura été le maître des personnes et des choses; il aura nommé les fonctionnaires , le grand prêtre , les mobeds , etc. il aura même introduit les changements qu'il aura vouhi dans les rites ; et si c'est lui qui , en s'emparant d'une partie du haut Indus, comme le dit Hérodote , euiâes entretiens avec les brahmes, eomme le dit Ammien Marcellin, il apu être l'auteur d'une modification qui aura fait époque dans le système soroastrien : par un procédé semblable à celui d'y/rdéchir, il aura changé , subrogé, substitué à son gré; alors si, par un cas très-plausible , le grand prêtre constitué par lui , a porté ou a pris le nom révéré de Zoroastre, nous aurons à la fois le Zaraft»de Pline, le Zabratas de Porphyre , et le Zerdoust auquel appartiendrait l'oracle cité au temps &Ardéchir:
toujours est-il certain que cet oracle est apocryphe ■ , plein de contradictions , et qu'il ne peut convenir au législateur, comme nous Talions voir. Or puisqu'il est certain que les musulmans, nés seulement après l'an 632 de notre ère , n'ont pu recevoir que des rabbins juiâ toutes leurs fables sur la pré* tendue éducation de Zoroastre par Elle, par Eadras, pwtJérémie, par Ézékiel, il devient infiniment probable, comme nous l'avons d^à dit , que ces amalgames des noms de IMhagore, de Zaratas-Zoroastre et de NoAarei^ cru Ezékiel, ont été faits à Alexandrie, sous le r^ne des Ptolémées, lorsque les pytfaagoricienset les Juifs confrontèrent et mêlèrent leurs traditions, leurs raisonnements et leurs explications sans beaucoup de critique, surtout en chronologie. De tout ceci il restera seulement pour Dûts historiques :
> Vers le temps oA \\m place cette prophétie, les ^w^tici èhaldéeDsmaiitnéait oeUe de IfabnkodoïKMor, q«i aoDoiiçdt U ininede aoa empire ( voyez MégasthéDes) : les pnetres joU^ présentaient à Kyrus une prophéUe dlsaie annoDça&t ioid éKvaUon avec son frofift n&m ; mattieareiueiMot now B*avotts pBslamaaitsoritd*lsaie : «Doooragépar œs exemples, le grand prêtre laddus montra aussi au conquérant Alexandre sa venue prédite; enfin le Uvre de Daniel prédisait W8Bi(aprww4i». Uochw) les iiuatit mooaielites, dooC cdie des Bomains fut une. Ces siècles furent ceux des prophéties : les époques dfs révoluttons sont des paroxysmes de «upentifioa. D*alllean rexposé de Ifooadi, m ple*6t dn Parm^ tes Mite«n, est ptein de contradictions... Il y a, dit-U, entre Zerduêt et Alexandre environ 300 ane^ parce que Zerâuxt aparu du tempe de Kai^Bisitatp ( Daitus HysUttp); mitfs entre Oailai, éta rai Tan 6fl0, et Alexaodn, roi d'Aaie en 3S7, U a*y a que iss ans, et un environ de 107 ans ne peut se permettre... D'Alexandre, mort en 3S4 avant J. €., Jnsq«*à AMéoMr, roi es 29S i^rés J. CfUyaMO aas,c«lfaaocMUenomBple«itr<mi ioo; aatra erreur trop forte. Son calcul de la prophéUe est d*aiUears inintelligible... JL'aiiinre pMr^auhoutâeSOù aiu; lanUgion oMcl'Mitptrv, «• font d0 1000... fiBt-<e lasD en tout, ou faioi seulemeat lOOO? Q prend œ denier narti. Mais si au temps d'Ardéchir U y avait 800 ans écoulés, les 100 qu*Q voulut w^tnter aux 900 restants faisaient 1100, «t wpeDdaot, co letraachant aoo am ( moiiit te ), «omme A fit. Il augmenta de pcét de fiOO ana. Or œs 600 ajoutés aux 800 que Ton disait éoooléa, font 1300. La prophétie n^étatt donc pas de lOOO ans en totid, eommeledit M«aolldl,ttalsdel000piaBaD0...EnoDtre,8iZevdttatpaI«t, comme il le du encore, aoo ans avant Alexandre, ce fut donc en 630, au temps de Kyaxar, roi des Mëdes, et de létémle, ehea les Hébreux, id MÛcudl, en oon> tradiction avecluinnéme, ae ptooeau nombre de aes compatriotes qui font Zerdust disciple de Jérémle , trompés peat-élre par réquivoque du nom de ce prophète , avec œlul Û^Vrwtih , ville natale de Zoroastre. Oe eateid fkvoriseralt l%ypottaésa d'un académicien ( Tabbé Foucher ), qui , dans un sarant Kémoire ( tome XXYII deslnscrlpt. ) , a voulu prouver que Zoroastre léglslaten parut au lemps de Kyaiafèa; mite non allons voir que ce système est plein d'inoohérenoes. Cette anecdote d*Ardéchir, en nous donnant la mesure de n^no* tance et de Taudace des gtmvematUemiaUqmee , ne pomalttfte pas ttona éomer la def d'mM antre énigme da mènn genre? savoir pourquoi le texte grec compte depuis la création du monde Jusqu'à notre ère SfiOBans,
tandis que le texte bétoen n'en conqple qne. . . * . 9mo
Difl<éNoce 1748
Si , comme 0 est vrai , c'était une opinion générale dams la basse Aaie, loo ans avant et après notre ère, que le t
SUU L'HISTOIRE ANCIENNE.
1*" Oœ Pjrtliagore vint et résida à Babylone entre les années 669 et 660, et qu'il put y converser avec des mages et des juî& , conune avec des prêtres cfaaldéens;
)• Que le nom de Zoroastre ou de Zardast, commun chez les Perses ■ , comme celui de Moham^ mad ehez les Arabes, et celui de Moses chez les Juifs, a occasionflé uneconfusion de personnes, de tempe et d'actions, qui a égaré la foule des écrivains.
Après le débat de toutes ces erreurs, il faut , pour arriver à connaître Tépoque réelle de Zoroastre, fils de Pcunmebasp, nous adresser aux plus anciens historiaas , et à ce titre nous devons d'abord interroger Hérodote.
Dès longtemps Ton a reraarqpié que son livre n'offrait nulle part b nom de Zoroastre ; et ce silence a toujours été une objection très^péoiMe pour ceux qui ont voulu que ce prophète, plus célèbre en Asie qoe THébiteu Hpîse , cAt été oontemitorain de Darius ^ fils d'Systaspes. En effet , «Qmment concevoir que Zojroasive e^t opéré , dans le vaste empire de ce prince, un hésàsme aussi éclatant que celui de Lttth^ en Europe , sans qu'Hérodote , qui visita FAaie presque dans le même temps, et qui a décrit la vie de Darius dans le plus grand déUil , eût fait la moindre mention d'uo homme et d'un événement
aUait >iir; il, oomaie 11 «t vrai, cette oplnloo prenaU m loone tfao» Utbéal«fie dt JkWMstre.^iaidttqae le laonde, gouTemé par Ormuzd, après avoir aoré 6,000 an$, est supptealé et détruit par AbfkBan , ^ui règne tf» aata«s tRtUe (total, 19,009, ^eattèr^n les dwxe moU 4» grand cngpif de Fannée, appdéMtmdiu, le toamfa sanscrit); ne poarraU-çn pas croire que les lolfc, Impségnés des opinions perses, ont pa et dâ ^effrayer de volrs'apfeocbsr laliodasIxièBic mltte, compté sur la Genèse ; qa^alors la prvdeofis de leur ^/nagogoe aorait Jugé nécessaire de faire une suppresskmqoi, comme «dle#Ai>décliir, leeulAt Vépofuê eu ifiiim; et^neoette^fération n'ayant au lieu qo*a|prài la tradnctton ti la dlrv^gatton du texte 9!ec, elle n'aurait agi que sur Thébreu pur, et qu'elle •oratt été effectuée spécialement à one époque où eUe aurait pa cntefTaaser la secte iMissante des cbréliens, qui n'usait que du texte grec? Tout cela est tellement asiatique et juif , qu'on peut le regarder comme vrai. Ajoutons que ces cinq et wis Bdae de Zoroastre, qai n'étalent que des mois , que des signes 4o Zodiaque cbaldalquemenl divisés en mitUpçrtûê, pris ensuite par méprise pour des années, doivent être Je ▼nd tcKte sur lequel flermippeet Eudoxe ont t>Mi leurs etnf et wix miUe €n$? Qn'efttoe qOe l'JUstolra antienne!
f Clément d'Alexandrie nous en fournit encore une pncuve. N Platon, dit41, fait mention d'un certain Ér (ou Hèr) lïh « dWwféni • JtanpkdUen d'oiigine, qui est Zoro^ain ; /ou « Il a écrit ces paroles... Toiol ce qu'écrit Zoroastre , fils d'Arfi inentus, Pamphlli^ d'origine : Ayant été tué à la guerre, «J« sois descendu ««x enfers (ou deux Inférieurs), et les « dieux m'ont dit ne que Je vitls raconter, p
n est évident que ce //lér a reçu ou pris le nom de ZotKulrv, et qUll a été un de ces chariatansdont PAileabonda an tempe dez>arjtf«etd'0«laiiéff. Sa vision, racontée par Platon, livre X de sa République, est d'allleun curieuse, en ce qu'elle nous montre des idées zoroastriennes sur l'autre monde , qui jie trouvent presque Utiéralement chez les musulmans jci chîez les chrétiens.
aussi marquants? Ce premier arguneiit négatif, déjà si puissant, est d^ailleurs appuyé d'un second, positif et concluant.... Tous les anciens s'accordent à dire que Zoroastre fiit Tauteur et le fondateur du magisme et de la magie, c'est-à'Kiire de la secte ^losophique des mages. Or le nom des mages est cité plusieurs fois par Hérodote , et eela avec des circonstances ridies en inductions.
« Les mages (dit cet historien) diffèrent beau* « coup des autres hommes, et particulièrement des « prêtres dP Egypte : ceux-ci ne souillent point leurs « mains du sang des animaux, et ne font périr que « ceux qu'ils immolent; les mages, au contraire, « égorgent de leurs propres mains tout animal, ex- « eepté f homme et le chien ; ils se font même gloire « de tuer les fourmis , les serpenta et tous len nsp* « tiJes et volatiles '. »
Voilà bien certamemeot les mages zoreastrieoji, définis par leurs rites, et même par leur comparaison • eomme ordre sacerdotal, aux prêtres égyp* tieos.«« Et déjà ils sont très-anciens, ces mages, puisque Hérodote ajoute : « Mais laissons ces nsai- « ges tels quils ont été iOii^jfifiaîrem^ii/ établis. »Ls mot origkiakrement nous recule lui seul  des sièel^ : ce n*est pas tout; le roi mède Aatyag ayant eu un premier songe, consulte * ceux d'entre les marges qui /avaient profession de les expliquer : tes jambes étaient donc les devins, kBprophéles, par conséquent les prêtres des Mèdes , d^ avant K-yms.
Un second sovge épouvante Astyag : il mande les mêmes mages, et ^etir réponse est encore plus instructive dans notre question *,
« Seigneur (di8en^ils au roi mède)^ la stabilité « ê( la prospérité de votre règne nous importent M heau^up;.... car enfin si la puissance souveraine « venait à tomber dans les mains de l^yrus , qù ^ « P^se, elle passerait à une autre mtion; et Us « Per$ês,quinousregardentc4mmedesétraagers, « n'auraient pour nous, qui sommes Mèdes, aueune « considération; ils uous traiteraient en esdaioe*; » au Ueu que vous, seijgneuTf qui êtes notre com- « patriote, tant que vous occuperez le trône, vous « nous comblerez de grâces , etc. 4 »
Donc les «âges étaient Mèdes de natioi^, et non pas Perses. Denc Zorioastre n'était pas né Persan,
> Hérodote, Ub.l, s CXL.
■ LU). I,p.88, gcvn.
3Ub.I,9,8S,Scxz.
4 En relisant Hérodote, nous trouvons dei;^ suifm IcaUs non nK>ins concluants. livre HI, g pLV, Cambysemourantcon- Inre les Peisesde oepointsouffrirque le mage Smerdis s'empare du tr6ne , et que par son imposture l'empire retourne
aux Mèdes Et ibid, § Lxxiu, le Perse Gobrya bsEanguant
les conjurés , leur dit : « QueUe honte pour de» Pemtt d'obéir « h un Mède , à un mn»$ei »
RECHERCHES NOUVELLES
comme on le croit vulgairement , mais Mède, ainsi que le disent les Parsis.
Cette concordance entre eux et notre auteur, en prouvant la justesse de ses informations, met le fait hors de doute. Ces mots : a Les Perses nous traU « 1er aient comme des étrangei's » (et chez les anciens, rétranger, hostis, était Tennemi); « s'ils « étaient les maîtres, ils nous traiteraient en escla- « ves; » ces mots indiquent que les Perses avaient une autre religion que celle des Mèdes. En effet, la description très-détaillée qu'en donne Hérodote ' , ne convient point au zoroastérisme ; le traitement que Kyrus veut faire subir à Krésus, serait le sacrilégele plus impie dans ce culte, qui défend, par-dessus toute chose, de souiller le feu, en y jetant les corps soit morts, soit vivants. Ainsi, de la part d'Hérodote, tout indique, tout prouve que Zoroastre ne fut point Perse; qu'il ne vécut point au temps de Darius, et que sa religion, d'origine mède, ne fiit introduite chez les Perses que lorsque, par des vues politiques, Kyrus introduisit chez ses sauvages compatriotes tout le système des usages , des mœurs , des lois et du gouvernement des Mèdes amollis et civilisés.
Après Hérodote, ou plutôt avant lui, le premier écrivain grec connu qui ait articulé le nom de Zoroastre, n'est pas Platon , comme on l'a dit quelquefois , mais Xanthus de LycUe y qui , sous le règne de Darius, publia, en quatre livres , une histoire de son pays, très-estimée et souvent citée par les anciens. Hérodote , qui ne publia la sienne qu'environ 40 ans plus tard , s'en est beaucoup servi , selon Plutarque; et nous devons l'en louer , puiqu'en matière de faits , la meilleure méthode de les narrer est d'emprunter le langage du premier témoin ou narrateur , quand on le sait fidèle. Or l'historien Xanthus, selon Diogènes de Laërte *, estimait que depuis Zoroastre, chef des mages , Jusqu'à l'arrivée de Xercès en Grèce, il s'était écoulé 600 ans; c'est-à-dire que Zoroastre aurait fleuri 1080 ans avant notre ère, ce qui déjà est une antiquité hors de la portée é%s chronologies grecques. Mais ce passage de Xanthus n'est pas le seul de cet auteur qui nous soit parvenu; Nicolas de Damas, qui vivait au temps à^ Auguste, nous a conservé dix pages in-4» de détails ciurieux sur les rois de Lydie, et il n'a dû les tirer que de Xanthus 3. Parmi ces détails se trouve l'anecdote du bûcher de Krésus, qui nous offre encore le nom de Zoroastre, L'historien dit en substance :
« Kyrus fut touché du traitement qui se prépa-
> s cxxxi.
* JnPfOiBmio.
3 ymiuii êxetrpta» pages 460 et «oivtntei.
« rait pour Krésus ; mais les ( soldats ) Perses ina sistèrent pour que ce prince fût livré au feu , et ils ft s'empressèrent de lui dresser un vaste bûcher, où « ils firent monter avec lui quatorze des principaux « seigneurs de sa cour. Kyrus, pour les dissuader, « leur fit lire un oracle de la sibylle; ils prétendi- « rent qu'il était controuvé, et ils allumèrent le bû- « cher... Alors éclatèrent de toutes parts les gémis- « sements des Lydiens.... Cependant un orage qui « s'était approché ( durant les apprêts assez longs), « commence de gronder; les nuages s'amoncellent a et obscurcissent le ciel. Krésus voyant ce seoours « d'Apollon , implore la faveur du dieu auquel il a K offert tant de dons; les éclairs redoublent, le tonci nerre éclate, la pluie tombe à torrents.... Ledé- « sordre se met dans les rangs des soldats ; les che- « vaux, efi&ayés par la foudre et par les éclairs,
« augmentent le tumulte Alors une terreur ( re-
« ligieuse } s'empare des Perses. Us se rappellent « l'oracle de la sibylle et ceux de Zoroastre : ils crient « de toutes parts que l'on sauve Krésus; et c'est à « cette occasion que les Perses ont établi en loi, cou- « formément aux oracles de Zoroastre ^ que les cace davres ne seraient plus brûlés , ni le feu souillé « par eux, ce qui ayant déjà eu lieu par à^anden- « nés institutions y fiit alors rétabli et conûrmé. >
Dans ce récit nous voyons, 1« qu'à cette époque les Perses n'avaient point encore la religion de Zoroastre, et c'est ce qu'indique Hérodote; T^ qu'en appelant ancienne institution le culte du feu qui caractérise cette religion , l'antiquité de Zoroastre est également énoncée. Quant à ce que ces institutions auraient eu lieu jadis chez eux, il est probable que sous l'empire des Assyriens et des Mèdes, quelques tribus, quelques familles auront imité la religion de leurs voisins et maîtres , comme il arriva aux Juifs, chez lesquels, au temps d'Achab, s'introduisirent les rites assyriens. Mais la masse de la nation nefîit point zoroastrienne; l'obstination des soldats perses à brûler Krœsus, c'est-à-dire, à en faire un sacrifice à la manière des Phéniciens, des Indiens et des Keltes, en est une démonstration complète : l'on doit donc regarder comme un fait positif cette remarque de Xanthus, que ce fut l'incident merveilleux de l'orage éteignant le bûcher de Krœsus, qui opéra la conversion des Perses au zoroastérisme, comme la victoire de Tolbiac convertit au christianisme les Francs de Clovîs ».
De tout ce que nous venons de voir, il résulte
* Xanthus, au début de son article, observe que Kyros 8*était fait instruire de la doctrine des mages : donc fl D'y était pas Dé; U les caressait pour se faire un parti chez ki Mèdes.
SUR LHISTOIRE ANCIENNE
que, même au temps deXanthus et d'Hérodote, c'est-à-dire près de 600 ans avant notre ère, l'époque de Zoroastre était déjà enveloppée des nuages de l'antiquité. Nous n'insistons pas sur les 600 ans donnés par Xanthus, parce que cette date n'est suivie d'aucune preuve, et que le savant Athénée en conteste la citation; mais nous avons le droit d'en conclure que si dès lors les idées n'étaient pas plus claires sur ce fait que sur la guerre de Troie et sur l'époque d'Homère, il ne £aut pas s'étonner qu'elles soient devenues plus obscures dans les siècles suivants, et surtout dans les premiers de notre ère, où les écrivains en général furent moins érudits et néanmoins plus tranchants.
Voyons si, en continuant nos recherches, nous ne parviendrons pas à découvrir quelque témoignage positif sur r^oque de Zoroastre.
Nous devions l'attendre de Ktesias ; mais ses extraits en Photius et Diodore ne font pas mention de ce nom, et l'on ne sait s'il faut lui attribuer ce qu'en un autre endroit Diodore dit de Zaihraustes, inventeur du dogme du bon génie chez les Aijmaspes; toujours est-il vrai que le dogme convient, et que ce nom de Zat/iraustes correspond assez à Zéréiastré, qui , selon Anquetil , doit avoir été le nom zend de Zoroastre.
Après Ktesias, le Ghaldéen Bérose a eu plus de moyens que personne d'éclaircir la question; mais soit inimitié de secte, soit défaut d'occasions, ses fragments ne nous apprennent rien. Il faut descendre jusqu'au temps de Pompée pour trouver une phrase ricbe d'instruction, malgré sa brièveté : nous la devons à Justin ' , abréviateur de Trogus, qui accompagna en Asie le général romain.
« Ninus (dit -il) ayant subjugué tout l'Orient, •« eut une dernière guerre avec Zoroastre, roi des « Bàctriens, que l'on dit avoir le premier inventé « les pratiques des mages , et avoir profondément « étudié les mouvements des astres et les principes « moteurs de l'univers. Ninus l'ayant mis à mort, « mourut lui-même, et laissa son trône à sa femme « Sémiramis, et à son fils Ninyas, encore jeune *. »
Ce passage est d'autant plus précieux, que son auteur, Trogus, avait voyagé en Médie et en Assyrie à la suite de Pompée , et qu'il put y consulter les monuments et les traditions du pays. Zoroastre, rai de BacMane, est une circonstance désavouée des Parsis, et contredite par Ktesias , qui dit que le roi de Bactriane attaqué par Ninus se nommait
> Ub. IfCapi.
* Ce qa^Aagustin, de CivitaU Dei, Mb. XXI , cap. H; oe qa^fose , Ub. I, cap. 4 , daos le cinquième siècle ; et oe qu'Ariiobe, lib. I , daDs le troisième siècle , disent de Zoroastre et de Rinus , n^est qae la répéUtton de ce passage.
Oxuartés; à la vérité, ce nom parait être généri-. que, puisque, en le décomposant , on l'explique roi de roxus. Mais outre l'accord que cette circonstance forme avec le récit des Parsis, en laissant croire que le nom propre de ce roi put être Kestasp, cette guerre elle-même d'un prince étranger contre la Bactriane, le rôle important et presque royal que Zoroastre y joue, sa mort qui y arriva , selon la plupart des Orientaux modernes , sont autant d'accessoires qui, par leur ressemblance, constatent le fait fondamental, savoir, que Zoroastre vécut au temps de Ninus : et si l'on remarque qu'aucune chronique grecque n'a pu remonter d'un fil continu jusqu'au temps d'Homère et de Lycurgue; que dès le siècle d'Alexandre les idées étaient obscures sur Pythagore , sur Thaïes, sur Solon, l'on concevra qu'Hérodote et Xanthus ont pu être embarrassés sur le temps infiniment plus reculé de Zoroastre.
Au témoignage de Trogue vient se joindre celui de KephaUon (vers l'an 115 de notre ère), dont les recherches profondes et variées en chronologie sont fréquemment citées par Eusèbe et par le Syncelle. Ce dernier nous a conservé un trait qui s'encadre très-bien ici :
« Jadis , selon Kephalion , régnèrent les Assy- « riens, à qui commanda Ninus... Puis cet auteur « illustre joint la naissance de Sémiramis et du mage « Zoroastre; il parcourt les 53 années du règne de « Ninus... etc. < »
Voilà donc encore Zoroastre contemporain de Ninus, puisqu'il l'est de son épouse Sémiramis : et Kephalion ne se bornait pas là; car l'Arménien Moise de Chorène, qui eut en main son ouvrage, le censure, |Nnir aroirp/loc^ immédiatement après l'avénement de Sémiramis, la guerre que cette reine ne fit à Zoroastre qu'après son retour des Indes, et pour avoir dit que Zoroastre y succomba, tandis que ce fui elle qui y périt.
Le livre de Moyse de Chorène n'ayant été publié qu'en 1736, les chronologistes antérieurs à cette date ont été privés de cette citation importante; et comme tout le fragment contient des détails précieux et décisifs sur la question qui nous occupe, le lecteur les verra avec d'autant plus de plaisir, que ce livre n'est pas très-commun.
Après avoir rapporté , conformément aii livre chaldéen d'Alexandre, les guerres mythologiques de Haïk et de Belus , Moyse de Chorène arrive à des guerres réellement historiques, et sa transition se marque par quelques observations dont la substance mérite d'être citée.
« A l'égard des conquêtes nombreuses, dit-il, qui
' SyDoeUe,p. 167.
RECHERCHES NOUVELLES
« signalèrent le règne d'Aram, principal fondateur « de notre État, si elles ne se trouvent pas dans les « archives publiques des temples OU des roîs , ce « n'est pas une raison d'en douter; car outre qu'elles « ont précédé l'époquA de IHinus, et qu'elles sont « arrivées dan& des temps où l'on ne croyait pas né- « eessairé d'écrire ce qui se passait hors du pay» et « chez lês étrangers, Marchas nous apprend encore H que eeâ récits ont été faits par deà partidulieirs « anonymes, dont les Mémoires furent joints aux « ardiivesi royales, et il ajoute que si l'on a perdu « le souvenir de beaucôupde choses, c^^^par^^gt^ « i^fhMSy enflé d'ofgueil « ei avide de célébrité, fié « brûler beaucoup de ttvres et d'histoires des temps a qid ravalent précédé, afin qu'on ne parlât que adê hdetdeson régne *.
« Or Aram laissa un fils appelé ^mP, qui lui « ayant succédé peu de temps avant la mort de « rTmua , obtint de ce monarque la même fôveur « qu'avait obtenue son père [c'est-à-dire celle d^étre « confirmé dans sa principauté à titre de vassal, « de porter un bandeau orné de perles, et d'être le « second personnage de l'empire ^ ]. «
Moyse de Chorène raconte ensuite comment, après la mort de Ninus, Sémiramis, éprise de la beauté d'Aral , voulut en faire son amant et même son épout. Le prince arménien s*y étant refusé, rAisyrienne lui fit la guerre, et battit son armée dans la plaine qui reçut alors le nom d*Àrairai, Le corps d'Arat , tué dans le combat , tomba aux mains de âémiramis, qui d'abord, pour calmer les Afméntens , fit courir le bruit que ses dieux et ses ma- 0dlens (ou prophètes) l'ataient ressuscité poursatlsfaire ses désirs; puis elle attaqua tout le pays, et le subjugua. L'historien ajouté que charmée de la beauté du climat, bien plus tempéré que celui de Ninive, eette reine bâtit une ville, un palais et des jardins délicieux près du lac de Franck ( et en effet les anciens géographes placent dans ce local SemXramo Kerta, la ville de Sémiramis). Moses décrit l'aspect général du pays, le site particulier du lieu, sa disposition variée en collines, vallons et prairies, etc. ses ruisseaux d'eaux vives et douces, et la chaussée dispendieuse qui fut construite pour former un lac charmant; il spécifie et le nombre des ouvriers employés à ces travaux, lequel fut de 4!2,ooo, et les Constructions et les distributions, et les genres
< Éhâp. t3,p.40.
* Ér^itatB bràla amil is tenpiê ûtfi^iÊè pour (|U*iin parlât de lui : d'Érostrate à Niniu, qaelte est la différanoe? ' Chap. 14.
« IbM. pag. â7.
d'ornements ; tout cela avec des détails qui prouvoii que le livre chaldéen d'Alexandre fiit composé nir des documents officiels >.
Moyse de Chorène continue : « Alors que Séaainmis se fut fait cette habitation délicieuse, elle prit rhalritude d'y venir passer l'été. Elle confls le gouvernement de Nioive et de l'Assyrie on mage ^erdust*, prince des Médês; die fiait même par lui laisser l'administration de tout rempire...««. La vie dissolue qu'elle menait lui ayaot attiré des reproches de la part des enfants de Ninus, elle les fit tous périr « excepté Mtnyas; mais par la suite Zerdust manqoa à sa ooiifiaoo6,et conmie il voulut se rendre indépendant, Séminrols lui fit une guerre dont les soiteB, devenues trèfr^raves, la contraignirent à fuir devant lui en Arménie, où son fils Ninyat la fit mettre à mort. Ceci, ajoute Moyse de Chorèoe, me rappelle le récit de Kephalion, qui, comme bien d'autres, place après TavéDement de Sémiramis «i trône, d'abord sa guerre contre Zoroostre, guerre dais laquelle il prétend qu'elle fut victoricue, puis son expédition aux Indes. Mais Je regarde comme bien plus certaines que Mar-Ibas rapporte, d'après les Uvrei ckaidéens; car il explique avec ordre et clarté les événements et les causes de cette guerre ; et ce savant Syrien a en sa ûf eor nos traditions populaires, qui en récitant la mort de Sémiramis , disent, dans leurs chansoos, que cette reine fut obligée de fuir à pied; que dévoréede soif, elledemandaun peu d'eau dentelle but, et que se voyant approchée par les soldats, elle Jeta son collier dans la mer ^, d'où est venu le proverbe : Jeter les joyaux de Séndramis à Veau. >
t La preuve que Moaès n^a pas fait on roman , est qu'ayant prtsedté aa deaeripttOD à M. Amédée laubert, ai^ottitrbal aiiditeur au cooseU d*état, qui a voyagé dans le paya, U ooos a aaauré, dès la seconde page, qu*ll reooDiialssait parfaiteutent les envifons du lac de f^Ank , et parUcoUéMoent le local appelé Amis, Ueu redouté à cause des volema qui s'y cachent dans les trous d'une raine dont la fonne retrace one Vieille digue.
' U traduetton latfne porta Zoroastie à la maniic» da Greos;nialsle texte porte Zenfutl àla manière des Parris.Lei traducteurs ne devraient Jamais se permettre ces changementi et noms propres : U en résulte quelquefois de graves oootn^ens; par exemple, cette même traduction rend à Ispap 97 , le pays de KU$oi par CœUsyrie, pendant que c'est YÀkitis-ène de StraboU. Avec ces interpréUiUons, on a iatrodoit une foule d'erreurs et de dUttcultés dans llUitoire aaeieooe.
3 LesAhnénieDS, comme les Arabes, nomment d'un otee mot tout grand espace d'eau : cette mer est le lac de f^âak. En Ê^pte , le fleuve s'appeUe Bahr, comme IXhséan latee. tout ce rédt de Mosès aeela de rettarquabte, qu^en te eoofrontant à celui de Ktesias , Ton trouve que le Grec nous a donné le commencement de l'histoire de Sémiramis, et VMraénten , le dénodraent ; tous les deux sont parfaitement d'a^ cord sur le caractère. EtMosésparatt n'avoir oonna Kleii» que par IModore*
SUR L'HISTOIRE ANCIENNE
Après des détails aussi précis, provenus d'uoe sooroe aussi authentique , il ne peut rester de doute sur l'époque de Zoroastre; et si nous comparons les fiiits divers qui nous sont fournis , tant par les Parsis que par les historiens grecs , et par le livre chaldéen d'Alexandre, nous pouvons tracer de la vie de ce législateur, un tableau plus probable que tout 06 que l'on en a écrit jusqu'ici.
Vie de Zoroastre.
Sdon Hérodote et selon les Parsis, Zoroaatre naquit Mèdê. Ceux qui l'ont oru Bactrten furent induits en erreur par le théâtre de sa mission, eomme ceux qui l'ont dit Persê l'ont M par la prédominance du peuple qui fit le plus eonnaitre sa religion. A l'époque de sa mission , entre les années 1S90 et 1900 , le vaste pays qui depuis a composé l'empire des Perses, était partagé entre |dusi^irs nations indépendantes et ennemies.
f La nation nMê, composée de six peuples ou tribus * , occupait les pays actuellement nommés Aderbman, Djebàl, et Iràq-A^fami, ayant pour limites, au nord, le fleuve ^raxe«; au midi, la chaîne des monts Éhyméem^ aujourd'hui Lowistan; et à Test celle de Fancien Zagros, bornant les plaines assyriennes du Tigre.
T La nation perse, composée d'un grand nombre de tribus, dont Hérodote nomme jusqu'à onze, les unes sédentaires , livrées à la culture ; les autres vagabondes, nourrissant des troupeaux; toutes sauvages et guerrières : cette nation s'étendait depuis les monts Élyméens, au nord, Jusqu'au golfe Perslque, à l'ouest et au midi.
S* Le Khorasan actuel était habité par les Bae» Mens, autre race, partie agricole, partie nomade, qui semble être d'origine scythique, et qui forma on état puissant et très-anciennement civilisé.
4« Le Mazanderan et le GhUan avaient encore d'autres peuples indépendants, cités comme féroces, tels que les MarseSy les Geto.et les CaddusU, qui occupaient les montagnes Jusqu'au lac Ourmi.
5* Enfin le Kurdistan propre, d'où le Tigre et le Zflb tirent leurs sources, avec le pays de Seniuiar ou Sincyar, était le patrimoine des Assyriens divisés en tribus, dont l'une, celle des Chaldéens, jouait diez eux le même rôle sacerdotal que les lévites chez les Hébreux , que les brahmes chez les Indiens , et que les mages chez les Mèdes. Ninus ftit le
* Hérodote, lib. I, g ci, nomme les Btui, les Paretakeni, les SintelUUêt, les AfUanH, ks BMMrifit. et les Magûi ( ma-
premier qui soumit tous ces peuples à un mémejoug, et qui en composa un corps politique , dont le temps amalgama peu à peu et identifia les parties. Depuis ce conquérant , le pays compris entre le Tigre et V Indus ayant presque toujours formé un même empire, sous l'influence d'un même pouvoir et d'un même langage, les habitudes de cette réunion, en faisant perdre de vue l'ancien état de choses , ont induit les écrivains orientaux en une foule de méprises géographiques; et comme ils n'ont plus compris le vrai sens des anciennes descriptions , ils ont fait de vicieuses interprétations des noms, et ont fini par défigurer totalement l'histoire. Par exemple, le nom ^'Air-an > ne désigna d'abord que la MécUe propre, appelée Aria dans Hérodote, ÉriaTié dans les livres parsis ; mais par la suite, et probablement sous les rois mèdes , ce nom ayant été attribué à tout leur empire, ses habitants n'ont plus su à qui appartenait le nom de Tour-an; et parce qu'ils ont trouvé le Tourk-^sian à l'est de la mer Caspienne , ils ont placé là le royaume de Tour, qui était réellement à l'ouest, et se composait de tout le pays montueux du Taur-us *, et spédalemeot de YAtouria des Grecs • c'est-à-dire que l'ancienne division était la plaine {Abr^an)^ et la montagne ( Thur-an) : aussi est-il échappé aux écrivains persans de conserver , comme malgré eux, cette circonstance, que des possessions d'Arc(fasp se trouvaient au couchant de la Caspienne; elles y étaient toutes , par la raison qu'^rdfjasp, roide Ttiur-an, ne fut autre que Ninus, roi del'^totiriaetdetoutle Taurtu, Lorsque ce prince eut subjugué la Médie et crucifié son roi Phamus, le Mède Zoroastre put avoir des raisons de quitter sa patrie, traitée avec la dureté qui caractérise les anciens temps. Peut-être fut-ce à cette époque et à cette occasion qu'il se réfugia dans V antre que nous décrit Porphyre, d'après Eubulus. ( Il devait , selon nos calculs, avoir alors 30 à 31 ans. )
« Nous lisons dans Eubulus, que Zoroastre fut « le premier qui ayant choisi dans les montagnes « voisines de la Perse, une caverne agréablement « située, la consacra à Afithra, créateur et père de « toutes choses; c'est-à-dire, qu'il partagea cet antre « en divisions géométriques figurant les climats et « les éléments, et qu'il imita en partie l'ordre et la A disposition de l'univers par Mithra. De là est venu
* Prononoé IrAoe oo ÈrAne : an est la désinenoe , comme us en latin et os en grec. AI^an. VArménien Mosès fait obserrer que Arioi signifie ( fortes ) les hrmes , mot analogoe à vifiiMC/iniM)etàvtr,quidansleiaiiicritonile m«in«ieDS
qu'en latin.
» Touréi Taw s'écriTent par les mtoes lettres arabes , et dans les radicaux du phéDieien et dnchaldéett, rouret Hmmot sont le nom général des montagnes.
RECUERaiES NOUVELLES
« Tusagc de consacrer les antres à la célébration des « mystères, et de là Tidée de Py thagore et de Platon , « d'appeler le monde un antre, une caverne. » ( Porphyrius , de Antro nympharum. )
Cest-à-dire que Zoroastrese composa une grande sphère armUlaire en relief, pour mieux étudier les mouvements des astres, et connaître le mécanisme du monde, conune l'a dit Justin.
« Ce fut d'après ce modèle que les Perses , au rap- • port de Celse ' , représentaient , dans les cérémo- « nies de Mithra , le double mouvement des étoiles « fixes et des planètes, avec le passage des âmes dans « les cercles ou sphères célestes... Pour figurer les « propriétés ou attributs des planètes, ils montraient « une échelle le long de laquelle il y avait 7 portes, « puis une huitième à l'extrémité supérieure. La pre- « mière, en plomb, marquait 5a^ume; la deuxième, « en étain, ^énus; la troisième, en cuivre, Jupiter; la « quatrième, en fer. Mars ; la cinquième, en métaux « divers, Mercure; la sixième, en argent, la Lune; « la septièriie, en or, le S(^il (puis le ciel empyrée) . »
Sans doute voilà l'échelle du songe de Jacob ; mais toutes ces idées et allégories égyptiennes et chaN déennes ayant existé bien des siècles avant Abraham et Jacob , l'on n'en peut rien conclure pour et contre l'antériorité de la Genèse, relativement à Zoroastre.
Ce fragment précieux nous prouve que la théologie de ce chef de secte , semblable à celle des Égyptiens et des Chaldéens , et généralement de tous les anciens, ne fut, comme le disent Plutarque et Cheremon , que Vétude de la nature et de ses principes moteurs dans les corps célestes et terrestres : si , comme le dit Pline , Zoroastre passa vingt ans dans cette grotte, et s'il y entra à l'âge de 30 ans, comme le disent les Parses, il dut arriver en Bactriane vers l'âge de 50 ans, et cette date coïnciderait avec la seconde attaque de Ninus; mais, ainsi que nous l'avons dit, l'on ne peut guère compter sur l'exactitude de ces données. Le choix qu'il fit de ce pays s'expliquerait bien par l'aversion qu'il dut porter à Ninus, et par le caractère désireux de nouveautés qu*Ammien et Lactance donnent au roi de Bactriane. Cette contrée , extrêmement fertile , formait alors un royaume puissant qui, par son heureuse position, touchant à l'Inde , à la mer Caspienne , et à tout le nord de l'Asie, était l'entrepôt naturel de cet ancien commerce, au sujet duquel Pline nous dit que^'adis les marchandises de l'Inde remontaient par le fleuve Indus j se versaient dans l'Oxus, et de là , par la Caspienne, dans tout le nord de l'Europe et de
> Voyez Origène contre Celse, lib. YI; Vie de Zoroastre, pag. 28; Zend-«ve8tA, tom. II
l'Asie. L'or des mines de Sibérie venait s'y échanger contre les produits de l'Inde et de l'Asie occidentale ; et de là l'extrême abondance de ce métal, jusqu'au temps d'Hérodote , chez les Massagètes et les Bactriens. Cet état d'opulence, qui dut être un motif d'attrait et de cupidité pour Ninus, put n'être pas indifférent à l'ambitieux Zoroastre.
La vie monacale du père d'IIystasp, sa tête rasée , ses abstinences, ses mortifications, sont l'exacte copie des pratiques des brahmes et de plusieurs rois dont fait mention le livre Oupnekhat à pareille époque '. Le récit que nous font les livres perses, de la multitude et de la puissance des devins ou nuxgiciens de ce temps-là, et des miracles opérés par eux et par Zoroastre , encore qu'il soit un conte oriental dans ses circonstances, n'est pas une fable absolue au fond Il correspond à ce que nous disent les livres hébreux des enchanteurs égyptiens, de leurs miracles et de ceux de Moïse devant Pharaon , deux siècles avant Zoroastre. Cétait là le règne de ce qu'on a depuis appelé magie ^ ou l'art d'opérer des prodiges, et ces prodiges n'étaient pas tous de pures fables ou illusions.
Au sein des peuples agricoles, composés de paysans grossiers et de guerriers féroces, s'étaient formées des corporations d'hommes studieux, livrés parétatàl'observBtiondesastreset des influences célestes qui régissent les moissons. Bientôt ils avaient pu prédire les éclipses, ce phénomène solennel qui en impose si puissamment à la multitude; dès lors, appelés avec raison prédiseurs, prophètes, devins, ces hommes furent considérés comme les confidents
des intelligences célestes Le hasard d'abord, puis
des expériences méditées, leur ayant fait découvrir des opérations singulières, physiques et chimiques, ils en usèrent habilement pour augmenter leur crédit; ils firent entendre des voix là où il n'y avait point de bouche, apercevoir des objets là où la main ne trouvait point de corps ; ils allumèrent des feux spontanés , par des pyrophores et des phosphores; en un mot, ils opérèrent des prestiges de fantasmagorie , d'optique , d'acoustique , qui aujourd'hui , quoique divulgués et connus, nous causent encore de la surprise; et ils furent regardés comme des ministres de la diviniié : et parce que ces secrets, couverts d'un mystère profond, ne furent possédés que par certaines familles , dont ils assuraient l'existence et le pouvoir, ils purent se transmettre, subsista et périr avec leurs dépositaires, sans que la multitude en ait jamais connu l'artifice. Ainsi, nous
I L*original de VOupnekhai, si Uzarrement traduit oa phitôt défiguré par AnquetU , est bien reconnu pour être l'oo dei Uvres les plus authentiques après les Vedas : U date an moini de 1200 ans avant J. C.
SUR L'HISTOIRE AiNGIENNE.
dit-on , Zoroastre fit verser sur son corps de Tairain fondu , pour oonyaincre Kestasp : et de nos jours , nous avons vu un Espagnol se &ire arroser d'huile bouillante. La limite de ces prodiges n'est pas si fa-» cileà tracer qu'on le croirait d'abord; nous avons déjà remarqué que le nom de KeUdéens, Kasdy signifie proprement devins; il paraît que ce fut spécialement contre eux qu'eut à lutter Zoroastre. L'a* necdote du brahme Tchevigregatchah , qui vint de l'Inde pour le réfuter, nous prouve, d'autre part, l'existence déjà ancienne du brahmisme; par conséquent le dogme trinitaire des Vedas précéda le dualisme de Zoroastre : et Gléarque, cité par Diogène de Laërte(<nProœim'o),nefut pas bien instruit, lorsqu'il dit que les gyninosophistes dérivaient des mages; cela est inexact, même à l'égard des houdhUtes : mais ceux-là eurent raison qui , selon le même Diogène, soutenaient que la philosophie des Juifs venait de celle des mages ; car il est bien certain que depuis la captivité de Babylone , ce fut à cette source que les Juifs puisèrent tout ce que l'on trouve dans leurs li« vres, sur le Dieu de lumière (Ormusd), sur VennenU Satan, qui est Àhrimanes, sur les anges, sur la ré-swrrecUon en corps et en âme y etc. tous dogmes zoroastriens, dont on ne trouve pas une seule trace dans les livres de Salomon, de David, ni dans les lois de Moïse : la seule analogie qui existe entre la théologie de ce dernier et celle de Zoroastre , est 1» d'avoir proscrit toute image de la divinité, tout culte d^idoles, ce qui a préparé la réunion de leurs sectateurs, et marqué leur schisme avec les Sabiens, ou idolâtres; T de la part de Moïse , d'avoir représenté Dieu par X^feu^ tandis que le Mède le représente par la lumière ; ce qui, dans l'un et l'autre cas, appartient à l'opinion bien plus ancienne, que Véliment du feu était le principe de tout mouvement, de toute vie, la source incorruptible de toute existence; aussi le nom de leKoUy que donna Moïse à ce principe, signifie t-il réellement V existence et ce qui est ( Ego sum qui sum) , et cela dans l'idiome sanscrit comme dans l'hébraïque. Le lou (pUer\ ou Pater des anciois Grecs et Pelasgues , dont nous trouvons le cuite dès longtemps avant Abraham , prouve que cette doctrine indienne et égyptienne est de la plus haute antiquité. Sous ce rapport, le docte Aristote a eu raison de dire que lou était Oromaze , et que Pluton était Ahrimane '. Tout cela indique que la plupart des dogmes de Zoroastre existaient déjà avant lui , et que, selon l'usage de presque tous les novateurs, il ne fit qu'une nouvelle combinaison
■ Voyes Diog. Laérte i«i Proœmio, Mais Iorsqu*U i^oute que iM mages sont antérieurs aux Egyptiens, il est en erreur, et il oofile Hermippe et Eudoxe.
(comme a fait Mahomet). Il n'est pasdu ressortd'une chronologie d'exposer un système religieux aussi compliqué que celui de Zoroastre; il nous suffira d'observer que Thomas Hyde , plein de partialité pour les Guèbres, n'a fait qu'enibrouiller ce sujet. Pour le bien traiter , il eût fallu , avec son érudition , yporterl'espritfermeetlibredeHumeoudeGibbon.
La doctrine des modernes Parsis, modifiée à différentes époques depuis Kyrus, n'est pas une image parfaite de l'ancienne; plusieurs traits cités par Piutarque > et par d'autres auteurs grecs, ne s'y retrouvent plus; l'on n'aperçoit entre autres dans toute la compilation d'Anquetil , qu'une seule phrase sur le dogme du temps sans bornes, et cette phrase en dit moins que celle de Théodore deMopsueste, toute tronquée qu'elle est par Photius >.
« Théodore explique dans son premier livre sur « la magie perse, le dogme infâme de Zarasdes « touchant Zarouan, principe de toutes choses, a appelé fortune (ou hasard). Théodore rapporte « comment Zarouan, en faisant une libation ( pria- « pique } , engendra Ormisda et Satan ( Ahriman ) :
> Le passage suivant de son Traité sor Isis et Oairis est sartout remarquable :
« n est des hommes qui croient qu'il existe deux dieux, « dont le caractère opposé se plaît à faire Pun le bien , l'autre « le mal. Zoroastie les a nommés Oromaze et Ahriman. lï a n dit que la lumièreest ce qui représente le mieux Tuo, comme « les ténèbres et Tignoranoe représentent le mieux Tautre. Les « Perses disent qu*Ormnaze Ait formé de la lumière la plus « pore; Ahrimane, au contraire, des téHèbres les plus épais- « Bes.Oromazefltsixdieuxbonscommelui,etAbrimaneenopa posa six méchants. Oromaze en fit encore vingt-quatre au- « très, qu*U plaça dans un œttf; mais Ahrimane en créa autant, « qui percèrent Vantf, ce qui a produit dans le monde le méa lange des biens et des maux. »
Théopompe i^oute , d'après les livres des mages , a que tour a à tour Tun de ces dieux domine (est supérieur) trois mille « ans, pendant que Tantre est inférieur; qu'ensuite ils corn- « battent avec égalité pendant trois autres mille ans... mais « enfin le mauvais génie doit succomber, etc. »
En réduisant ces allégories à leur sens naturel et simple , il en résulte que Zoroastre, d'après ses méditations physicoastronomiques, considérait le monde ou l'univers, comme régi par deux principes ou pouvoirs, l'un de production, l'autra ù^ destruction ; que le premier gouremait pendant les six miUe, c'est-à-dire pendant les six mms d'été, depuis l'équinoxe du Bélier Jusqu'à celui de la Balance; et le second pendant les six mille ou six mois d'hiver, depuis la Balance jusqu'au Bélier. Cette division de chaque signe du Zodiaque en 1000 parUes, se retrouve chez les Chaldéeas; et Anquetil , qui a bien saisi l'aUégorie, parle en plus d'un endroit des douze mille de Zoroastre , comme des douze mois de l'année.
L'ori^est, comme l'on sait, l'emblème du monde chez les Égyptiens; les vingt-quatre dieux bons sont les douze mois divisés par quinzaines de lune croissante et de lune décroissante, dont l'usage se retrouve chez les Indiens conmie chez les Romains; ainsi du reste : c'est-à-dire que tout le système zoroastrien ne fut que de l'astronomie et de l'astrologie, comme tons les systèmes anciens ; et qu'ensuite , défigure par ses sectaires, qui ne l'entendirent pas, U reçut un sens mystique moral et des appUèations politiques qui ont eu, en plusieurs occasions, et spécialement chez les JuifiB, des conséquences singulières» puisqu'un nouveau système en naquit.
> Page 199, édit. de Rouen, 1663.
RECHERCHES NOUVELLES
« il parle aussi du mélange de leur sang, et réfute « tout ce dogme très-obscène. »
Ceci a un rapport évident avec les idées ancien' nés sur Idi/écofûiation, ou création annuelle , figurée par le phallus, dans le tableau du sacrifice de Mithra ' ; en même temps que sous un autre aspect , c*est aussi le mystère de la création première , ou extraction du chaos , par le grand agent des onciens, \e fatum, làfataliié^ le hasard, qui est aussi Vétemd, V ancien des Jours, Le mot persan ha%arouan a lui-même ce sens , puisqu'il désigne des mUUons d'années. C'est de ce dogme que les Valentiniens tirèrent leurs aXons, ou toujours vi* oantf ; et ce mot grec aldfi est l'^/itfiii , r^^tuim des anciens Latins , qui Font tiré du sanscrit aum. Ici nous avons, pour la première fois, la valeur véritable de ce mot indou si mystérieux , dont la méditation doit absorber toutes les facultés de Tâme; et en effet, quel sujet plus absorbant que Téternité ! Ce n'est pas le seul point de contact que le système de Zoroastre ait eu avec le brahmisme. Ses deux principes ne sont au fond qu'une simplification de la trinité indienne; et il a eu un avantage véritable à soutenir que U)ut pouvoir, toute action consistait à produire et à détruire; que par conséquent l'intermédiaire introduit par les brahmes, comme conservateur, sous le nom de f^hnou, était imaginaire , puisqu'il n'y a point de véritable stase entre croître et décroître, augmenter et cUminuer.
Ce furent toutes les analogies de ce genre avec les idées déjà existantes , qui préparèrent les esprits à l'admission de la nouvelle religion. Peut-être le roi des Bactriens y trouva-t-il encore l'avantage politique , en se donnant un système particulier , de se soustraire à quelque influence, à quelque suprématie exercée sur les prêtres de son pays , par ceux de Ninus. Quant à l'identité û^Ardjasp et de Ninus , d'Hystasp et de VOxuartes de Ktesias , elle résulte de la ressemblance de leurs actions :
« Ninus attaque une première fois Oxuartes, « c'est-à-dire le roi de VOxus, résidant à Bacfre; « U est repoussé par une armée de guerriers vail- « laots *. »
« Ardjasp, roi d'un paysà l'ouest de la Caspienne, « attaque Gustasp résidant à Balk; il est battu et « forcé de se retirer. »
« Ninus, après quelques années de repos, pen- « dant lesquelles il fonde Ninive, revient contre « Bactre. Cette ville est prise, son roi tué, et l'on « n'entend plus parler de la Bactriane que comme « d'une sa^ofàe sous Asar«dan-pal. »
■ Yosnes Dapuls, Ofigine de «Mit U$ euliei, pi. n* 17. * Voyez le fragment de Ktesias en Diodore, Ub. n , p. lis.
« Ardjasp, après quelques années, revient sur- « prendre Balk , et le roi Lohrasp est tué. >
Les Orientaux continuent la vie de Gostasp, et le font régner à Estakar, dans la Perse propre, mais les anciens Grecs nous assurent que Estakar, qui est Persépolis , doit , comme Pasargade , sa fondation à Kyrus ^;et\eê Parais alors ont confondu Kestaspavee Darius HysUisp, qui réellement embellit Estakar y comme il est prouvé par les inscriptions de cette ville. Sans doute Zoroastre se déroba au vainqueur, puisque ensuite on le voit r^ paraître à la eoui de Sémiranus; et la persécatioa qu'il avait essuyée de la part de Ninus put lui devenir un titre de faveur près de cette femme, amtsin de son mari. L'histoire ne nous apprend pas ce que devint Zoroastre sous le règne de Ninyas , dont il fut le complice; et nous n'avons point de conjectures à avancer sans soutien. Il nous suffit d'observer que l'origine de sa religion , à cette ^que, résouttoutesles difficultés chronologiques qui jusqu'à ce joiur l'ont embarrassée. L'on ne saurait, dans le système d'Hérodote , y opposer la mention que&t la Genèse de Varbre de la science du bien et du mal, et du serpent d'Eve , qui , par une allusion manifeste au nom d'^Arim^n (appelé dans les livres parais la grande couleuvre, et le menteur) , estappelé Aroum (rusé) par le livre hébreu; car nous avons prouvé, dans l'article des Hébreux, que h Genèse, telle que nous la possédons , ne saurait être l'ouvQige de Moïse ; et que^ par inverse, ce passage, joint à plusieurs autres, devient l'un des argoroeots de la posthumité de ce livre , rédigé au temps du roi Josias, par le grand prêtre Helqias, ou plutôt par Jéréfme, lorsque le système de Zoroastre régnait, depuis plus de cinq siècles , dans toute l'Asie occidentale.
Il nous reste à expliquer sur quelles bases, dans notre tableau, sont combinés les rapports chronologiques de Ninus, de Sémiramis et de Zoroastre.
L'âge de Sémiramis, à l'époque où Ninus l'épousa, exige deux conditions : l'une, qu*elle fdt encore assez belle pour le séduire; l'autre ^ qu'elle fût déjà assez mûre pour posséder les talents et les connaissances qu'elle développa. Le terme moyen convenable nous semble être 30 à 32 ans; elle dut enfanter Ninyas vers l'âge de 32 à 84. Lorsque nous la voyons périr , elle est encore dans la force des passions, et son fils est déjà assez grand pour devenir l'un des dbjets de ses désirs. U doit avoir eu entre 90 et 24 ans, puisque^ devenu roi, il adopte immédiatement un système d'administration calculé
* Voyes Diodore de Sidle, \ib. I; Siephanm, de VfkihMi, et Strabo,
SUR L'HISTOIRE ANCIENNE
avec astuce et profondeur. A pareil âge, dans des cireonstaaces semblables, le Ois également adultérin du conquérant David, Salonum, nous montre le même esprit, la même conduite. En reprenant ce sujet dans l'article des Babyloniens, nous verrons que Sémiramis a dû périr vers l'âgeded^ ans, comme le dit Ktesias.
Nimu , en commençant son règne, dut, avec le génie d'Alexandre et de Kjmis, avoir à peu près leur âge : supposons 24 ou 35 ans : il régna en 1287 : il dut naftre vers 1260 on 62 : s'il éublit son fils ^gnm roi des Lydiens en 1280, ce ne put être que sous la directiond'un vizir, ce cas a des exemples : Nînus employa 17 ans à subjuguer l'Asie ( le pays de Bacire excepté) ; il serait donc revenu vers l'an 1220 fonder et bâtir Ninive, qui, selon les historiens, fut plus grandequeBabylone...Supposons pour cette entreprise, et pour une période de paix et de soin d'administration, 10 à 12 ans : Il aurait repris la guerre de Bactriane vers l'an 1208, assiégé Bactre et épousé Sémiramis vers l'an 1207 ou 1206. Ninyas serait né vers 1206. Par la suite Sémiramis tend à son mari une embûche , où il périt dupe de sa trop grande confiance : il allait que ses forces morales eussent décliné : l'âge de 65 à 66 ans serait conve* nable; il aurait péri vers Tan 1196 ou 95, et aurait régné 42 ans. Ktesias lui en donne t&x de plus; mais Ktesias est convaincu d'avoir falsifié tous les règnes de sa liste : Sémiramis, devenue épouse de Ninus vers 1206 ou 1207; aurait pu naître vers 1239 ou 40. Selon Ktesias , elle aurait vécu 62 ans : cela nous conduirait vers 1180 ou 1179; son règne se trouverait de 15à 16 ans, plus 10 ans avec Ninus: ce serait en tout 25 à 26 ans , au Heu des 42 de l'auteur grec : les 15 à 16 ans sufilsent à ses travaux et à ses conquêtes, puisque la fondation de Babylone ne dura qu'un an, et que les deux millions d'ouvriers employés à cet ouvrage rendent le fait croyable. La guerre des Indes daterait de l'an 5 de son règne; celle d'Arménie , de l'an 7 ou 8; et la mort de cette femme étonnante serait arrivée 6 ans après, vers l'an 1180. Nous ne parlons point de ses prétendues conquêtes d'Afrique , frauduleusement imaginées par les Perses.
A la date de 1180, Zoroastre dut être avancé en âge; supposons 70 ans : il serait né en 1250 : si ^ comme le disent les livres parsis , il était déjà à Balk lors de la première attaque de Ninus , il n'aurait eu que 32 ans à cette époque; mais l'on ne saurait compter sur leurs récits chronologiques. A la seconde expédition, il avait 50 ans, et cela s'accorde bien mieux avec les 20 ans de retraite, et les 80 ans d'âge que lui donnent Pline et les Parsis , lors-
qu'il commença sa mission. Il serait devenu vUir de Sémiramis vers l'âge de 65 ans , et Ton voit que toutes les vraisemblances sont observées.
Un incident de la vie de Sémiramis nous indique l'espèce des années usitées chez les Assyriens. Après avoir raconté, selon Ktesias, l'origine £abuleuse de cette femme, Diodore ajoute :
c Athénée > et d'antres écrivains assurent ( au « contraire) que Sémiramis fut une courtisane qui , « par ses grâces et sa beauté, se fit aimer de Ni- « nus; elle jouit d'abord d'une faveur médiocre, « mais ensuite elle éleva son crédit an point d'Ob' « tenir le nom d'épouse, et d'engager le roi à lui « faire cadeau de d^yotirx de royauté. Le premier « jour, vêtue du manteau royal, le sceptre à la « main, elle fit les honneurs d'une grande fiSte et « d'un festin magnifique, dont elle employa la durée « à séduire les généraux, et à leur faire promettre « d'obéir à tous ses ordres. Le second jour , voyant « tout le monde disposé convenablement à ses in* « tentions, elle fit disparaître Ninus. »
Pourquoi Sémiramis demande-t-elle 5 /oiir<, plutôt que tout autre nombre? La raison nous en parait saillante. Depuis des siècles, les Égyptiens usaient de l'année de 860 jours, auxquels on ajoutait les 6 épagomènes, comme un appendice disparate, qui gâtait la symétrie du nombre principal. Sémiramis profitant de cette idée, a pu dire bëaïucoup de choses ingénieuses à ce sujet, pour faire croire qu'elle ne demandait qu'un temps insignifiant et hors de compte. Notre opinion est d'autant plus fondée, que cette même espèce d'année se trouve au temps de Nabonasar , dans la vigueur de l'empire assyrien , et dans une de ses satrapies , chez les Kaldéôis , caste sacerdotale de toute la nation. En admettant le récit d'Athénée , qui en effet est le plus probable, rien ne change dans nos calculs, excepté l'époque du mariage de Sémiramis, qui alors ne dépend plus de la guerre de Bactriane, et peut remonter quelques années plus haut.
S IV
Des andens rds de Pêne , lelon les Orientaux modernes.
Il nous reste à jeter un coup d'œil sur la liste des anciens rois de Perse, que les Orientaux modernes nous présentent en concurrence et en contradiction des listes grecques. Selon les Orientaux, deux dynasties seulement ont rempli l'espace de temps qui s'est écoulé depuis la création (juive) du monde, jusqu'à la conquête d'Alexandre. La
> Ce n'est pas le grammairien, poiaqa*U vécut après Diodore.
première dynastie est celle des Piche-dàd, ou dUmr neurs de ( lois ) justes; et la seconde, celle des Kéans ou Kaians, c'est-à-dire les rois géants, ou grands. En voici les noms et les règnes :
RECHERCHES NOUVELLES
Dynastie r; dite Piche-dâd,
réfnèreot y •elon lu ans ,
Kéiomon oa Kéomaras 660 au.
Slamek règne peu; Kèiomon
légne encore 30
Interrégne 200
HoQchenk 50
TehmourAs 700
memcbid 30
ZohÀkoaDohAk i,ooo
Feridoun . ou Fredôun 120
Menutcheor, f Dé» ma temps, { -^
dit Firoaz. f rirait Moustam. j *^
Nodar, ou Nuzer 7
Afrasiàb 18
Zàb 30
Kershasp so
3,269 ans.
Dynastie IP, dite Kéane, ou Katan, Selon les Grées.
KèQobad laoculOO
IDe son temps | Rorutam | 160 Tirait encore)
KdKosrou 60 Kyrus
KéLohMtsp 120 " ^
KéGostasp 120
Son peUt-iils Ardechlr- Balunan 1I2
SafUleHomal 82
DarabI" 4 ou 14
Darab II {nié parptur sieurs) 14
732 ans.
D'autres comptent 938 Eskander^ou Alexandre.
Smei DariOs,fllsd'HyB-
tasp 36
Xerc&I" 21
Artaxeroès Lon-
guemain 41
Xercés II i>
Sogdien »
Ochos ou Darius
bâtard I9
Artaxeroès Mnen» 46 Artaxercès Ochus 21 Arsës 2
Darius Godoman. 6
Alexandre.
Il n*est pas nécessaire de discuter Textravagante chronologie de ces règnes ; nous remarquerons seulement que les auteurs arabes et persans ont une foule de variantes sur la durée des règnes, parce qu'il n'y a point d'autorités réelles. Si , selon notre espoir, nous parvenons à reconnaître la personne de ces rois, malgré leur déguisement, les temps se
classeront d'eux-mêmes Raisonnons sur les
faits, et d'abord rappelons-nous la suppression ordonnée par JrdéclUr. Il est évident qu'elle a nécessité la perquisition , la saisie de tous les manuscrits existants dans la Perse : l'autorité royale s'étant coalisée avec l'influence ecclésiastique , il y a eu inquisition civile et religieuse sur tous les livres ; et il a
dû en échapper d'autant moins , qu'étant tous ina nuscrits^ ils ont toujours été rares en Asie, et que, de plus , on y sait en quelles mains ils existent. A cette époque (en 226), ils devaient être d'autant plus rares , que des guerres non interrompues depuis Alexandre, tantôt extérieures, tantôt civiles, avaient produit sur les esprits cet abattement et ce dégoût de tout travail , qui en sont l'effet constant. Les censeurs préposés par Ardéchir ont donc détruit les anciens livres , et ils en ont re&it de nouveaux , tels qu'il leur a plu. Qu'on juge des altérations introduites alors! et cependant ce ne sont pas là les livres que nous possédons ; ceux-là ont encore été détruits par les musulmans , 400 ans après, ensuite de leur invasion en 1661. Ce n'est que plus de trois siècles après ( vers l'an 1000 ) , qu'un ooo<]uérant étranger, plus généreux, ordonna, pour son instruction, que l'on recueillit de toute part avec soin ce qui restait de traditions populaires consignées dans les romances , uniques monuments
Et c'est de cette source que nous tenons des AtiA»res composées en vers et en prose /Mir des musulmans! Telle est la profonde ignorance des Persans modernes sur l'histoire ancienne de leur pays, que non-seulement ils n'ont pas la plus légère idée de Kyrus, deXercès et de leurs actions, mais qu'encore on ne trouve chez eux aucune trace d'une ère conservée à la Chine par une colonie de Persans pyrolàtres, qui s'y réfugièrent l'an 519 de notre ère. Ce fait curieux mérite d'être plus connu; nous le devons au savant Fréret, qui l'a consigné dans les Mémoires de V Académie ' . Anquetil y a joint des explications dans le tome XXXVII, page 733.
« On lit dans les annales chinoises , que dans une « année correspondante à l'an 599 de J. G. (com- « mencée le 25 décembre 598 ) , il arriva à la Chine a unecolonied'hommes occidentaiu qui s'établirent « (à tel endroit) et qui conservèrent, avec leurs « lois, une forme d'année et tme ère particulière à « eux. Or un auteur chinois remarque que l'année « correspondante à 1384 de J. C. (commencée au « solstice d'hiver 1383) était la 586' depuis Tarrivée « de cette colonie en Chine, et la 1942' de leur ère, « formée d'années de Z65 jours, »
Si de l'an 1384 nous remontons au delà de notre ère pour compléter une somme de 1942, nous aurons 558 pour première année de l'ère de ces Occidentaux. Fréret veut trouver 660, et il voit ici l'époque de Kyrus , qui en effet parvint à l'empire cette année-là; mais puisque l'an 558 est le résultat naturel, n'est-ce pas plutôt l'époque de cette conversion des Perses à la religion de Zoroastre,dont
> Mémoires de TAcad. des ioscript. tom. XVI, p. m
SUR L HISTOIRE ANCIENNE
'«Ol
nous avons parlé page 4&2 , et qui réellement tombe à la jonction des années 567 et 558 < ? Toujours est-il certain que ces Occidentaux furent des Perses zorocutriens , comme le démontre j4nquetU par les noms de leurs mois, et que cette époque est entièrement oubliée en Perse. Maintenant que nous avons le secret de Tignorance et de Taudace des compilateurs de ce pays , procédons à l'analyse de leurs listes, et voyons de quels rois factices ils ont composé leurs deux premières dynasties.
D'abord partant d'un point connu, c'est-à-dire de Kestaspy pris pour Z)arit» Hystasp, remontons, et voyons si les rois mentionnés par Mirkhond et par Ferdousi, ne répondent pas à quelques rois cités par Hérodote et par les autres Grecs.
Dynastie KéAn oa Kalàn.
Le mot kéoiïhai signifie géant et grand en pehlevi, nous disent les auteurs; et nous ajoutons qu'en arménien skai signifie la même chose.
Selon Mirkhond,
« L'art de Urer l'arc fut porté à sa perfection « sous ces princes ; et de là s'est établi le proverbe « persan, un arc héanien, pour dire un arc très- « fort, dont peu de gens sont capables de tirer. »
Ce fait remarquable nous rappelle l'anecdote de Kyaxar, qui ayant donné l'hospitalité aux Scythes cliassewra, leur confia des jeunes gens de sa cour, pour être instruits à tirer Varc à la manière scythe. De cette école a dû venir la supériorité des Parthés y qui furent un peuple mêlé de Kurdes et de Mèdes, Ces rois kêaniens doivent donc être les Mèdes d'Hérodote : nous trouvons le ké persan dans ky-axar, qui s'explique très-bien : le grand vainqueur.
Selon Ferdousi et selon Mirkhond, Ké Qobad ne fut point fils de roi ; il vivait simple particulier retiré. L'Iran était dévasté par d,es étrangers. Zâl , gouverneur du Zablestan, et père du célèbre Roustam, ayant rassemblé une armée pour les repousser et rétablir l'ordre, forma un grand conseil de guerre , et tint ce discours aux chefs :
« Guerriers magnanimes, instruits par l'expé- « rience et les dangers, j'ai assemblé cette armée « et tâché de la rendre formidable; mais tous les « cœurs sont découragés faute d'un roi qui unisse « leurs bras : les affaires roulent sans guide; l'ar- « mée agit et marche sans chef; lorsque Zou occu- « pait le trône , notre situation avait un meilleur « aspect. Choisissons un homme de race royale; « donnons -lui les marques distinctives (de la
< n faut qa*il y ai| erreur dang les 690 cités pv Fréret.
« royauté). Un roiétablira l'ordre dans le monde. Un « corps de nation ne peut exister sans chef. Les u prêtres nous indiquent pour cette dignité un des- « cendant de Feridon , un homme éminent par sa « grandeur d'âme et par sa justice. »
Maintenant comparons ce qu'Hérodote nous dit de l'élection de Déîokès , liv. I*' , § xcvi et suivants :
Après que les Mèdes eurent détruit l'empire assyrien, devenus indépendants, ils furent bientôt tourmentés de tous les désordres de tanarchie :
« Or il y avait chez eux un sage appelé Délokés , ft qui s'étantfait remarquer par ses bonnes mœurs « et par sa justice, fut établi juge de sa bourgade , « par le suffrage de ses concitoyens....
« Lorsqu'il vit sa réputation répandue, et les « clients aflQuer, il se retira... Les brigandages re- « commencèrent; les Mèdes s'assemblèrent, tin- « rentconseil sur leur situation ; les amis de Deïokès « y parlèrent, je pense, en ces termes : — Puis- « que la vie (troublée) que nous menons ne nous « permet plus d'habiter ce pays , choisissons un « roi.... La Médie étant alors gouvernée par de sa- « ges lois , nous pourrons cultiver en paix nos cam- « pagnes , sans crainte d'être chassés par Vir^fus- « tice et la violence.... — Ce discours persuada les « Mèdes de se donner un roi. »
L'on voit que le fond des deux récits est semblable Aussi Kê Qobad est-il peint comme un
roi pacifique, livré aux soins administratifs Il
fit le premier poser sur les chemins les bornes milliaires dipçeïées farsang (de 2,568 toises) ; il établit une dlme pour payer les troupes réglées; il fit sa résidence dans VIrâq Jt^fàmi, c'est-à-dire en Médie; et comme les Perses n'ont aucune idée d'Ecbatanes, ils supposent que ce fut à Ispahan : tout cela convient à Deïokès.
Le second roi, Kai Kaôus, fut fils de Qobad selon les uns ; mais la chronique Madjmal-el Taoûa* rih, qui en général est savante, observe que plusieurs le disentfils ^Aphra , fils de Qobad.... Âphra est sûrement Phraortes, qui a été supprimé par les Perses , pour les avoir subjugués et soumis aux Mèdes.
Kai Kaôus, dans les premières années de son règne, entreprend, contre un peuple belliqueux, une guerredontFerdousi rapporte une circonstance notable. Ce poète dit que,
« Pendant une bataille livrée par Ké Kaous, son « armée et lui-même furent frappés d'un aveugle- « ment subilet magique, et que cet événement avait « été prédit à l'ennemi par un de ses magiciens. »
N'est-ce pas là évidemment Vécl^se de Kyaxarès, dans sa bataille contre Alyates? et cela
RECHERCHES NOUVELLES
d'autant mieux que, pour les Orientaux, magie, optronomie, sont tous synonymes. Cette guerre est placée dans le Mazanderan; mais nous avons déjà dit qu'il ne £aiut attendre aucune exactitude géographique desOrientaux. Nous en avons des preuves, même dans les traducteurs syriaques , arabes, arméniens et persans des livrea hébreux , qui très*fréquenameat ont commis de grossières erreurs.Quant à FtrdxmL et à Mirkhond même , tout fait prineipal est pour eux un canevas sur lequel ils brodent à discrétion; et oomme ces deux écrivains , payés par des princes, avaient en vue de les flatter, ils ont souvent introduit des accessoires, des motifs, des sentences, qui n'existaient pas dans leurs auteurs : sans compter que ces auteurs, eux-mêmes eompilateurs et copistes de troisième , quatrième et dixième main, avaient pris les mêmes libertés avec les originaux ; en sorte que toutes ces narrations ne ressemblent pas plus à la vérité historique , que les romans de Ro^od et de ses preux à l'histoire vraie de Charleroagne... . Aussi, après faveugiement magique, Ké Kaaiu se trouve-t-il prisomifer ; mais le paladin Aauslam accourt , le dàivre, et le pays se soumet. Peu de temps après, Aé Kaout tourne ses armes contre l'Egypte , la Syrie et le Roitm, qui est le nom de l'Asie mineure depsis sa possession par les Romains. Tout lui réussit par la valeur de itoustom. Ce héros, que l'on fait vivre p/us €ie 900 ans, joue un grapd indleaous Kai ÊCaous, c'est-àdire sous Kgaxar. Or en considérant que d'abord il jouit de la plus grande iaveor, ^'ensoiteil fat disgracié, et se retira dans un pays éloigné, où il fiait par avoir la gocnre avec les rois de Perse; que de aa personne il était le guerrier le piui aecom- PB^kcoDaiîeriefiuiadroU, le chaueur le pêug habile, etc. il nous semble évident que Roustam fat le Parsodas de K.teslas, si célèbre par ses exploits, par sa faveur près à'ArUOos-Kyaxarèt, par SOB avienture romanesque à Babyloae; inalement, paras révolte contre le m mède , et par sa retraite chez lesCadttsIens, dont il devint roi, et où il soutint une gaer» dont il sortit avec tout rbonneur. D'Herbelot, à l'article dé Roustam, fait observer que , selon quelques auteurs , Ké Kaous lui envoya son Sh pour Je convertir m magisme , c'est-à-dire à la doctdne de Zerdusi, Cependant ces auteurs nous assurent ensuite que Zerdust ne parut que quatre générations plus tard.
SelQnenx encore, Ké Kaout porte la guerre en lemen^ épouse la fille du roi, est fiiit prisonnier par surprise, est délivré par RousUm. Pendant ce temps, les Thrks, dit Ferdkwsî ( c'cst-è^ire les Scythes ), conduits par Afrasiab, avaient fait une in-
vasion dans le Tburdii, qu'ils aeeablaient de mani. Roustam les combat longtemps, sans pouvoir les chasser. Ceci ressemble à l'invasion des Scythes « sous Kyaxarès.
Quant à la guerre de riemen , elle parait géographiquement étrange : mais si les anciens Orientaux désignèrent ce pays par le nom et l'épithète de Félix (Jrabia)^ et si ce mot est l'exact synonyme du chaldéen jéssur, V Assyrie, qui signifie Clément heureux et riche, les auteurs n'anraient-ils pas été trompés par équivoque , de manière à transporUr dans rAeiire«ae( Arabie), la guerre qneit Kyaxarès contre V heureuse oontrée de Minive ?
Ici les traductions arabes publiées par M. Schuttens nous présentent des faits qui ont quelque analogie.
Selon l'bistoritti Nouèîri, l'un des TMku, wacr cesseur de Ralqis, appelé Chamar leràche (Shamar Ie/^€«i6^etcr ), sorlUenJrâq au temps de Custasp, qmikUrendUobélssanee. Ce Chamar ayant pris la route du Sltm < qu'il voulait conquérir ) , descendit dans le pays de Sogd, dont les habitants se rassemblèrent dans la ville capitale ( pour la défendre) : C^omor les assiégea, prit la ville et la raina, après avoir massacré un monde immense. Le vainqueur continua sa marche vers le Sinn ; mais il périt dans le désert.
Selon Ham%a, il est bien vrai que quelques auteurs placent CAomor au temps de Glnstaii»; mais d'antres aasorent qu'il lut plus ancien , et ajoutent qu'il >ii^ tué par Roustam : ce serait lui qui , sous le nom de Chamar -ben^el^-emlouk, aurait rendu obéissance à Manutehehr, qui, selon les Parsia, eut le paladin Zai pour vizir, et son fils , le paladin Roustam, pour fun de «es généraux.
Nous allons voir, dans la dynastie Ptche*dad, que Manutehehr porte les traits de DOokés et de Kyaxar, c'est-à-direde Ké Çobadeide Ké Ktsous : or l'identité de Roustam et de Parsodas étant admise, il se trouverait que le règne de ilTyo^Eor, ou de son père , serait Tépoque de cette expédition oél^re des 7\>bbas arabes, dont les traces sobsbtaient encore au onzième siècle ; car le géographe Ebn-haukal dit avoir vu Finseription de Chamar sur Tunedes portes de Samarkand, qui aurait tiié son nom de ce Tobbas ( château de Chamar) ■ , et cette expédition ne peut guère trouver sa place en ua autre temps ; parce que, d'une part, remontant d'Alexandre à Kyrus , elle n'a « trace ni proèabilité,
' SoD peUt-fib EUAqrdn ravait réparée, en maichaot, pour venger ton pèi«, contre le pays de Sinn, dont II pril la capitale, et où U établit une colonie de ao,000 Arabea. U postérité de ces colons subsistait encore en lies, aekn El» Hamdoan, dau le Tiheî, qirtest le Sinn des aoteon arabes.
SUR L'HISTOIRE ANCIENNE
vu la puissance des Perses; et néanmoins les miteui-s font Chamar antérieur à Eskander ; et parce que, d'autre part, sous Tempire des Assyriens, après les liaisons qui existèrent entre eux et les Arabes, il est invraisemblable que ceux-ci aient traversé hostilement les états des enfonts de Ninus, pour aller attaquer les SagéUens qui furent leurs sujets. Au oontraire, lorsque cette famille alliée et amie eut été détrônée par Arbak, les 'Pohbas durent considérer les Mèdes comme des rebelles et des ennemis, et ils purent faire contre Déîokès, Phraortes et Kyaxar , des expéditions qu'Hérodote n'aura point connues ou mentionnées* Soît le temps de Tanarchie ou les premières années de Deibk encore faible, soit Tinvasion des Scythes et leur domination pendant S8 ans, Tune et Tautre époques farentégakment favorables à l'attaquede Chamar; et si Ton considère que, par les caleols de Maaoudi et de la fausse prophétie de Zerctust, le règne de Gustasp se trouve placé au temps de Kfiucarès, Ton trouvera que notre interprétation reçoit des appais dans tous aes détails.
Quant à ce qu'ajoute Hamza, « que MammkMir « fut eontemporaÎB de Moise; qu'Afirîdonn ie fut « d'Abraham; qu'Abd-^l-cbems , dit 506a, k fut
< de Ké Qobad^ ele » oe sont des aaaehronis-
mes produits par les comparaisons vicieuses que les écrivains musulnians om âtites des chronologies arabes et juives prises dans leur état brat^, et sans en avoir discuté les parties.... Oe genre d'erreur leur est faabitnal; l'on ne pent compter sur Texactitude de lenrs synehronismes, que lorsqu'ils sont fondés en fiûU positifs, passés entre lespersonnages qu'ils citent; |Kur eiemplê, le tribut imposé par Chamar à iSuskup, ou payépar lui à Manutchehr; ce qui forme une dioonstance osntradictoire , mais laisse subsister un fait âudamental; savoir VaU toque et le ihbuL
Apiiès Ké Kmouê-Ky^axar , nons devrions trouver A^Hmg; maisoe roi manque entièrenient : son rè^ie parait avoir été fsndu dans eehii de Ké KaoMs^ dont ia durée surpasse les deux règnes réunis. LeonrriageaveclafiÛed'unroifàl'issned'ane gnecreot pendant 1» armistice, doit être eeisi d'Astyage apiès la bataille de l'édipse : c>st encore à lui qneœn vient l'histoire très-compliquée et diversement rscontée<» des suites de ce mariage, dont î'issneananiaieestqoelesaooesseQr do roi régnant ne &t point son fils propre , mais son petitdls , Ké Kosrou, élevé en Perse par Roustam, puis appelé en cour , lorsqu'il est grand , par le roi , qui lui résigne sa couronne, et finit ses joiore dans la retraite.
Si Hérodote et Ktesias diffèrent teUesaent sur
ce chapUre , à plus forte raison nos romanciers ontils dû avoir des variantes dictées sans doute, dès avant Ardéchir, par InpoHtiqueroyaie des Perses y pour voiler une période peu honorable à Kyrus et à son aïeul. Mais les traits principaux subsistent , et rendent Kyrus encore reconnaissable sous le nom de Kosrou. Ce que Ferdousi rapporte de sa naissance clandestine, de son enfance passée dans l'état de berger, etc. ajoute encore à la ressemblance.
Ké kosrtm eut de grandes guerres avec Afrasiab, roi de Turkestan, qui, après bien des combats, fut tué en Âddrtkfjàn, c'est-à-dire en MédRe,,.. Un roi du Turkestan par-delà YOxus, qui vient se réfogîer en Médie, au coeur des états de son ennemi , est une circonstance bizarre et absurde; mais si le IXmran fut le pays montoeux é^Jtouria et de Media, comme nous l'avons dit , le récit devient naturel ; AlfraskU) est Jstyag, à qui Kyrus fit en effet la guerre en Médie, et qui, selon Ktesias, fut ensuite tué par un eunuque chargé de famener à KyTus.
Ké Kosnm laissa un grand nom , et passe pour «m prophète. Parmi les variantes de son règne , il en est une qui lui donne unednrée de 90 ans. Tout oda convient à Kyrus. Il est très probable que c'est à ce prince même qu'il faot attribuer les variantes sur le règne de son aïeul, et la snppresskm des faits vérUables qui eussent été peu avantageux à son orgneîl , et d'un exemple dangereux pour ses successeurs.
Maintenant nous devrions trouver l'histoire de Cambyses et du mage Smenfis , tué par les conjurés, dont Tun (Darius, fils d*Hystasp) devint roi; mais la fx^l^lq^ royale des Ferses a encore anp* primé Je premier, à titre de fou fiirîenx, et la ;»oâMgnfesnceneMii^ des mages a supprimé leseoond, comme sonvenîr Acheux du massacre de leur caste, arrivé alors. Pour remplir le vide, on s introduit, après K^srom, mort sans eniants, le roi Lohr-^tspy descendant supposé de Çabàd.
Mirkond le peint onid et fier, par opposition aux autres auteurs, qui le peignent bon et juste :
« Devenu roi par élection , il eut des opposants a qu'il réduisit bientôt au ailence; 11 institua un « tribunal de jostice particnlier pour l'armée ; iléta- « blitune solde réglée, au lien des pillages qif exer- « ^ient ks soldats; il veadit la juaioe sur une esn frcKfedbrée,avecunri(featf tendu devant saper* » sonne, qui devùU invisible^ etc. »
Tous ees traits œnviennent à Deîokès. Écoutons Hérodote.
« DOokés ayant bâti son palais en la ville d'Ek- « batanes , fut le premier qui établit pour règle que « personne n'entrerait chez le roi; que toutes les
n affaires seraient traitées par reatremisç de cer- « tains oiïïciers, qui lui en feraient leur rapport a (c'est-à-dire, par des secrétaires d*état, des vizirs) ; «( que personne ne regarderait le rai; que Ton ne « rirait ni ne cracherait en sa présence. Il institua <t ce cérémonial imposant, aûn que ceux qui avaient « été ses égaux ne lui portassent pas envie, et ne « conspirassent pas contre sa personne.... Il pensa « qu'en se rendant invisible, il passerait pour un a être d'une espèce différente. Ces règlements éta- « blis, il rendit sévèi^ement la justice. Les procès « lui étaient envoyés /Mir écrit; il les jugeait et les « renvoyait avec sa décision.... Quant à la police, « il eut dans tous ses états des émissaires qui épié- « rent les discours et les actions de chacun (c'est- « à-dire qu'il institua l'espionnage) ; et si quelqu'un « faisait une injure, il le mandait et le punissait. » Hérodote, lib. I, $$ xcix et c.
Pï'est-ce pas là le portrait de Lohrasp?On ajoute que ce prince fit -de grandes conquêtes, d'abord au levant, puis au couchant ( en Asie mineure }. Ce fut lui qui envoya en Palestine un de ses lieutenants, Raham, surnommé Bakhtnasar ou Nabou-hodonasar; Raham détrôna leJUs de David qui y régnait alors, et il enleva du pays un butin immense '«
Ici Lohrasp devient ce Kyaxar-ÂsUbaroA qui s'entendit avec Nabukodonosor( selon Eupolème), pour envoyer une armée contre Jérusalem; et en effet cette ville fut prise et rançonnée sous le roi loaqim.
D'après tous ces récits, nos romanciers persans sont convaincus , comme Ktesias, de confusion d'époque , et de redoublement de personne;. Le fils de Lohrasp, appelé Kestasp, prince inquiet, ambitieux , se retire chez 4firasiab , roi de Tburan; Mirkond dit chez Kaisar, roi de Boum (Cœsar, roi des Romains ) , dont il épouse la fille , par une suite d'aventures romanesques : il fait déclarer la guerre à son père , et conduit l'armée contre lui. Lohrasp , pour épargner le sang, lui résigne la tiare , se re-
< Que les Perses de Kyros et de Darius, possesseurs de BahyUme, aient cru que les rois de cette ville avaient toujours été leurs lieutenants et vassaux, cela se conçoit, parce que relaUvement aux Mèdes , prédécesseurs des Perses , il y a un fond de vérité. Mais que les auteurs persans du onzième siècle viennent nous dire que Kyrus et Xercès n*étaient que des vassaux et des Ueutenants d'un chdh imaginaire, cela ne prouve que leur ignorance profonde de Tantiquibé, et ne mérite aucune discussion. On ne peut voir sans regret que M. llioura4ia d^Ohson ait adopté et préconisé chez nous ces rêves asiatiques, dans son Tableau historique de VOrient; mais Ton conçoit que né Arm/énien^ élevé à Stamboul dans le respect et l'admiratton d*un grand pouvoir, M. Mouradja, en devenant ârogman et comte suédois, n*ait pu changer d^esprlt comme de vêtement : son livre, que nous venons de citer, écrit sans ordre, sans Indication d'aucune autorité, n'est propre qu'à donner des idées fausses et vagues, et ne doit, en aucun cas être regardé comme une histoire de l'ancien Orient. {
tire dans un couvent et périt, comme nous l'avons vu dans l'article de Zoroastre.
Ceci est un mélange de l'histoire d'Astyag, marié en Lydie, et de celle de Kyrus détrônant Astyag ,1e tout arrangé selon la convenance d'Ardéchir et de ses mages, ou de quelque roi parthe avant lui ; la suite ne vaut pas la peine d'être examinée : mais jetons un coup d'œil sur la dynastie Piche-dâd.