‹ Œuvres complètes de VolneyChapitre 126 sur 230 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Aatodtés respeetiTeide BéroM et de KtealM, oompacéea et appréciées.

Dans le conflit de Bérose et de Ktesias , tel que nous le voyons , une difficulté se présente. Comment concevoir, pourra-tK)n dire, qu'un indigène babylonien , qu'un prêtre chaldéen ait eu sur la fondation de sa métropole, des notions moins exactes que des étrangers perses ,* mèdes ou assyriens, de qui Ktesias a emprunté ses documents ? Deux considérations nous rendent ceci très-concevable.

La première est que relativement aux. Babyloniens, les Ninivites étaient des usurpateurs dont le joug dut être odieux et pesant; Sémiramis dut personnellement laisser une mémoire flétrie par l'assassinat du roi son époux, par la publicité de ses débauches , par les vexations de ses immenses travaux; et l'opinion put lui refuser les honneurs de lafomdaUiofn^ nefûtn» que par respect pour le dieu Belus, à qui les traditions attribuaient toute l'organisation du pays.

La seconde est que le roi babylonien Nabon-jésar ayant siupprimé tous les actes de ses prédécesseurs, afin que désormais la liste des rois de Babyhne commençât par ^^ il ne dut rester en cette ville et dans ce pays aucune archive ancienne, aucun document officiel sur la fondation par Sémiramis. Dès lors Bérose n'a dû avoir aucun moyen national de remonter historiquement au delà du règne de Nabonasar, c'est-à-dire au delà de l'an 747 ; et voilà pourquoi les observations recueillies par Bérose, ainsi que Pline nous l'apprend, ne remontaient qu'à 480 ans ( voyez la note page 473 ) avant la publication de son livre, en l'an 26S; en effet, ajoutez 368 à 480, vous arrivez juste à l'année 747 , première de Nabonasar. Il était politiquement interdit à Bérose

BEGHERGHES NOUVELLES

de connaître rien au delà , comme il fîit interdit aux écrivains perses depuis Ardeschir, de connaître le vrai temps et le vrai nombre des rois écoulés entre Alexandre et ce prince.

Par inverse, nous trouvons à l'avantage de Ktesiasunecirconstancequinousavait d'abord échappé, et que l'équité nous fait un devoir de rétablir ici. Cette circonstance nous est foiumie par un passage du livre d'Esdras , dont la conséquence est que les archives citées par Ktesias comme la source où il puisa , furent réellement des archives assyriennes ^ soit en original, soit traduites par les Perses : voici le passage d'Esdras.

« Aux jours d'Artahshatah (au tempsdeSmerdis), « les Samaritains voulant empêcher les Juifs de re- « bâtir le temple, écrivirent au roi la lettre sui- « vante, en- langue araméenne ou syriaque :

« Qu'il vous soit connu que les Juifs renvoyés par « le roi ( Ryrus ) à Jérusalem , veulent maintenant « en rebâtir les murs; et que le roi sache qu'au cas « où les Juifs rdl>âtiront cette ville, de tout temps « rebelle, elle refusera le tribut : nous, serviteurs du « roi , qui avons man^ë /0 «e/ et ^ /^oi» de sa mai- « son , nous l'en avertissons , et vous supplions de « faire rediercher dans le ttore de vos pèiês, ( parce « que) vous trouverez dans le Uwre des histoires, « que cette ville est de tout temps une ville rebelle, « ennemie des rois , en révolte dès les temps les « plus anciens; c'est pour cela qu'elle a été dé- « truite. »

Or voici la réponse que fit le roi :

« L'extrait ( ou plutôt la traduction ) de la lettre « que vous m'avez envoyée a été lu devant moi : « j'ai ordonné, l'on a cherché et l'on a trouvé que « cette ville, dès les temps anciens, s'est élevée « contre les rois; qu'elle a été un siège de révolte;

• qu'il y a eu dans Jérusalem des rois puissants qui « ont dominé sur tout le pays de l'Euphrate, et

• que le tribut royal leur était payé. » Maintenant nous disons que ces rois puissants

de Jérusalem qui otU dominé jusqu'à VEupkrate ne peuvent s'entendre que de David et de Salo* mon , qui effectivement y dominèrent et y levèrent des tributs pendant 50 ou 60 ans. Après Salomon, le royaume s'étant divisé en deux petits états, les roitelets de Samarie ^t de Jérusalem , non-seulement ne perçurent plus le tribut, mais souvent y furent assujettis. Or du temps de David et de Salomon, c'est-à-dire depuis l'an 1040 jusque vers l'an 980 avant notre ère, les Perses et les Mèdes assujettis aux Assyriens de Ninive, gouvernés par les satrapes du grand roi, et séparés de l'Euphrate par toute la Babylonieet la Mésopotamie, n'avaient

ni moyens de communication, ni intérêt de savoir ce qui se passait en Syrie : ils ne devaient pas mâne avoir la faculté de tenir des registres des ardUv€$ royales y tels qu'on nous les désigne : les livres cités par Smerdis ne sont donc ni mèdes , ni perses; ils ne sauraient même être babyloniens , puisqu'ils précèdent l'époque de Nabonasar, qui les brûla tous : par conséquent ils ne peuvent être qu'oMyriens-ninivites. Objectera -t- on qae SardanqiHd ayant brûlé son palais y les archives royales ont dd y périr? Cette conséquence n'est pas de rigueor, surtout si l'on se rappelle que le serai des rois de Ninive/îi^ une maison mystérieuse de plaisir dmU Jurent écartées les affaires; par conséquent la chancellerie, qui exigeraccès de beaucoup deoioade, dut naturellement être placée ailleurs : dans tous les cas, nous avons ici la preuve positive qu'au temps de Smerdis il existait en Perse des Svres officiels oii se trouvaient consignés des événements antérieurs de plus de 500 ans, c'est-à-dire d*uiie époque où il n'existait ni royauté ni dianeeUeiie royale chez les Mèdes et chez les Perses; d'où il suit que ces livres furent tutyriens-ninivites , soit en original , soit en extrait ( comme nos chroniques juives), soit encore en traduction mède, que les rois de ce peuple, qui se dirent les hérikers des Assyriens, auraient fait faire pour leur instmotion. Une telle traduction dans l'idiome zend, qui diffère de l'assyrien, expliquerait conunent il apa s'y introduire diverses altérations; d'ailleurs il est remarquable qu'au chapitre yi du même Esdras, livre I***, à l'occasion d'une pétition des Juifs, le roi Darius ayant fait chercher l'édit de Kynia dans les ardiives, il est dit : « Sur l'ordre de Darius. « l'on chercha dans la maison des Hores ( la biblio- « thèque ) qui est jointe au garde-meuble et au « trésor à Babylone , et l'on trouva dans le ebâteaa « (ou palais), au pays des Mèdes (à EkbataneX « un rouleau écrit ainsi : Van du réffne^de Kf- « rus, etc, etc. »

Ainsi l'on chercha à Babylone dans les archivesy et l'on n'y trouva rien; mais l'on trouva à Ekbatane : n'est-il pas probable que ce fut là aussi que l'on trouva le livre cité par Smerdis ; et alors n'avons-nous pas une sorte de preuve que les monuments assyriens avaient été recueillis par Deîokès ou par ses successeurs qui résidèrent à Ekbatane?

En raisonnant sur ces &its, nous pensons y découvrir l'existence de deux systèmes chronologiques en opposition, dès avant Kyrus, au sujet de Babylone. L'un, (^ système assyrien qui nous est transmis par Ktesias , et qui parait avoir dominé jus-

SUR L'fflSTOIBE ANCIENNE.

qu'à la diote de Tempire perse ; Tautre , le système ehaidéen, concentré «Tabord en Babylonie, mais qui , par saite de la conquête d'Alexandre et du séjour des rois macédoniens en Chaldée, obtint une préférence qu'il dut en partie aux talents et aux ouvrages de Bérose dans l'idiome des Grecs, et en partie à la difficulté extrême de la langue zend, et à la destraction de ses livres, occasionnée par les guerres des Macédoniens et des Perses.

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