‹ Œuvres complètes de VolneyChapitre 127 sur 230 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Rédt dVérodote.

Actuellement consultons Hérodote , et voyons quels éclaircissements il nous donnera dans ce débat.

Cet écrivain , vers la fin de son premier livre , arrivant à la guerre de Kyrus contre Babylone , nous donne, selon sa coutume, d'assez grands détails sur le climat , les productions et les mœursdu pays. Quant aux faits historiques, il est plus concis qu'à son ordinaire , et ce laconisme nous devient un motif de peser ses paroles avec plus de soin.

« L'Assyrie, dit-îl, a plusieurs grandes villes; « mais la plus célèbre et la plus forte est Babylone , « qui, après la subversion de Ninive, devint la ca- « pitale des Assyriens. »

Ici Hérodote décrit l'enceinte carrée de Babylone, les dimensions de ses murs, la direction des rues, lepalais du roi et le temple de lonpUer-Belus , qtd, dit-il, subsiste encore. « Les Chaidéens, qtd sont « les préires de ce dieu, assuretUqu'Uvieni enper- « sonne dans la chapelle à tm certain Jow de Fan- « née,etqifilsereposesurlelUqidluiestpréparé, « où l'fmapiaeé wie femme du pays,.. Il y avait « autrefois dans le sanctuaire une statue d^or mas- « sif haute de douze coudées ; m4ds Je ne Tai point * vue: le roi JCercés Vaoait enlevée après av(àrfai^ « tuer le prêtre qui s'y opposait. »

Ces mots Je ne Pai point vue, montrent clairement qu'Hérodote parle ici en témoin oculaire; qu'il a conversé avec les prêtres chaldéens; qu'il a puisé tous ses renseignements sur les lieux : par conséquent nous avons lieu de penser qu'il a suivi le système ehaidéen conune Bérose, et non pas le système assyrien conune Ktesias. Nous verrons Timportance de cette distinction pour apprécier ses rédts. 11 continue, S clxxxiv : « Babylone a eu « beaucoup d'autres rois dont je parlerai dans mon « Histoire d'Assyrie; ce sont eux qui ont plus am- « plement orné ses murs et ses temples : parmi ces « princes on compte deux reines : la première s'ap- « pelait SémiraÂis. Elle fit faire ces digues remar- « quables qui retiennent l'Euphrate dans son Ut et

« qui préservent la plaine de la stagnation malfai- « santé des eaux après les débordements. »

§ CLXXXY . « La seconde reine, nommée Nitokris, « fut une femme plus prudente que la première ; elle « fitÊiire divers ouvrages, etc. (nous en parierons « bientôt). Ce fut contre le fils de cette reine que « Kyrus conduisit ses troupes : il était roi d'Assy- « rie et s'appelait £a6yiitf^, comme son père. »

Ici nous avons une date connue d'où nous pouvons partir pour dresser nos calculs ; nous savons par Bérose et par la Uste officielle dite Kanon astronomique dePtolomée, que le roi de Babylone détrôné par Kyrus le fut en l'an 530; qu'il avait régné 17 ans; par conséquent il avait monté sur le trône Tan 555. Selon Bérose et Mégasthènes, il n'était pas le fils des trois princes qui l'avaient précédé; il n^ put donc être fils que de Nabukodit-asar , mort en l'an 565. Bérose le nomme Nabonid, qui ne diffère de Labunet que par la permutation naturelle de VN en L et du ci en ^. Ce Nabonid semblerait même être une forme grecque employée par Bérose pour signifier >S/!s de Nabuovi de Naboun. Alors Mitokris, mère de Labynet-NabonUe , se trouve être l'épouse de Nabu-kodn-osor qui , selon l'usage du pays , dut avoir plusieurs femmes. Et nous avons une date du règne ou plutôt de la régence de cette princesse dans cette autre phrase d'Hérodote.

$ CLXXXY. « Nitokris ayant remarqué que les Mè- « des , déjà puissants , ne cessaient de s'agrandir , et c que, entre autres villes, ils avaient pris liinive, • elle se fortifia, etc. » Mous sommes certains,!'' que les Mèdes prirent Ninive sous Kyaxar en l'an 597 ; ^ que Nabukodnosor régnait déjà à Babylone depuis l'an 604, c'est-à-dire depuis 8 ans , et qu'il y régna 43 ans jusqu'à l'an 565. Nitokris n'a donc pu être une reine en titre , une reine indépendante; et il est démontré qu'Hérodote appelle improprement règne ce qui n'a été qu'une régence confiée par Nabukodnosor, seul roi que Bérose et le Kanon officiel admettent dans la liste. Cette régence trouve des motifs probables dans les longues absences que fit Nabukodnosor pour subjuguer Tyr et Jérusalem : les sièges de ces deux villes coïncident très-bien à la date que donne Hérodote ( 596 ) , puisqu'ils occupèrent le roi de Babylone pendant 13 ans , depuis 598 jusqu'en 586.

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