CHAPITRE VI
Résultat.
Hérodote attribue cinq grands ouvrages à Nitokris.
« 1» Elle fit creuser au-dessus de Babylone, à « l'Euphrate, un nouveau lit qui rendit son cours
RECHERCHES NOUVELLES
« si tortueiis, qoe les navigateurs passaient trois « fois de saite en trois jours près du bourg d'Ar- « deriea. Ce travail eut pour àbjet spécial d'arrêter a les Mèdes.
« 3« Elle fit construire dans la ville, et des deux « côtés de la rivière, un quai en briques.
« 3<^ Elle établit dans le lit du fleuve mis à sec, tt des piles de pont sur lesquelles on plaçait pendant « le jour des madriers que l'on retirait le soir, pour « empêcher les habitants d'une rive d'aller voler « ceux de l'autre.
• 4« Elle fit creuser un vaste lac de 420 stades « de circuit, pour y dériver les eaux du fleuve dans « les débordements. ( Cela dut lui servir pour fon- « der le pont. )
0 « 5<* Avec les terres tirées de ce lac , elle éleva « une digue prodigieuse pour contenir l'Euphrate. »
Aucun de ces travaux n'est attribué par Bérose à Nabukodn-osor; mais plusieurs semblent se confondre avec ceux de Sémiramisr.
En se rappelant que NabiriLodROSOV épousa, du vivant de son père, me Me ds roi mède Kyaxar ( vers Tan 600}, OB'pei^ se demanderai cette princesse, nommée .«^roi^, fbt la même que Nitokris;^ cda nc'serait pas impossible , quoique peu probable au premier aspect. Ryasar, comme tous les rois d'alors, avait plusieurs femmes. Aroîté a pu naître d'une autre mère que de celle d'Astyag, héritier de Kyaxar; et selon les moeurs des Aorem^ ces mères rivales les auront élevés dans une mutuelle antipathie. Aroîté, devenue épouse de Nabukodnosor, aura pu redouter, haïr Astyag avec d'autant plus de force, qu'elle aura mieux connu son ambition et ses perfidies. Ce serait pour elle qu'aurait été construit le JarcUn suspendu.
Mais alors pourquoi son fils Labynet ne fut-il pas héritier de Nabukodnosor au lieu d'Evil-Merodak , qui ne nous est point représenté comme un fils aîné, ni comme un homme âgé? Ces incidents domestiques ne sont point expliqués par les auteurs, et l'on n'a pas le droit d'y suppléer. Bérose même ajoute à l'embarras, quand il dit que les conjurés qui tuèrent Laho-^-rostMichod, élurent à sa place un certain Babylonien appelé Nabonides ; comment omet-il de dire qu'il fut fils du grand Nabu-kodnosor?
Quoi qu'il en soit des circonstances, il suffit à la chronologie que l'époque de Nitokris soit connue et déterminée. Supposons que la régence date de l'an 595, premier d'Astyag, et partons de là pour calculer l'époque de Sémiramis. Hérodote dit qu'elle
> Id Laho se trouve écrit au Uea de Nàbo, oomme Lah^net aa lieu de Nahunet,
précéda Nitokris de dnq généroHons : ee vague de mots cinq généraUons, est remarquable; il faut qu'Hérodote ait Ici manqué de date fixe, de nomim précis. Si nou9 évaluons les générations selon son système, c'est-à-dire à 3 pour 100 ans, les dnq gé> nérations nous donnent 166 ans, qui ajoutés à 595, placent Sémiramis vers l'an 761 , 14 ans avant Noboun-asar, et 45 ans avant la ruine de Ninîve par Belesis et Arbak. Cette date, dont aucun autn écrivain n'a fait mention pour Sémiramis, a beuh coup embarrassé les chronologistes ; les uns ont supposé qu'il y avait erreur de copiste dans le nombre dnq, et qu'il fallait lire quinze. Les quinze générations vaudraient alors dans le système gne 500 ans, et Sémiramis , dans nos calculs , serait placée vers l'an 1100 ou 1005; ce qui produit cent ans de différence avec la date que nousavons trouvée par un antre ealeuld'Bérodoteétre Pan f 196 '. D'autres critiques, ont pensé que c'était une Sânniramis II* du nom , et quelqaes-UBS en ont même Eût réponse deNaboorasar; maisl'oa^tque TavâMHaentdece prince, en 747, esc postérieur de 14 oa 16 ans à la date donnée par HérodoU (701), et de ph», b supposition; est sans autorité.
Après avoir réfléchi sur certaines cirooiBtanoes du récit d'Hérodote, nous avons cru découvrir à cette difficulté unesolutioa plus simple et plus vnie. Le lecteur n'a pas oubliéque cet hiâorienvoyagem consulta les prêtres de Babybne, les Chaidéens desservant le temple de Beius; par conséquent les notions qu'il en reçut furent conformes an système chatdéen, tel que Bérose nous l'expose. Or, dans ce système , le roi chaldéen Nabon-asar ^tait le premier roi de Babylone; aucun autre n'était coann ou censé avoir existé avant lui. Néanmoins , comme le règne de Sémiramis était trop notoire dans Babylone, où ses ouvrages étaient ètA témoins vivants ' , le nom de cette reine ne put être entièiement supprimé; seulement il se trouva |néeéder iuunédiatement Nabon-asar y sans siq[)poser de la* cune, précisément conune il est arrivé diea les Perses par la suppression qn^ jérdesehir fit^d'un gnnd nombre de règnes entre celui d? Atexandre et le siea. Hérodote a doue été nécessairement induit en erreur par les Chaldéens; et comment Pedt-il évitée, lorsque Bérose lui-même l'a oonunise, soît de bonne foi , soit de dessein prémédité , par un effet de cet esprit brahmMque , c'est-à-dire mystérieux et dissimulé, qui caractérise les prêtre» anciens. Par la suite, Hérodote oonfrontantcettedounée aux eakuls
« Voyez Chronologie d* Hérodote , p. 4».
> Entre antnB, rune des portes de la vffle portaitteiMB de cette veine. Yoyei lUniiet, Gmtgr. sfftitm. qf r sect. XIV.
SUR L'HISTOIRE ANCIENNE
qu'il avait reçus à Memphis et à Ekbalanes, des savants perses et égyptiens > , dut éprouver beaucoup d'embarras ; mais subjugué par l'autorité, il écrivit d'abord, selon son usage, sans se faire garant, et il nous en avertît par ces mots : ^oUà ce que les Chaidéens racontent du dieu Bel; cela ne me parait pas croyable, mais ils rassurent.
Si notre explication est juste, la Sémiramis d'Hérodote n'est pas autre que celle de Ktesias, la fondatrice de Babylone , et nous trouvons plusieurs appuis à cette assertion :
!• Le silence absolu de tous les anciens sur une Sémiramis II ,.placée à la date que donne Hérodote;
2« Unpassage d'Etienne de Byzance, qui dit : « Ba- « bylone n'a pas été bâtie par Sémiramis, comme « le dit Hérodote. »
Hérodote ne parle qu'une seule fois de Sémiramis, q\à éleva les fUgues remarquables auxquelles Babybne dut l'assainissement de son terrain. Etienne de Byzance a donc considéré cette Sémiramis comme hfondafyice dont parle Ktesias.
8<» £n parlant de Babylone , Hérodote dit ailleurs : « Après la subversion de Ninive (en717 sousSarda- « napal ) Babylone devint la capitale des rois assy- • riens. > Me semble- 1- il pas croire que Babylone n'eut de rois que depuis cette époque très -voisine de Kabona-sar , mort en 733 ?
4« Ensuite, après avoir parlé de ce que firent à Babylone les rois Darius et Xercès , il ajoute :
« Cette ville a eu plusieurs autres rois : ce sont > eux qui ont plus amplement orné ses murs et ses « temples. » Ces derniers mots font allusion aux portes d'airain posées par Mabukodnosor, et à ses dépouilles opimes mentionnées par Bérose; mais en inéme temps elles impliquent la construction des murs comme antérieure et d^à faite >. Hérodote poursuit :
> Parmi ces rois Ton compte deux femmes : la « première, nommée Sémiramis ^ vécut cinq gêné- « rations avant la seconde. »
Remarquez qu'Hérodote n'a pas dit cinq règnes : il y eût eu oontradictton avec l'autre phrase , Babylime a eu plusieurs autres rois. Le mot plusieurs cadre bien avec le nombre du hanon de Ptolomée, qui compte 2t règnes depuis Nabon-asar jusqu'à Kyrus ; mais si Hérodote eût connu ceux qui s'écoulèrent entre Sémiramis et Nabon-asar, dans un es-
' VoycK liT. n, g xax et soiv. et liv. I, g i.
* La tradocUoo française de Larcber porte : « Ce sont eax « qui root eoTirooDée de maraUles et qui Font embeUle par « les temples qu*ils j ODt élevés. » Cette périphrase déoatura matéiieUement le tette : mum ampUm omauerunt et ter»' P<«. CeUe tradocUoD est pleine d*altératioDS semblables, et ToQ peut aasoier qu'Hérodote est à traduire enfranioù.
pace de plus de 440 ans, se fût-il contenté du mot plusieurs? U a donc ignoré ceux-là.
5<> Enfin, si notre explication est fausse, n'est-il pas bien singulier de Toir le calcul chaldéen d'Hérodote donner 14 ans de règne à Sémiramis (de 761 à 747 ) , précisément comme nous l'avons trouvé cidessus par le calcul des Assyriens ?
Il est probable que lorsque cet historien vonlut rédiger son Histoire d'Assyrie, il s'aperçut de la lacune du système chaldéen , de sa discordance avec le système ninivite; que cette difficulté devint pour lui un motif de dégoût, un obstacle radical à la publication de son livre; en même temps que cette erreur , glissée dans l'ouvrage qui nous reste , a dû être l'un des arguments efficaces dont se servit Ktesias pour l'attaquer et le discréditer. U nous reste deux mots à dire sur les ouvrage&de Kitokris. ( Voyez pag. 477 ci-dessus. )
Les trois grands détours de VEupkrate paraissent lui appartenir sans opposition, mais son pont ressemble beaucoup à celui de Sémiramis. Ne peut-on pas croire que Nitokris l'aura trouvé très-dégradé, et qu'elle l'aura réparé et orné?
La dérivation du fleuve et le creusement du grand réservoir ou lac sont des annexes du pont, que Sémiramis dispute également. Ce ne fut probablement qu'imitation et répétition de la part de Nitokris.
De toutes ces discussions il résulte assez clairement, d'une part, que les ouvrages fondamentaux de Babylone appartiennent réellement à Sémiramis , et que les livres assyriens à cet égard ont été mieux instruits et plus fidèles que ceux des Chaidéens ; mais, d'autre part, il semble également viai de dire que longtemps avant cette reine il existait au même local un temple très-célèbre du dieu Bel; et parce que les anciens temples en général étaient fortifiés pour la sûreté des prêtres , et qu'à raison des pèlerinages dont ils étaient le but, leur voisinage était très-habité, il y a tout lieu de croire qu'il exista une ville de Babel ou Babylon , antérieure à celle de Sémiramis; et à cet égard l'assertion de Bérose et de Mégasthènes est confirmée par d'autres témoignages positifs et par divers raisonnements d'induction.
Diodore de Sicile ', en parlant des grands et nom- ^ breux ouvrages que Sésostris, au retour de ses conquêtes , fit exécuter par les captifs des peuples qu'il avait vaincus, s'autorise des livres et des monu ments égyptiens, pour nous apprendre « qu'un certain nom- « bre de prisonniers amenés de la Babylonie ne puce rent supporter patiemment la dureté des travaux, « et qu'étant parvenusà s'échapper, ils s'emparèrent
> Uv. I, pag. se, édit. de WesseUog.
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« d*un liea très-fort situé au bord du Nil; que de « cet asile ils firent dans le voisinage des excursioAs « et des pillages pour subsister, jusqu'à ce qu'une « amnistie leur ayant été offerte ou accordée, ils « donnèrent le nom de Babylon au local choisi par « eux pour y habiter. »
Or si , comme leschronologistesen sont d'accord , sur la foi d'Hérodote, le roi égyptien Sésostris revint de ses conquêtes vers l'an 1348 avant J. C, il s'ensuit qu'il existait des Babyloniens, et par conséquent une i?a6e/ dès cette époque, plus de 150 ans avant Sémiramis. Dîodore ajoute immédiatement cette observation remarquable :
« Je n'ignore pas que Ktesias de Knide donne « une autre origine à plusieurs des villes d'Egypte « qui ont des noms étrangers , lorsqu'il dit qu'un cer- « tain nombre de gens de guerre venus en Egypte « à la suite de Sémiramis , y bâtirent des villes qu'ils « appelèrent du nom de leur patrie. »
Dans cette opinion de Ktesias nous trouvons deux invraisemblances choquantes. 1^ Comment Babylone, à peine bâtie par Sémiramis, à peine ayant un premier noyau d'haJbitants en sa vaste enceinte , eûtelle pu fournir une colonie? et comment ces colons , tous nés hors de Babylone, auraient-ils appelé patrie un lieu auquel ils étaient étrangers?
2« Comment les Égyptiens, après le passage supposé de Sémiramis , qui dut être de courte durée , auraient-ils laissé parmi eux des étrangers faibles , sans appui , et qui leur étaient odieux par principe de religion et de politique? L'origine de ces villes étrangères attribuée aux captifs de Sésostris , est donc bien phis naturelle, et Ktesias, qui secontredit ici , parait suivre cette opinion systématique des Perses (dontnou5avonsparlé),lesquels,àroccasion de la révolte d'Egypte contre le grand roi, cherchèrent dans l'antiquité un droit ou un prétexte de possession légitime, fondé sur une prétendue conquête antérieure à Sésostris, conquête au moyen de laquelle les Égyptiens n'auraient dû être considérés que comme d'anciens sujets échappés au joug et dans un état constant de rébellion.
Ici la contradiction de Ktesias se démontre par L's circonstances dont il accompagne la conquête queNinus fit de la Babylonie. « Ce pays, dit-il, « avait beaucoup de villes bien peuplées; les na- « turels , inexpérimentés à l'art de la guerre , furent « facilement vaincus et soumis au tribut; Ninus « emmena le roi captif, etc. »
Sur ce texte nous raisonnons et nous disons : Si « cepeuple avait des villes y c'est qu'il avait des arts , des sciences , des richesses ; s'il était inexpérimenté
à l'art de la guerre , c'est qu'il était pacifique et ci% ilise , et il était pacifique parce qu'il était agricole ; c'était encore la cause de sa population et de sa richesse. Puisqu'il avait un roi, l'état était mooarcfaique; par conséquent il y avait une cour, une capitaket toute l'organisation analogue. Dans cette organisation il ne pouvait manquer d'exister, comme chez tous les anciens peuples asiatiques , une caste sacerdotale; et puisque les historiens postérieurs nous représentent le peuple babylonien comme très-anciennement divisé en quatre castes, à la manière des Égyptiens et des Indiens, nous pouvons être sûrs que dès lors existait la caste de ces prêtres chaldécns a renonunés pour leurs sciences et pour leur antique origine. Si cette caste existait, elle devait dès Ion avoir aussi son collège, son observatoire astronomique, instruments nécessaires de son instmction et de ses sciences. Dans un pays plat comme la Chaldée, cetobservatoiredevaitêtreélevé, comme lapyramide ou tour de Belus , identique à celle de BaJbeL ht royaume conquis par Ninus devait même déjà porter le nom de Babylonie j d'abord parce qu'il était le pays de Belus; 2« parce que ce nom se montre d^ le temps de Sésostris; 3» parce que les limites de la Babylonie ^telles que les tracent les plusanciens géographes, n'ont pu être assignées par Sémiramis ou par Ninus ; en effet la ligne frontière de la Babylonie au nord, selon Strabon ', d'accord avec Ktesias, passait entre le territoire d'Arbèles et le pays de Ninive , appelé proprement Atourie ou Assowie; c'est-à-dire que la juridiction de Babylone s'étendait jusqu'à 84 lieues de cette ville, et s'approchait de Ninivepresque à la distance de 16 de nos lieoes communes de France , ce qui est confirmé par le
* Strabo, tU). XYI, pag. 737 : « Ifinive fsl sitoée daos « l*Àtoarie ; TA tourte ressemble oa pays qui entioanJràéin, « dont elle est séparée par la rivière du Loup (le Lycos i; a Art>èle8 appartient à la Babylonie, qu'elle jiànt au deià àa « Lycua; la plaine d*Àtourie entoure Minive. »
On voit que la frontière de la Babylonie , vers Ninive , était la rivière du Loup ou Lycua , située au delà d'ÀriMles rekiivemenl à cette Babylonie : or la distance du Lycus h Vkà^ n'est que d'environ 16 lieues communes de France. Et Klesitf dit qu'au premier combat, Sardanapal poussa les rebella a 7 stades , qui font 477 toises , parce que son stade est cehii àe 833 i^ au degré, comme noua le verrons. Aux deux oombati sutvanta , le roi chassa lea rebelles Jusqu'à la frontière de Babylonie , et le récit de l'historien montre qu'eUe n'était pu loin.
n est bon de remarquer id que VAiourie n^est antre gIm» que la prononciation chaldéenne du mot Ashourie ( Assyria ), le dialecte chaldéen changeant trè&^oavent le sAtfi kikren fi arabe en tau. Aussi Casaubon, dans ses notes sur lepemiff paragraphe du livre XYI de Strabon , remarqae4-0 que, sefcw le témoignage de Pline et d'Ammien , le paya où fut KBiiv* a'appela d'abord Assyrie , puia Adiabène ; et que, sek» IMoa {in rrt^ano)J'Adiabène avait étéappelée^loifne pariée 00^ bares ( les Chaldéens ) , qui avalent changé l'a en < ( Aasosrif
SUR L'HISTOIRE ANCIENNE
récit que fait Ktesias des combats qui eurent lieu entre les troupes de Sardanapal et celles é'Ârbakes et de Belesis >. Or Ton ne saurait concevoir que Ninus ou Séffliramis eussent tellement rapproché de leur capitale le territoire d'un peuple vaincu; et il, faut admettre que Cette limite de la Babtjlonie était déjà ancienne; que le royaume des Chaldéens fut établi avant celui des Assyriens , lesquels avant Ninus ne possédaient probablement que le pays montueux situé entre F Arménie et la Médie, pays qui compose aujourd'hui le Kurdistan proprement dit ; tandis que les Babyloniens possédaient tout le plat pays situé entre la mer *, le désert et les montagnes, ce qui présente un débornement géographique si naturel, que l'histoire nous le montre presque sans variation depuis ces anciens temps jusqu'à nos jours. On peut dire que cette grande île de TEuphrate et du Tigre , jadis appelée Babylonîey et maintenant Irâq-Arabi, a été le domaine constant de la race arabe. Divers passages de Strabon offrent à cet égard des faits positifs et des idées lumineuses. « Les Arméniens , dit « ce savant géographe, liv. I, pag. 41 , les Arabes « et les Syriens ont entre eux des rapports marqués « pour la forme du corps, pour le genre de vie et
« pour le langage et les Assyriens ressemblent
« entièrement aux Arabes et aux Syriens (p. 43) : « or le nom des Syriens (liv. XVn, p. 737) paraît « s'étendre depuis la Bahylonie jusqu'au golfe dls- « sus , et niéme autrefois jusqu'à l'Euxin ; car les « Cappadociens , tant ceux du Pont que ceux du « Taurus, portent encore le nom de Syriens blancs, « sans doute parce qu'il y a des Syriens noirs. Ceux- « ci ( les noirs ) habitent extérieurement au mont « Taurus, dont le nom s'étend jusqu'à V^émanus « ( près le golfe d'Issus ). Quand les historiens qui « ont traité de l'empire des Syriens nous disent que « les Perses renversèrent les Mèdes, et que les Mè- « des avaient renversé les Syriens, ils n'entendent « pas d'autres Syriens que ceux qui eurent pour ca- " pitales les cités de Babylone et de Ninive, bâties
Alouria * ). Quant aa mot Jdiabène, Ammlen-AIarceUiii veat laf donner une origine grecque qui est forcée ; c'est le nom sy- Hen et chaldéeQ de la rivière du Xoiip, qui en ces dialectes se mtOiab et Ziab , Zah de la g^graphle moderne; et les Gncs, qui ] appelaient Lycus , ne arent que traduire le mot chaldéen n est probabWî qu'après la conquête d'Alexandre, toutes leurs instructions leur forent fournie par les astronomes et géoera. pbes babyloniens. v^^^o^
« Voyci Chronologie d* Hérodote, p. I03. Le traducteur a comnutf une erraor à cette même page loa, note [a], en évaluant le stade de Ktesias à 86 toises , tandis qu'il ne tU l'ertl. mer qu'à 68 toises 6 {deds 2 pouces.
* Golfe Persique. ^
clMldalqae d'Onkelos rend toujoara Anour par
Aiom:
TQLHnr.
a Tune par Ninus dans la plaine d'Atourie, l'autre « par Sémiramis, épouse et' successeur de Ninus...
« Ces Syriens-là régnèrent sur l'Asie Ninus et
« Sémiramis sont appelés Syriens > ( dans l'his-
« toire ) et Ninive porte le titre de capitale de la
« Syrie. C'est la même langue qui est parlée au de- « hors et en dedans de l'Euphrate. » Voilà ce que dit Strabon.
Par ces mots, en dedans deTEuphrate, il désigne évidemment le pays entre ce fleuve et le Tigre , et même tout ce qui est à l'est jusqu'aux montagnes des Mèdes et des Perses; ce qui s'accorde très-bien avec les monuments arabes de Maséaudi, lesquels, comme nous l'avons remarqué ci-devant *, attestent que le midi de la Perse et le pays de Haouaz, à l'est du Tigre , furent habités par l'une des quatre plus anciennes tribus arabes (celle des Tasm) à une époque très-reculée.
Un dernier trait à l'appui de cette antiquité mérite encore d'être cité.
Etienne de Byzance, au mot Babylon^ après avoir dit que Babylon ne fut point fondée par Sémiramis f comme le prétend Hérodote (vide supra ) , ajoute « que cette ville fut fondée par le trè»- « sage et très-savant Babylon ^ , 3000 ans avant Sé- « miramis, comme le dit Herennius-Severus. »
Cet Herennius-Severus , selon la remarque de Saumaise^, est le Phénicien Philony cité par Josèphe comme ayant traduit en grec plusieurs livres historiques de sa nation; par conséquent Philon put et dut lire des livres arabes et chaldéens d'une date très-ancienne. Les 3000 ans que cite ce savant sont donc un résultat de ses calculs , dressé d'après les données des monuments authentiques. Nos chronologistes modernes ont négligé ou méprisé ce calcul, parce qu'il ne cadre pas avec les leurs; mais dans le système que nous exposons, il a une analogie frappante avec deux périodes dont on avoue l'authenticité.... Selon nous, Sémiramis régna 1195 ans avant J. C. : ajoutez 2000 ans, vous avez 8195 ans pour date de la fondation du temple de Belus; et rappelez -vous que selon Mégasthènes et Bérose, ce fut après un déluge ou inondation de la terr& que Belus bâtit sa ville, puis disparut. Mainten.mt confrontez à ce calcul celui des livres juifs , vous
> Ub. n, pag. 84.
> Voyez TarUcle des rois homërites, Chronologie d'Héixh doté, page 441 ; et la Géographie de la Genèse, à la lin, r« partie de nos Recherches.
3 Lexicon de Vrbihue.
4 n faut entendre Belus, aucun ancien auteur n^ayant Jamais parlé du sage Babylon.
5 Fide Salmasium Bxercit. PUnianœ, in SoUn. p. 866. E. Saumaise vent qn*au Heu de deur mille ans, on Use mille deux
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avez depuis l'ère chrétienne jusqu'à la fondation du temple deSalomon > 1012 ans.
De la fondation du temple de Salomon jusqu'à la sortie d'Egypte * 480
Depuis la sortie d'Egypte jusqu'à la naissance d'Abraham ^ 500
Et depuis la naissance d'Abraham jusqu'au déluge < 1194
Total 3186 ans.
Nous n'avons donc que 9 ans de différence; encore faut-il remarquer que dans la période des rois jtdfi, il y a entre les chronologistes des variantes de 6 , 8 et 10 ans qui remplissent ce déficit et rendent complet le synchronisme'. Notre calcul particulier , toutes corrections faites , porte Fintervalle depuis la fondation du temple de Salomon jusqu'à notre ère, à la somme de 1015, ce qui donne 3189 ans, Sans seulement de différence. Une si parfaite analogie n'est pas due au hasard.
D'autre part, l'analyse de l'astronomie indienne, fiaiite par Railly , par ie Gentil, et par les savants de Calcutta, nous apprend que la période du Kaii yog remonte à Tan 8102 avant notre ère , c'est-àdire qu'à cette date commença Vâge actuel, à la suite d'un déluge qui avait inondé la terre et déiruU la race humaine, à l'excepHon de Satawriata et de sa famille, que le dieu nshnou, métamorphosé en poisson , prévint et sauva du danger. Il est vrai qu'ici nous avons une différence de 90 ans ; mais comme tous ces déluges si célèbres dans l'histoire (quoique arrivés, dît-on, avant qu'il existât des écrivains), ne sont autre chose que des faits astronomiques voilés par l'allégorie, les calculs des astronomes ont eu des variantes selon le point ( ou degré ) du signe céleste (argo ou verseau) d'où ils sont partis , et il a 8u£B d^un degré de signe pou? mtroduire une différence de 71 ans , à raison du phénomène appelé la précesmon des éqtdnoxes.
Ici l'analogie ou plutôt l'identité des trois époques prouve que le récit vient d\ine source commune, qui doit être placée chex les Chaldéens, parce que lea Jui£i ne sont que leur écho , ainsi que nous
ans ; mais cette oomcUon est sans appui , et elle a ooi^ eUe la leçon de Pliottiw, qui a la 1800 ans.
* Seltf) le calcal volgaice; voyez Ureher, Chttmohgie. Selon nous 1016.
* Selon rauteor da livre des Rois.
3 Selon le texte grec, lequel, tndoit «othentiqQeneiitpar Tordre da rot Ptolomée, représente Tanden original bébrea cHé par Esdras , plus exactement qoe Thébreu actuel , leloacbé soos les Asmonéens par le grand sanhédrin.
4 Voyez les Tables de la Polyglotte de Walton, tom. I , p. 4 et saiy.
s D*alllears i^Joutez les 10 ans qu'ils suppriaoent tons au règne d*Amon , tlls de Josias , et vous avez 3196 ans , une seule année de dinérenee.
l'avons démontré dans la première partie de ces Recherches (chap. xi et suivants), et parce qoe les Indiens paraissent avoir emprunté leur astronomie de l'école chaldéenne, ainsi que l'indiquent sensiblement le Gentil dans son Mémoire sur ta ressemblance de l'astronomie indienne avec celle des Chaldéens > , et Bailly lui-même en divers passages deseaRecherchessurrastronomteandenneip, 182) etimSenne (p. 277, et Disc. prêt. p. luij). Mous verrons bientôt divers faits tendants à prouver que cette école chaldéenne fut antérieure à Sémirawis et à Ninus.